Peinture et mosaïque byzantines

 

Cliquer sur les images pour les agrandir.

Pour passer directement d'une image agrandie à l'autre, cliquer au centre droit ou gauche de l'image.

______________________________________________________________________

 

Andreï Roublev. La Trinité de l'Ancien Testament (1410)

Andreï Roublev. La Trinité de l'Ancien Testament (1410)

Tempera sur bois, 142 × 114 cm, Galerie Tretiakov, Moscou

 

5e au 15e siècle

A partir du 3e siècle, l'unité de l'Empire romain commence à être remise en cause. L'instabilité politique conduit, à la fin du 4e siècle, à instaurer deux empires : l'Empire romain d'Occident qui disparaîtra en 476 et l'Empire romain d'Orient qui durera jusqu'à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. Constantinople (Istanbul aujourd'hui), la capitale de cet empire, est établie sur les ruines de l'ancienne cité grecque de Byzance. Aussi a-t-on qualifié sa production artistique d'art byzantin et l'Empire lui-même d'Empire byzantin. Constantinople devient un centre artistique majeur pendant un millier d'années et son influence essaime bien au-delà des frontières de l'empire. Cet art byzantin est une synthèse stylistique de l'art grec et de l'art romain avec une thématique chrétienne.

Les historiens distinguent plusieurs phases dans l'évolution de l'art byzantin, que l'on peut brièvement résumer comme suit.

Première période (4e au 8e siècle)

L'empereur Justinien et sa suite, détail (6e s.)

C'est l'empereur romain Constantin 1er (272-337) qui fonde Constantinople en 330. Mais il faut attendre le règne de Justinien 1er (483-565) pour que la ville prenne une place de premier plan dans le domaine artistique. Cette période constitue une transition entre l'Antiquité et l'art byzantin. L'idéal classique de beauté subsiste mais avec une orientation plus ou moins marquée vers la linéarité du style byzantin : figures hiératiques au trait particulièrement apparent, stylisation de la composition.

Ci-contre, l'empereur Justinien (6e s.). Mosaïque, basilique San Vitale, Ravenne.

Période iconoclaste (726-843)

Psautier Chludov (9e siècle)

Le culte des images (icônes) s'étant beaucoup développé à Constantinople, l'empereur Léon III (v. 680-741) fit détruire en 726 l'image du Christ figurant sur la Porte de bronze de Constantinople. En 730, il promulgue un édit interdisant la représentation des personnages sacrés. Beaucoup de mosaïques et de fresques furent ensuite détruites (iconoclaste = destructeur d'images). La faune et la flore servirent alors de thèmes ornementaux pour les édifices religieux, mais il ne reste rien de cette décoration. Le règne de Théophile, qui s'achève en 843, marque la fin de cette période.

Ci-contre, psautier Chludov (9e siècle). Enluminures sur parchemin, 19,5 × 15 cm, musée historique d'État, Moscou. En bas, Jean VII le Grammairien (v. 780-867) efface une icône avec une éponge.

Renaissance macédonienne (9e au 11e siècle)

 
Mosaïque de la Porte impériale (9e-10e s.)

Au cours de cette période, l'Empire byzantin est à son apogée. Un nouveau développement de l'art religieux se manifeste. Mais la discrétion reste de rigueur et les émotions sont bannies. La représentation conventionnelle, sur fond or, se maintient et tout détail réaliste (paysage, objet du quotidien) est proscrit. Il s'agit donc d'évoquer par l'image une vérité (religieuse) intemporelle.

Ci-contre, mosaïque de la Porte impériale (9e-10e siècle), Basilique Sainte-Sophie, Istanbul.

Le siècle des Comnènes (1081-1204)

 
Notre-Dame de Vladimir (v. 1130)

La dynastie des Comnènes s'empare du pouvoir en 1081 quand Alexis 1er (v. 1058-1108) renverse l'empereur Nicéphore III (v. 1001-1081). Cette dynastie protège les arts et les sciences. Dans le domaine pictural, l'expression des émotions se libère et, au 12e siècle, apparaissent des images non dénuées d'un certain maniérisme, c'est-à-dire d'une gestuelle et de mimiques trop accentuées pour être réalistes.

