Cliquer sur les images ci-dessus
PARTENAIRE AMAZON ► En tant que partenaire d'Amazon, le site est rémunéré pour les achats éligibles.
Patrick AULNAS
Autoportrait

Giovanni Bellini. Autoportrait (v. 1499)
Huile sur bois, 34 × 26 cm, Musei Capitolini, Rome
Biographie
1425/33-1516
La date de naissance de Giovanni Bellini n'est pas connue. Selon les sources, elle est située entre 1425 et 1433. Son père Jocopo Bellini (1400-1470) est un peintre de Padoue qui a eu des contacts avec Florence où se situe l'épicentre de la Première Renaissance. Si Jacopo reste largement un peintre du courant Gothique, malgré des recherches en dessin orientées vers les innovations de Masaccio, ses deux fils seront des personnalités marquantes de la Renaissance italienne. Car Giovanni a un frère, Gentile (1429-1507), peintre également, mais plus influencé par la peinture paternelle, et dont le travail de grande qualité présente une moindre originalité. Pour compléter le cercle de famille, un autre grand personnage de la peinture du 15e siècle doit être cité : Andrea Mantegna qui épouse en 1453 Nicolosia, la sœur de Giovanni et Gentile. La puissante influence de Mantegna est très apparente dans la peinture des deux frères Bellini.
Giovanni est en fait le demi-frère de Gentile et le fils naturel de Jacopo, ce qui peut expliquer le doute concernant sa date de naissance. Son père possédant un atelier à Padoue, il y apprend tout naturellement le métier de peintre. Vers l'âge de vingt ans, il peint de petits tableaux à caractère religieux (Vierge, Christ), préfiguration d'un thème qu'il reproduira souvent : La Vierge à l'Enfant. Giovanni réalise sa première grande œuvre entre 1464 et 1468 : le polyptyque de Saint Vincent Ferrier (Vicenzo Ferreri) dans la basilique San Zanipolo (Saint-Jean et Paul) de Venise. Il peindra par la suite, et jusqu'au début du 16e siècle, de nombreux retables : église San Francesco de Pesaro (1471-1474), église San Giobbe de Venise (1487 environ), chapelle Santa Maria dei Frari de Pesaro (1488), retable Barbarigo (1488), retable de l'église San Zaccaria de Venise (1505).

Bellini. Retable San Zaccaria (1505)
Huile sur bois, 402 × 273 cm, San Zaccaria, Venise.
Les informations concernant la vie de Giovanni Bellini ne sont pas nombreuses. Giovanni est marié à Ginevra Bocheta qui lui donne au moins un fils, Alvise. Il travaille essentiellement à Venise, où il a un atelier, et voyage peu. Il s'est certainement rendu jusqu'à Pesaro, dans l'Italie centrale, mais cette localité n'est située qu'à 170 km de Venise. Il est probable que sur le chemin de Pesaro il s'est arrêté à Rimini et Ferrare pour rencontrer Piero della Francesca qui travaillait dans ces villes. Il subit son influence, tout en se libérant progressivement de celle de Mantegna, et accorde plus d'importance à la lumière.
Les œuvres de la fin du 15e siècle et du début du 16e permettront à Bellini d'être reconnu comme le chef de file de la peinture vénitienne de l'époque. Son atelier accueille des élèves qui auront un destin prestigieux comme Titien et Giorgione.
Une lettre mentionne sa mort à Venise à la date du 29 novembre 1516.
Œuvre
Giovanni Bellini est le peintre qui représente le mieux la transition entre la Première Renaissance et la Haute Renaissance italienne. Formé par son père Jocopo, dont la peinture conserve l'empreinte du Gothique, mais dont les dessins cherchent à le dépasser, il subira fortement ensuite l'emprise stylistique d'Andrea Mantegna. Il quittera peu à peu la puissante rudesse de Mantegna, pour une lumière plus rayonnante, des couleurs plus douces, des contours moins appuyés. C'est dans les œuvres tardives qu'il faut chercher la quintessence de sa manière qui est aussi une préfiguration du grand style de la Haute Renaissance.
Bellini parvient à parcourir au cours de ses soixante années de travail toute la distance qui sépare le 14e siècle du 16e. Nul besoin de dire, il suffit de regarder et de comparer, par exemple les premières scènes religieuses et les dernières, soixante cinq ans plus tard :
Ou encore des représentations de la Vierge distantes de cinquante ans :
La fin du parcours amène le grand artiste à l'orée de la peinture de Titien ou de Giorgione, dont il fut le maître : Le festin des dieux, détail (1514), Jeune femme à sa toilette (1515).
Techniquement, Bellini passe au début de la décennie 1480 de la tempera sur bois à l'huile sur bois et même à l'huile sur toile pour les deux derniers tableaux précédemment cités. C'est le peintre Antonello de Messine (1430-1479), de passage à Venise dans la décennie 1470, qui lui aurait fait découvrir la technique mise au point par les flamands au début du 15e siècle et encore peu utilisée en Italie. Giovanni Bellini n'abandonnera plus jamais l'huile sans laquelle, probablement, il n'aurait pu atteindre la délicatesse de ses derniers chefs-d'œuvre.
Scènes religieuses
|
Saint Jérôme dans le désert (1450). Tempera sur bois, 44 × 23 cm, Barber Institute of Fine Arts, Birmingham. Il s'agit du premier tableau que l'on ait conservé de Bellini.
« Saint Jérôme (mort en 419) était un érudit qui traduisit la Bible en latin. Il se retira ensuite dans la nature sauvage et mena une vie d'ermite. Selon la légende, il retira une épine de la patte d'un lion qui devint alors son compagnon. Ici, Jérôme troque le cabinet de travail de l'érudit contre une grotte. Au-delà se déploie un paysage baigné de soleil, riche de détails naturels finement observés, symbolisant la vie confortable qu'il a abandonnée et l'avenir qui l'attend. Giovanni Bellini joua un rôle crucial dans le développement de la peinture vénitienne, en y introduisant une utilisation éclatante de la couleur et une nouvelle approche du paysage. » (Commentaire ART UK)
|
|
Christ mort soutenu par deux anges (1460). Tempera sur bois, 74 × 50 cm, musée Correr, Venise. Attribué à Albrecht Dürer jusqu'à la fin du 19e siècle, ce tableau est pourtant très inspiré du style de Mantegna par les couleurs et les contours appuyés. La date 1499 et la signature AD figurant en bas au centre sont inexactes.
|

Prière au jardin des oliviers (v. 1465). Tempera sur bois, 81 × 127 cm, National Gallery, Londres. Episode de la vie du Christ précédant son arrestation dans le jardin des oliviers à Jérusalem, également qualifié Agonie dans le Jardin des Oliviers. Jésus prie durant la nuit avec à ses côtés Pierre, Jean et Jacques le Mineur endormis. Andrea Mantegna avait traité le même sujet entre 1458 et 1460 de façon plus anguleuse en accumulant les détails architecturaux. Le vaste espace paysager du tableau de Bellini est beaucoup plus paisible.
«Ici, Bellini explore le style de son beau-frère, Andrea Mantegna : les formes rocheuses au premier plan, à gauche, présentent des arêtes droites et semblent, à l’instar de celles de Mantegna, sculptées au ciseau. Les draperies, elles aussi, rappellent celles de Mantegna par leurs plis nets et précis.
La tunique rose du Christ se fond dans la lumière pêche du ciel à l’aube, qui souligne le dessous des nuages cotonneux. Bellini continuera, tout au long de sa carrière, à développer son extraordinaire sensibilité aux variations de la lumière sur les paysages. » (Commentaire National Gallery)
|