Ci-contre, Notre-Dame de Vladimir (v. 1130). Tempera sur bois, 104 × 69 cm, galerie Tretiakov, Moscou.

Le règne de Croisés (1204-1261)

 
Crucifixion (1250-75)

En 1204, le Croisés prennent Constantinople et n'en seront chassés qu'en 1261 par Michel VIII. L'influence occidentale se fait sentir dans l'art de l'icône, mais réciproquement, l'art byzantin influence les artistes de la pré-Renaissance italienne.

Ci-contre, Crucifixion (1250-75). Tempera sur bois, 120,5 × 67 cm, Monastère orthodoxe sainte-Catherine, Sinaï.

La dynastie Paléologue (1261-1453)

 
Anastasis (14e s.)

Les Paléologues, dynastie d'origine grecque, gouvernent l'Empire Byzantin à partir du règne de Michel VIII (v. 1224-1282) jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, date de la fin de l'Empire romain d'Orient. Le maniérisme disparaît dès la fin du 12e siècle et peu à peu apparaissent des scènes religieuses plus riches ne négligeant pas le paysage ou les détails de la vie journalière. Ce réalisme laissera cependant place au cours du 14e siècle à un art plus épuré et décoratif, toujours imprégné de spiritualité.

Ci-contre, Anastasis (14e s.), Église Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul.

 

L'architecture, la sculpture, la mosaïque, la peinture, l'enluminure de manuscrits, l'orfèvrerie, la céramique sont les principaux domaines de la créativité byzantine. Nous nous limiterons à la mosaïque et à la peinture en distinguant pour cette dernière trois techniques : la fresque, l'icône et l'enluminure.

 

Les mosaïques byzantines

 

C'est une chance que l'art Byzantin ait pratiqué la technique de la mosaïque à côté de celle de la fresque. Les mosaïques sont beaucoup plus durables et nous possédons ainsi de nombreux témoignages très anciens. La mosaïque consiste à appliquer des milliers de petits morceaux de matériaux divers préalablement découpés sur une surface de plâtre ou de ciment. Ces petits éléments sont appelés tesselles ou smalts. L'image à réaliser est d'abord dessinée sur le support. Les tesselles peuvent être très diversifiées : pierre, marbre, brique, verre, émaux, or, pierres précieuses.

L'art de la mosaïque est très ancien puisqu'il apparaît en Mésopotamie il y a 6 000 ans environ. Les égyptiens, les grecs et les romains l'ont pratiqué. Le style des mosaïques byzantines a évolué au fil des siècles. Les premières restent proches de la beauté classique telle que la concevaient les grecs et les romains de l'Antiquité. L'influence chrétienne infléchira les représentations. Par exemple, le Christ rédempteur de la basilique San Vitale de Ravenne (6e siècle) est conforme à l'image du héros antique. Mais le Christ Pantocrator de la cathédrale de Monreale (12e siècle) est un personnage barbu plus proche de l'image que nous en avons aujourd'hui.

Les mosaïques byzantines étant très nombreuses, cinq exemples répartis dans le temps serviront d'illustrations.

 

Rotonde Saint-Georges, Thessalonique (4e siècle)

Rotonde Saint-Georges, Thessalonique (4e s.)

Rotonde Saint-Georges, Thessalonique (4e s.). Cet édifice est aujourd'hui une église (église Saint-Georges) mais il fut construit au 4e siècle comme un mausolée destiné à accueillir la dépouille de l'empereur romain Maximien Galère (v. 250-311). La décoration intérieure comporte des fresques en mauvais état et de somptueuses mosaïques.


 
Mosaïques de la coupole (5e s.)

Mosaïques de la coupole (5e s.). Rotonde Saint-Georges, Thessalonique. Ces mosaïques restent imprégnées de l’idéal de beauté de l’Antiquité. On le voit nettement ci-contre avec les éléments architecturaux très représentatifs de l’art gréco-romain.