Saint François en extase (1480-85). Huile sur bois, 120 × 137 cm, Frick Collection, New York. Saint François d'Assise (1181/82-1226) est le fils d'un riche drapier de la ville d'Assise (Ombrie) et le fondateur de l'ordre des frères mineurs, ou ordre franciscain, qui prêche la pauvreté et le respect de la création. A la fin de sa vie, François aurait, selon la légende, reçu les stigmates (plaies du Christ crucifié). Le tableau montrant François en extase dans un vaste paysage est en harmonie avec les préceptes de l'ordre franciscain qui attache une grande importance à la nature. Si nous pouvons y voir tout autant un paysage qu'une image pieuse, pour les contemporains il s'agissait principalement de religion, d'autant que saint François était très respecté en Italie.
« Le tableau fut commandé par le noble vénitien Giovanni Michiel, probablement comme objet de dévotion pour sa collection. En 1525, il intégra la collection de l'éminent aristocrate Taddeo Contarini. Le panneau représente vraisemblablement une scène clé de l'iconographie de saint François d'Assise (vers 1181-1226) : le moment où il reçut les stigmates de la Crucifixion, infligés au Christ lors de la Passion. Cet événement se serait produit durant l'été 1224, alors que le saint se trouvait à La Verna, dans les Apennins italiens. Bellini représente saint François en contemplation, debout dans un vaste et magnifique paysage. Les paumes de ses mains portent les stigmates, tandis que le paysage et les animaux qui l'entourent soulignent son lien profond avec la nature. » (Commentaire Frick Collection)
|
|
Le baptême du Christ (1500-02). Tempera sur toile, 400 × 263 cm, Santa Corona, Vicenza. Selon la tradition chrétienne, le Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain par Jean le Baptiste qui est considéré comme un prophète par les chrétiens et les musulmans. Sur le tableau, Jean-Baptiste, juché sur un rocher, verse l'eau du baptême sur la tête du Christ. A gauche, trois anges. Dans les cieux, Dieu le Père. Ce tableau est conservé dans l'église Santa Corona de Vicence, son emplacement initial.
|

Pietà (1505). Huile sur bois, 65 × 90 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. La Vierge Marie pleure Jésus-Christ, son enfant mort, qu'elle tient sur ses genoux. Le Christ vient d'être crucifié et n'a pas encore été mis au tombeau. Cette huile sur bois évoque à certains égards le style du grand peintre allemand Albrecht Dürer (1471-1528). Sur le paysage en arrière-plan, les historiens ont pu identifier un certain nombre d'édifice de Vicenza, ville d'Italie du Nord peu éloignée de Venise.
« À l'arrière-plan, au-delà du figuier emblématique, se dresse une ville fortifiée où l'on distingue les principaux édifices de Vicence : le Duomo, la Torre, la basilique prépalladienne, ainsi que le clocher de Sant'Appolinare Nuovo à Ravenne et les Natisone à Cividale. Mais nous ne considérons l'arrière-plan qu'après avoir été captivés par l'intense force dramatique du groupe du premier plan. La Vierge tient le Christ mort sur ses genoux, presque accablée et courbée par le poids du corps de son Fils qui semble lui échapper. Son visage, marqué par l'âge, paraît usé et épuisé par sa souffrance. L'abandon du Christ, suggéré par ses cheveux qui se détachent sur la splendide touffe d'herbe symbolique et lenticulaire (l'hortus conclusus marial) qui fleurit derrière les personnages, est figé au point d'acquérir une qualité dürerienne dans la crispation des mains. Le drapé rigide sur lequel repose le corps rappelle également Dürer. » (Commentaire Web Gallery of Art)
|