Mosaïques de la coupole, détail 1 (5e s.)

Mosaïques de la coupole, détail 1 (5e s.). Rotonde Saint-Georges, Thessalonique. Les patriciens romains décoraient les murs et les sols de leurs villas de motifs empruntés à la faune ou à la flore locale ou encore à la mythologie. Ces mosaïques restent proches de cette thématique ornementale.
 

Mosaïques de la coupole, détail 2 (5e s.)

Mosaïques de la coupole, détail 2 (5e s.). Rotonde Saint-Georges, Thessalonique.
 

Mosaïques du porche d'entrée (5e s.)
Mosaïques du porche d'entrée (5e s.). Les motifs géométriques sur fond or reflètent une évolution caractéristique de l'art byzantin.

 
 

 Basilique San Vitale, Ravenne (6e siècle)

Basilique San Vitale, Ravenne (6e s.)

Basilique San Vitale, Ravenne (6e s.). Cette basilique située à Ravenne, en Italie, fut construite entre 527 et 548 dans un style partiellement romain, partiellement byzantin. Elle possède l'ensemble de mosaïques du 6e siècle le mieux conservé et le plus riche de tout l'art byzantin.


Abside et presbyterium (6e s.)

Abside et presbyterium (6e s.). Basilique San Vitale, Ravenne. Ces mosaïques ont pour thèmes le Christ (voûte) et le pouvoir impérial de Byzance (parois).


Le Christ rédempteur (6e s.)

Le Christ rédempteur (6e s.). Mosaïques, basilique San Vitale, Ravenne. Le Christ est ici un personnage dominant, roi de l'univers, siégeant sur un globe. Deux anges l'entourent. A l'extrême-gauche, Saint Vitale reçoit du Christ la couronne du martyre. A l'extrême-droite, l'évêque Ecclésius, qui fit construire la basilique, la présente au rédempteur. L'arrière-plan doré, non figuratif conformément à l'esthétique byzantine, contraste avec le sol qui représente un paysage imaginaire à visée décorative.


Le Christ rédempteur, détail (6e s.)

Le Christ rédempteur, détail (6e s.). Le Christ n'est pas encore le personnage barbu qui prévaudra dans l'iconographie chrétienne par la suite. Il est représenté comme un jeune homme imberbe, modèle du héros antique.


L'empereur Justinien et sa suite (6e s.)

L'empereur Justinien et sa suite (6e s.). Mosaïques, basilique San Vitale, Ravenne. Justinien 1er  (483-565) ou Justinien le Grand, fut sacré empereur en 527. Son œuvre législative fut considérable (code de Justinien) et il joua un rôle fondamental dans l'épanouissement de l'art byzantin,


L'empereur Justinien et sa suite, détail (6e s.)

L'empereur Justinien et sa suite, détail (6e s.). Il ne s'agit pas de représenter fidèlement le visage de l'empereur mais de montrer sa puissance et son statut divin marqué par l'auréole entourant la tête.


L'impératrice Théodora et sa suite (6e s.)

L'impératrice Théodora et sa suite (6e s.). Mosaïques, basilique San Vitale, Ravenne. Théodora (v. 500-548) est l'épouse de Justinien 1er et fut auparavant sa maîtresse et sans doute une courtisane.


L'impératrice Théodora et sa suite, détail (6e s.)

L'impératrice Théodora et sa suite, détail (6e s.). Là encore, l'impératrice est considérée comme du domaine du divin (auréole) et l'hiératisme de la composition exprime la distance qui la sépare des simples humains.


DIAPORAMA à télécharger sur SAN VITALE

 

Eglise Saint-Démétrios, Thessalonique (7e siècle)

Eglise Saint-Démétrios, Thessalonique (7e s.)

Eglise Saint-Démétrios, Thessalonique (7e s.). Démétrios de Thessalonique, qui vécut de 270-280 à 306, chercha à développer le christianisme dans la région de Thessalonique (ville grecque). Dénoncé par des soldats romains à l'empereur Maximien Galère (v. 250-311), il serait mort en martyr en 306 sous les coups des soldats. Peu après, un petit oratoire fut construit sur son tombeau, puis transformé en basilique au 5e siècle. Au 7e siècle, à la suite d'un incendie, l'église Saint-Démétrios (ou Hagios Démétrios) actuelle fut construite.