Lamentation sur le Christ mort (1515-1516). Gallerie dell'Accademia, Venise. Cette huile sur toile de grandes dimensions (444 × 312 cm) provient de l'église Santa Maria dei Servi de Venise, édifice aujourd'hui détruit. Ce thème récurrent de la peinture occidentale est aussi appelé Déploration du Christ. Le Christ est mort, allongé, et des personnages le pleurent. Derrière le Christ, la Vierge Marie ; à sa gauche, priant, Joseph d'Arimathie.
« Cette version est attribuée au maître lui-même, mais il fut probablement assisté de Rocco Marconi, l'un de ses élèves. Bellini ajouta quatre autres figures au groupe, outre le Christ et Marie, mais seules les deux plus proches du groupe central peuvent être identifiées avec certitude comme étant Joseph d'Arimathie et Marie-Madeleine. L'identité des deux figures extérieures a fait l'objet de nombreux débats. On a suggéré que la femme à gauche soit Marthe, sainte Monique ou Giuliana Falconieri, tandis que le frère à droite pourrait être Filippo Benizi ou Bonaventura Tornielli da Forlì, vénéré par l'ordre des Servites. La scène se déroule dans un paysage baigné de lumière, foisonnant de détails naturels à l'interprétation symbolique riche : les trois arbres à droite – un figuier, un olivier et un pommier – évoquent la Passion du Christ, les souffrances de la Vierge et la Résurrection comme rédemption du péché originel. La palette chromatique qui imprègne l'œuvre, ainsi que l'économie et la synthèse de sa composition, suggèrent que ce retable appartient à la dernière phase de la carrière de l'artiste, entre 1500 et 1510. » (Commentaire Gallerie dell'Accademia)
|
Vierges à l'Enfant
|

Vierge à l'Enfant (v. 1455). Tempera sur bois, 72 × 46 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Première manière de Bellini sur un thème qu'il traitera à maintes reprises. Une Vierge pensive et triste, très statique, avec en arrière-plan un paysage vénitien.
« Endormi sous le regard solennel de sa mère, l'Enfant Jésus, par sa pose, rappelle sa mort et son sacrifice futurs. Placé sur un rebord évoquant un autel, il symbolise l'Eucharistie, le rite chrétien où le pain bénit l'autel et devient le corps du Christ. Cette œuvre de jeunesse majeure de Giovanni Bellini, le plus grand peintre vénitien du XVe siècle et l'une des figures incontournables de la peinture européenne, doit beaucoup à son style rigide et linéaire, influencé par son beau-frère Andrea Mantegna, ainsi que par la sculpture de Donatello, dont Bellini étudia l'œuvre à Padoue. Le tableau a subi un nettoyage abrasif vigoureux. » (Commentaire MET)
|
|
Vierge à l'Enfant (v. 1475). Tempera sur bois, 76 × 53 cm, Staatliche Museen, Berlin. Vingt ans plus tard, le style s'éloigne du gothique et les personnages sont plus animés. L'artiste assume le réalisme de la Renaissance.
|

Vierge à l'Enfant (1480-90). Huile sur bois, 83 × 66 cm, Accademia Carrara, Bergamo. Composition plus complexe et beaucoup plus lumineuse, avec un paysage en arrière-plan qui permet au peintre de jouer superbement avec l'ombre et la lumière.
« Ce tableau, conservé à Bergame depuis le XVIe siècle, faisait probablement partie de la dot de la carmélite Lucrèce Agliardi Vertova, abbesse du monastère Sant'Anna d'Albino.
Sur le parapet devant la Vierge, détail présent dans de nombreuses compositions similaires, figure un fruit. À l'instar de la ville fortifiée aux multiples tours à droite et de l'anse à gauche, il symbolise la Vierge, conformément aux attributs que lui assignent les hymnes, les analectes et les laudes depuis le Moyen Âge. La mère et l'Enfant sont unis, plus encore que par la tendre étreinte, par le regard extatique et méditatif de la Vierge qui embrasse son Fils. Ce tableau est le prototype dont sont issues diverses compositions similaires, telles que la Vierge aux Anges rouges de l'Accademia de Venise, où l'Enfant est assis sur le genou gauche de la Vierge. » (Commentaire Web Gallery of Art)
|

Madone des prés ou del Prato (1505). Huile sur bois, transféré sur panneau synthétique, 67 × 86 cm, National Gallery, Londres. Un chef-d'œuvre du genre : délicatesse du geste, profondeur de la composition avec ce grand paysage empreint d'une certaine austérité, magnifique ciel nuageux comme il en existait sans doute fort peu auparavant en peinture.
« La Vierge Marie adore l'Enfant Jésus endormi sur ses genoux. Giovanni Bellini fut l'un des premiers peintres italiens à utiliser des décors naturels pour enrichir la signification de ses tableaux. Ici, la Vierge immobile contraste avec le paysage, où les formes variées des nuages, tantôt fins et vaporeux, tantôt épais et cotonneux, et les ombres qu'ils projettent, suggèrent un temps changeant. La clarté de la lumière, qui baigne d'une douce lueur tout ce qu'elle touche, de la manche droite de la Vierge aux murs du château au loin, évoque le printemps.
La pose du Christ aurait rappelé aux spectateurs de l'époque un type de tableau connu sous le nom de Lamentation, ou Pietà, qui représente le Christ après sa mort, gisant sur les genoux de sa mère. Pourtant, le paysage, observé avec une grande attention, inspire l'espoir : le printemps est un temps de renouveau pour la nature et pour Pâques, moment de la résurrection du Christ. » (Commentaire National Gallery)
Analyse détaillée
|
|
Vierge à l'Enfant (1510). Huile sur bois, 50 × 41 cm, Galleria Borghese, Rome. Dernière manière du peintre. Extrême délicatesse des couleurs et de la lumière. Nous abordons déjà par le style la Haute Renaissance.
« Lorsque Giovanni Bellini a créé ce tableau, il avait environ quatre-vingts ans. De plus, l’artiste était considéré à cette époque comme l’un des peintres les plus prestigieux de la Renaissance vénitienne.
La pose de la Vierge, tenant l’Enfant de la main gauche et plaçant la paume de sa main droite sous son pied, se retrouve également dans deux autres tableaux de l’artiste. L’un d’eux (Art Association Gallery, Atlanta) comprend également le rideau séparant le monde extérieur de l’espace sacré dans lequel la Mère est absorbée par son Enfant. Le paysage est ponctué de figures minutieusement représentées, qui découlent de la tradition gothique tardive, apprise de son père, Jacopo. » (Commentaire Galleria Borghes)
|
Retables
|

Polyptyque de San Vincenzo Ferreri (1464-68). Tempera sur bois, Basilique San Zanipolo, Venise. Première commande importante adressée à Giovanni Bellini, ce polyptyque était destiné à l'autel de la basilique San Zanipolo (Saint-Jean et Paul) de Venise. Saint Vincent Ferrier est au centre entouré de saint Christophe et saint Sébastien. Sur les trois panneaux supérieurs : l'Archange Gabriel, à gauche ; le Christ mort, au centre ; la Vierge de l'Annonciation, à droite. La prédelle illustre les trois miracles attribués à Vincent Ferrier.
Polyptyque de San Vincenzo Ferreri, panneau central (1464-68). Vincent Ferrier (1350-1419) est un prêtre dominicain d'origine espagnole (Vicent Ferrer). Très populaire, il parcourt l'Europe pour prêcher et évangéliser. L'Eglise catholique lui attribue de nombreux miracles qui auraient été réalisés au cours de ses pérégrinations.
|