Saint Georges, détail (7e s.)

Saint Georges, détail (7e s.). Mosaïque, église Saint-Démétrios, Thessalonique. Cette mosaïque représente saint Georges ou saint Démétrios. Ayant été soldat dans l'armée romaine puis martyrisé, saint Démétrios est le patron des armées dans la religion orthodoxe. Aussi est-il souvent associé à saint Georges, patron de la chevalerie. La mosaïque fut réalisée au 7e siècle après la reconstruction de l'église.


Saint Démétrios et les deux donateurs (7e s.)Saint Démétrios et les deux donateurs (7e s.). Mosaïque, église Saint-Démétrios, Thessalonique. Saint Démétrios est représenté entre les deux donateurs, commanditaires de la mosaïque, l'évêque du lieu (à gauche) et le gouverneur de la région (à droite).


 

Basilique Sainte-Sophie, Istanbul (9e au 12e siècle)

Basilique Sainte-Sophie, Constantinople (6e siècle)

Basilique Sainte-Sophie, Istanbul (6e siècle). La première basilique a été construite sous le règne de Constantin, au 4e siècle, mais la basilique actuelle date du 6e siècle. Elle fut progressivement décorée de mosaïques représentant des scènes religieuses ou les empereurs et impératrices byzantins.


Mosaïque de la Porte impériale (9e-10e s.)

Mosaïque de la Porte impériale (9e-10e s.). Basilique Sainte-Sophie, Istanbul. Cette mosaïque est située au-dessus de la porte qui était réservée à l'empereur. L'empereur de Byzance se prosterne devant un Christ Pantocrator le bénissant. Sur le livre figure un texte en grec extrait de l'Evangile selon saint Jean : « La paix soit avec vous. Je suis la lumière du monde ».


La Vierge et l'Enfant ou Théotokos (9e siècle)

La Vierge et l'Enfant ou Théotokos (9e siècle). Mosaïque, Basilique Sainte-Sophie, Istanbul. La Vierge est assise sur un siège très stylisé, conformément à la doxa de l'époque qui excluait le réalisme. Le fond or permet également d'éviter toute tentation de ce point de vue. Cette Vierge se trouve dans l'abside.


Mosaïque des Comnènes (12e s.)

Mosaïque des Comnènes (12e s.). Basilique Sainte-Sophie, Istanbul. La Vierge, debout, tient dans ses bras un Christ bénissant. Sur la partie gauche figure l'empereur Jean II Comnène (1087-1143) et sur la partie droite, son épouse Irène de Hongrie (1088-1134). Inscription au-dessus de l'empereur : « Jean, pieux empereur dans le Christ Dieu, Porphyrogénète [né dans la pourpre, soit fils d'empereur], roi des Romains, Comnène ». Inscription au-dessus de l'impératrice : « Irène, la très pieuse Auguste ».


 

 Cathédrale de Monreale, Sicile (v. 1180)

Cathédrale de Monreale (12e siècle)

Cathédrale de Monreale (12e siècle). La cathédrale de Monreale a été fondée par le roi normand Guillaume II de Sicile (1154-1189) en 1174. Elle témoigne de l'influence considérable et durable de l'art byzantin au-delà des frontières de l'Empire d'Orient.


Sanctuaire et abside principale (v. 1180)

Sanctuaire et abside principale (v. 1180). Les mosaïques illustrent la vie du Christ. S'y ajoutent des saints et des prophètes en médaillons.