Retable San Giobbe (v. 1487). Huile sur bois, 471 × 258 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Réalisé pour l'église San Giobbe de Venise, il s'agit d'une œuvre qui marque une évolution du peintre vers une composition très solennelle axée sur la perspective architecturale, à la manière de Masaccio. A gauche de la Vierge, saint François, saint Jean-Baptiste et Job ; à gauche, saint Dominique, saint Sébastien et Louis de Toulouse ; en contrebas de la Vierge, trois anges musiciens.
« Considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la maturité de Giovanni Bellini, le retable de San Giobbe représente un tournant fondamental dans l'évolution du retable vénitien. Il marque la rupture avec la structure traditionnelle du polyptyque au profit d'une représentation unifiée, conçue comme un espace architectural cohérent et continu, construit selon des règles rigoureuses de perspective [...]
La scène se déroule dans une vaste abside couverte d'une voûte en berceau à caissons. Au centre de cette abside trône la Vierge à l'Enfant, entourée de saints de différentes époques, réunis dans une dimension de méditation et de prière hors du temps. La perspective, le point de vue en contre-plongée et l'équilibre de la composition contribuent à renforcer la monumentalité des figures et l'immersion du spectateur.
Le retable était initialement encadré d'un cadre en pierre lombarde, toujours conservé dans l'église San Giobbe et parfaitement assorti à la structure peinte. Cette continuité renforce l'effet d'illusion, donnant l'impression que l'espace peint où se déroule la scène sacrée prolonge l'espace réel du spectateur. » (Commentaire Gallerie dell'Accademia)

Retable San Giobbe, détail (v. 1487). Le supplice de saint Sébastien. Sébastien est un martyr victime des persécutions de l'empereur romain Dioclétien au début du 4e siècle après J.-C. Selon la légende, il fut attaché à un poteau et transpercé de flèches. Mais il ne mourut pas et fut soigné par une jeune veuve nommée Irène. Rétabli, il reproche à Dioclétien sa cruauté envers les chrétiens. L'empereur le fait rouer de coups et fait jeter son corps dans les égouts de Rome. Irène fut brûlée vive.
|
|
Retable San Zaccaria (1505). Huile sur bois, 402 × 273 cm, San Zaccaria, Venise. Bellini propose ici une composition très proche du retable de San Giobbe. A gauche de la Vierge, Saint-Pierre avec sa clef et le livre, Sainte-Catherine avec la palme du martyre et la roue cassée ; à droite de la Vierge, Sainte Lucie et Saint Jérôme, qui a traduit la Bible en latin ; aux pieds de la Vierge, un ange musicien.
Retable San Zaccaria, détail (1505). Le visage de la Vierge ressemble beaucoup à celui de la Vierge del Prato, également de 1505.
|
Portraits
|

Portrait de Giovanni Emo (1475-80). Huile sur bois, 47 × 33 cm, National Gallery of Art, Washington. Giovanni Emo était un condottiere (chef de guerre mercenaire) italien.
|
|
|

Portrait du Doge Leonardo Loredano (1501). Huile sur bois, 62 × 45 cm, National Gallery, Londres. Leonardo Loredano (1436-1521) est le 75e doge de Venise. Le doge est le plus haut dirigeant de la République de Venise, élu par un conseil restreint d'une quarantaine de membres. Loredano occupe cette fonction de 1501 à 1521. Ce portrait, le plus célèbre de Bellini, est un chef-d'œuvre de l'époque par le réalisme du visage, l'intensité du regard, le rendu de l'étoffe moirée.
« Leonardo Loredan sait qu'on le regarde, mais il ne soutient pas notre regard. Il est le doge, souverain de la République de Venise ; élu en 1501, il régna jusqu'à sa mort en 1521.
Il porte une robe de damas de soie blanche tissée de fils d'or et d'argent, vêtement réservé aux occasions les plus fastueuses, notamment la Chandeleur et l'Annonciation. Ce buste sans bras, représenté à mi-corps, évoque les bustes d'empereurs en marbre de l'Antiquité. Souvent placés sur des socles – dont le parapet est ici une métaphore –, ces bustes furent adoptés à la Renaissance pour les portraits sculptés des puissants et des riches.
Bellini souhaitait sans doute établir ce lien visuel, mais il démontre ici comment il peut surpasser les portraits sculptés grâce à sa maîtrise de la peinture à l'huile. Le subtil mélange des couleurs, propre à ce médium à séchage lent, lui permettait de créer des transitions tonales convaincantes pour la représentation de la chair. La peinture à l'huile se prête également à des contours légèrement flous. L’expression de Loredan semble changeante, ce qui le rend à la fois vivant et spontané, distant et imposant. » (Commentaire National Gallery)
|