Le Christ Pantocrator (v. 1180)

Le Christ Pantocrator (v. 1180). Mosaïque, cathédrale de Monreale, Sicile. Le mot latin pantocrator signifie maître de tout, tout puissant. Cette représentation majestueuse du Christ est courante dans l'art byzantin et s'oppose à celle du Christ souffrant, privilégié par l'art occidental. Dans sa main gauche, le Christ tient une page de l'Évangile selon saint Jean qui indique : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. »


Couronnement de Guillaume II (v. 1180)

Couronnement de Guillaume II (v. 1180). Mosaïque, cathédrale de Monreale, Sicile. Guillaume II, roi de Sicile et fondateur de la cathédrale, est représenté comme le donateur du monument à l'Église. Le Christ lui-même pose la couronne royale sur sa tête, ce qui correspond à la légitimité politique de l'époque : les rois tenaient leur pouvoir de Dieu.


 

Les fresques byzantines

 

Les églises byzantines ont fréquemment été décorées de fresques. La technique de la fresque consiste à peindre sur un enduit frais (mélange de sable et de chaux) de telle sorte que la peinture s'incorpore à l'enduit et devient aussi dure en séchant que l'enduit lui-même. Il en résulte une stabilité remarquable. Mais pour l'artiste, un inconvénient majeur apparaît : il doit travailler très vite (une journée maximum) car après séchage, aucune retouche n'est possible. Une grande maîtrise est nécessaire pour travailler aussi rapidement sans laisser apparaître de défauts majeurs. Des fresques les plus anciennes de l'art byzantin, comme celles de la Rotonde Saint-Georges de Thessalonique, ne subsistent que quelques vestiges. Mais pour la dernière période byzantine, en particulier les 14e et 15e siècles, nous disposons de fresques en assez bon état, par exemple celles de l'église Saint-Sauveur-in-Chora à Istanbul.

 

Rotonde Saint-Georges de Thessalonique (5e siècle)

Fresque du chœur (5e s)

Fresque du chœur (5e s). On aperçoit des anges au  niveau céleste et une assemblée au niveau terrestre.

 

Église Saint-Sauveur-in-Chora (14e siècle)

Eglise Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul

Eglise Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul. Construite au 5e siècle, cette église doit son nom à son emplacement d'origine, situé en dehors des murailles de la ville : te Chora signifie dans la campagne. La configuration actuelle date du 11e siècle. Après avoir été transformée en mosquée au 16e siècle, l'édifice est devenu un musée en 1948. C'est entre 1315 et 1321, que Théodore Métochitès (1270-1332), le principal ministre de l'empereur byzantin Androlic II Paléologue (1259-1332), fit décorer l'église de mosaïques. Les fresques qui ornent le parecclésion (chapelle mortuaire) datent, elles, de la fin du 14e siècle.


Anastasis (14e s.)

Anastasis (14e s.). Mythologie chrétienne. L'anastasis est le mot grec, écrit en haut de la fresque, signifiant résurrection. La scène représente donc le Christ ressuscité après sa crucifixion. La fresque date approximativement de l'époque de Giotto. L'approche des scènes mythologiques chrétiennes est très différente, puisque Giotto présentait déjà un Christ souffrant comme les hommes. Ici, nous sommes en présence d'un Christ souverain du monde.


Dôme du paracclésion (14e s.)

Dôme du paracclésion (14e s.). La Vierge est au centre, entourée d'anges et d'archanges. Au-dessus de chacun d'eux figure l'inscription : L'ange de l'Éternel.


Dôme du paracclésion, détail (14e s.)

Dôme du paracclésion, détail (14e s.). La Vierge et l'enfant Jésus au centre du dôme.


Fresque des patriarches (14e s.)

Fresque des patriarches (14e s.). Cette fresque représente successivement de gauche à droite, saint Nicolas de Myre, saint Anastase d'Alexandrie, saint Jean Chrysostome, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze et saint Cyrille d'Alexandrie qui furent évêques ou patriarches.


Fresque des patriarches, détail (14e s.)

Fresque des patriarches, détail (14e s.). Le dernier personnage sur la gauche est Cyrille d'Alexandrie (376-444) qui fut patriarche d'Alexandrie (c'est-à-dire évêque) et qui s'acharna à lutter contre ce qu'il qualifiait de paganisme : judaïsme et diverses « hérésies ».


 

 

Les icônes byzantines, grecques et russes

 

Le mot icône vient du grec eikona, qui signifie étymologiquement petite image. Deux critères doivent être aujourd'hui retenus pour appréhender la signification de terme icône.

♦ Critère matériel. Dans la tradition byzantine, toute image religieuse, quel que soit son support matériel (mosaïque, fresque, bois) pouvait être une icône. Aujourd'hui, ce terme est réservé aux panneaux amovibles, souvent en bois, représentant des personnages issus de la mythologie chrétienne, qu'il s'agisse de l'Ancien ou du Nouveau Testament.

♦ Critère théologique. En 787, le deuxième concile de Nicée proclame le dogme de la vénération des icônes. Les iconophiles s'opposaient en effet aux iconoclastes depuis une cinquantaine d'années. Le concile tranche la question en faveur des premiers car l'icône est considérée comme l'incarnation des personnages saints auxquels on rend hommage à travers l'image. La vénération des icônes donne donc à ces images une dimension spirituelle profonde pour les fidèles.

La spécificité théologique de l'icône se traduira par des contraintes de représentation strictes : couleurs types, en particulier le fond or ; trait apparent et schématisation des personnages, le réalisme étant proscrit ; thématique très étroite empruntée à l'histoire religieuse.

L'art de l'icône s'est développé dans l'Empire romain d'Orient ou Empire byzantin après la naissance du christianisme. Mais la vénération des images remonte évidemment très loin dans le temps. Les chrétiens ont repris les pratiques de dévotion envers les images ou les statues, déjà présentes dans l'Antiquité gréco-romaine ou égyptienne. Très peu d'icônes des premiers siècles de notre ère ont survécu, la période de l'iconoclasme (726-843) ayant entraîné la destruction de beaucoup d'entre elles. Après la restauration du culte des images en 843, la production des icônes reprend, d'abord dans un style très rigoureux (9e et 10e siècles) puis de plus en plus libre, en particulier sous la dynastie de Comnènes (1081-1204). La rupture définitive de l'Église orthodoxe avec Rome a lieu en 1054 lorsque le patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire (1000-1059) est excommunié. L'art de l'icône continuera à se développer dans les régions de culte orthodoxe : Grèce, Balkans, Russie en particulier. La Russie portera très haut cette pratique artistique avec le plus connu des peintres d'icônes, Andreï Roublev (1360-1430). Jusqu'au 19e siècle, l'art populaire russe fera une place importante aux icônes. Aujourd'hui encore, dans les sites touristiques de Turquie, de Grèce ou de Russie, des icônes sur fond doré, fabriquées en série, font l'objet d'un commerce lucratif.

Notre-Dame de Vladimir (v. 1130)

Notre-Dame de Vladimir (v. 1130). Tempera sur bois, 104 × 69 cm, galerie Tretiakov, Moscou. En grec, Theotokos de Vladimir. Cette icône, peinte vers 1130, fut offerte au grand-duc de Kiev par le patriarche de Constantinople en 1131. En 1155, le prince André Bogolioubski, fils du grand-duc, partit vers le Nord pour fonder une nouvelle capitale, Vladimir. Il emporta avec lui l'icône. Le nom de la ville servit ensuite à la désigner. On la crédite évidemment de divers miracles. Il s'agit de l'une des plus anciennes icônes du type Éléousa (Vierge de Tendresse) et d'une œuvre importante créée sous les Comnènes. L'expression des émotions humaines, prohibée par l'art byzantin, constitue ici une magistrale exception.

 
Crucifixion (1250-75)

Crucifixion (1250-75). Tempera sur bois, 120,5 × 67 cm, Monastère orthodoxe sainte-Catherine, Sinaï. Cette icône a été réalisée pendant la période d'occupation de l'Empire byzantin par les croisés. Elle est sans doute l'œuvre d'un artiste occidental. Elle présente les caractéristiques de la pré-Renaissance italienne : humanisation des personnages par l'expression des émotions.