Portait de Fra Teodoro d'Urbino (1515). Huile sur toile, 63 × 50 cm, National Gallery, Londres. Ce dernier portrait connu de Bellini représente un vieux prélat en saint Dominique tout en conservant les caractéristiques d'un contemporain (vêtement, livre).
« Un frère dominicain en robe noire et blanche tient un livre et contemple l'horizon. Son visage est pensif et triste. Cet homme porte une double identité. L'étiquette du livre porte l'inscription "Sanct[us] Dominic[us]", le désignant comme saint Dominique, fondateur de l'ordre dominicain. Mais sur le rebord en marbre, on peut lire "IMAGO FRATRIS THEODORI URBINATIS", c'est-à-dire "Image du frère Théodore d'Urbino".
À la Renaissance, il était courant de représenter des personnes réelles sous les traits de figures saintes. Ce procédé était pratiqué aussi bien par des religieux que par de simples citoyens. Un autre frère, non identifié, demanda à Giovanni Bellini de le représenter en dominicain, avec les attributs de saint Pierre Martyr (National Gallery, Londres).
Ce portrait du frère Théodore est le dernier portrait connu de Bellini. C'est également l'une de ses dernières toiles avant sa mort en 1516. Frère Théodore était un membre important du couvent dominicain des Saints Jean-Paul II. Bellini et sa famille entretenaient des liens de longue date avec ce couvent. L’artiste fut même enterré dans l’église. Mais nous ignorons si Fra Teodoro était le père spirituel ou le confesseur de Bellini. » (Commentaire National Gallery)
|
Scènes diverses
|

Le Festin des dieux (1514). Huile sur toile, 170 × 188 cm, National Gallery of Art, Washington. Mythologie antique. Le tableau pourrait être inspiré des vers d'Ovide (Fastes) évoquant la fête de Bacchus (dieu du vin et de l'ivresse) et le sacrifice annuel d'un âne à Priape (dieu de la fertilité). Principaux personnages mythologiques : de gauche à droite Silène debout (en rouge) et son âne, Bacchus enfant, agenouillé (avec une couronne de feuilles de vigne), Mercure assis avec casque et caducée, Jupiter assis en train de boire et accompagné d'un aigle, Gaïa assise tenant un coing (fruit associé au mariage), Neptune assis (en vert), Cérès assise (avec sa coiffure d'épis de blé), Apollon assis (avec une couronne de feuilles), Priape debout légèrement penché (en blanc et brun). Le tableau a été remanié après la mort de Bellini par Dosso Dossi (1449-1542) et par Titien (1488-1576). Il fait partie d'un ensemble de quatre toiles commandées par le duc de Ferrare, Alphonse d'Este (1476-1534), les trois autres ayant été peintes par Titien.

Le Festin des dieux, détail (1514). Giorgio Vasari (*) n'a pas manqué de remarquer ce chef-d'œuvre qui selon lui « compte parmi les plus belles œuvres qui fit jamais Giovanni Bellini, bien que les drapés ne soient quelque peu raides, à la manière allemande ; mais il n'y a là rien d'étonnant puisqu'il imita un tableau d'Albrecht Dürer ».
(*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (première édition 1550, remaniée en 1568).
|
|
Jeune femme à sa toilette (1515). Huile sur toile, 62 × 79 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Bellini a alors entre 82 et 90 ans. Sa carrière est accomplie et il peut se permettre d'explorer des thèmes profanes que l'église désapprouve, du moins officiellement. Cette femme à sa toilette, avec jeu de miroirs et paysage très suggéré en arrière-plan, témoigne de la liberté qu'il s'accorde. On remarquera la parenté avec la célèbre Femme au miroir de Titien, de la même époque. Qui a inspiré qui ?
|
Pour visionner d'autres œuvres sur GOOGLE ARTS & CULTURE, cliquer sur le nom du peintre :
Giovanni Bellini