 
Saint-Nicolas le Thaumaturge (v. 1300)

Saint-Nicolas le Thaumaturge (v. 1300). Tempera sur bois, 108 × 80 cm, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg. Nicolas de Myre (v. 260-345) est un évêque de l'Empire romain d'Orient qui est crédité par l'Église de plusieurs miracles (thaumaturge). Il devient par la suite très populaire en Russie. L'icône vient de Novgorod comme en témoigne le fond rouge cinabre caractéristique de cette origine. L'austérité stylistique byzantine se retrouve dans la pose hiératique et le visage sévère du saint.


 
Andreï Roublev. Annonciation (1405)

Andreï Roublev. Annonciation (1405). Tempera sur bois, 81 × 61 cm, cathédrale de l'Annonciation, Kremlin, Moscou. Andreï Roublev (v. 1360-1428) est un moine russe et un peintre d'icônes qui perpétue jusqu'au 15e siècle la tradition byzantine. L'archange Gabriel annonce à la Vierge Marie la naissance prochaine du Christ (maternité divine de la Vierge selon le dogme chrétien).


 
Andreï Roublev. La Trinité de l'Ancien Testament (1410)

Andreï Roublev. La Trinité de l'Ancien Testament (1410). Tempera sur bois, 142 × 114 cm, Galerie Tretiakov, Moscou. Le sujet, extrait de l'Ancien Testament, est la visite de trois pèlerins à Abraham aux chênes de Mamré. Ces personnages figurent pour le peintre la Sainte-Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit). La douceur émane des visages et des gestes. Le choix des couleurs illumine le tableau. La symétrie de la composition est typique de l'art byzantin.


 
Angelos Akotantos. La Vierge Cardiotissa (1400-1450)

Angelos Akotantos. La Vierge Cardiotissa (1400-1450). Tempera et or sur bois, 121 × 96,5 cm, Musée byzantin et chrétien d'Athènes. Cette icône a été réalisée à Chandax (Héraklion aujourd'hui), en Crête, par le peintre grec Angelos Akotantos (mort avant 1457). Il est probablement venu de Constantinople où le déclin de l'Empire byzantin accroissait l'insécurité. Ce peintre est le fondateur d'une « école crétoise » qui devait dominer les années post-byzantines. Cardiotissa ou Kardiotissa est le nom d'une île de l'archipel crétois.


 
Nectarius Kulyuksin. Jean l'Évangéliste silencieux (1679)

Nectarius Kulyuksin. Jean l'Évangéliste silencieux (1679). Tempera sur bois, 109 × 85 cm, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg. Jean l'Évangéliste est un des douze apôtres du Christ dans la religion chrétienne. Selon la tradition, il serait l'auteur d'un des quatre évangiles canoniques (Évangile selon Saint-Jean). Cet exemple d'une icône du 17e siècle est destiné à montrer la persistance de cette spécialité artistique dans les pays de religion orthodoxe. Jean touche sa bouche avec sa main droite, signifiant ainsi le silence. Il tient dans sa main gauche son Évangile. Sur son épaule un ange symbolise la sagesse divine.


 

 

L'enluminure byzantine

 

Dans la tradition antique, l'enluminure était une illustration directe du texte religieux par l'image. L'ornementation y avait peu de place. Au cours des premiers siècles de l'Empire byzantin, l'illustration des manuscrits se situe dans la continuité hellénistique et romaine. A partir de la fin du 9e siècle, les enluminures pleine page apparaissent. Des influences réciproques entre l'enluminure occidentale et byzantine se manifestent.

Les manuscrits enluminés sont principalement des psautiers, des évangéliaires et des compilations de textes bibliques. Les psautiers sont des recueils de psaumes (chants religieux) pouvant comprendre aussi un calendrier liturgique (fêtes religieuses) et divers textes, toujours à caractère religieux. Les évangéliaires sont des recueils des Évangiles en latin qui seront lus lors des cérémonies religieuses. Des manuscrits profanes apparaissent également : ouvrages médicaux, traités de l'art de la guerre, chroniques.

Dioscoride de Vienne (début 6e s.)Dioscoride de Vienne (début 6e s.). Enluminures sur vélin, 37 × 30 cm, Österreichische Nationalbibliothek, Vienne. Dioscoride est un médecin et pharmacologue grec du 1e siècle qui entreprit une compilation écrite de l'action thérapeutique des plantes médicinales dans son traité De materia medica (v. 60). Le Dioscoride de Vienne est en quelque sorte une réédition du traité de Dioscoride comprenant 491 folios avec 400 illustrations. Ci-contre le folio consacré aux vertus de la ronce.


Codex Purpureus Rossanensis (6e s.)Codex Purpureus Rossanensis (6e s.). Enluminures sur parchemin, 31 × 26 cm, musée diocésain d'art sacré, Rossano, Italie. Ce manuscrit, aussi appelé Évangéliaire de Rossano, comporte 188 folios consacrés aux Évangiles selon Matthieu et Marc.


Psautier Chludov (9e siècle)Psautier Chludov (9e siècle). Enluminures sur parchemin, 19,5 × 15 cm, musée historique d'État, Moscou. Ce manuscrit contient le Livre des Psaumes extrait de La Bible, sous la forme de 169 folios. Le folio 67 ci-contre représente un soldat offrant au Christ du vinaigre à boire sur une éponge. Il s'agit d'une illustration d'un psaume : « Lorsque j'ai eu soif, ils m'ont donné du vinaigre à boire ». Dans la partie inférieure, le dernier patriarche iconoclaste, Jean VII le Grammairien (v. 780-867), efface une icône avec une éponge. La caricature était donc déjà présente. Chludov est un ancien détenteur russe du manuscrit.


Psautier de Paris, folio 136v (10e s.)Psautier de Paris, folio 136v (10e s.). Enluminures sur parchemin, 37 × 26,5 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris. Ce manuscrit, aussi appelé Codex Parisianus, contient 449 folios dont 14 miniatures pleine page. Il s'agit d'illustrations d'épisodes de l'Ancien Testament, le roi David ayant la place la plus importante. Nathan (au centre) est un prophète vivant à l'époque du roi David (à gauche). David envoie Urie le Hittite à la guerre afin de séduire son épouse Bethsabée (à droite). Nathan lui reproche son comportement et David se repend (à droite, agenouillé).


Psautier de Paris, folio 435v (10e s.)Psautier de Paris, folio 435v (10e s.). Enluminures sur parchemin, 37 × 26,5 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris. Nyx, à gauche, est la déesse de la nuit dans la mythologie grecque. Isaïe (ou Esaïe) est un prophète de la mythologie chrétienne apparaissant dans l'Ancien Testament. Isaïe est représenté ici priant entre la nuit (Nyx) et l'aurore.


Psautier de Paris, folio 436v (10e s.)Psautier de Paris, folio 436v (10e s.). Enluminures sur parchemin, 37 × 26,5 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris. Ce folio est consacré à un présage du prophète Isaïe (ou Esaïe) au roi Ézéchias qui veut rompre avec l'Assyrie. Isaïe (à gauche) ayant annoncé sa mort prochaine à Ézéchias (au centre), celui-ci invoque l'Éternel (à droite). L'Éternel ordonne alors à Isaïe d'annoncer à Ézéchias : «  Voici ce que dit l'Éternel, le Dieu de ton ancêtre David : J'ai entendu ta prière, j'ai vu tes larmes. J'ajoute quinze années à ta vie. Je te délivrerai, de même que cette ville, du roi d'Assyrie. Je protégerai cette ville. » (Isaïe 38.1-22)


Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, folio 5v (1370-75)Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, folio 5v (1370-75). Enluminures sur parchemin, 33,5 × 25 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris. Ce manuscrit est rédigé sous la dynastie des Paléologues. A la suite de troubles politiques, Jean VI Cantacuzène fut proclamé empereur par le patriarche de Constantinople. L'empereur légitime est Jean V Paléologue. Un accord sera conclu entre les deux hommes pour exercer conjointement le pouvoir. Mais, en 1354, Jean VI Cantacuzène abdique et devient moine. La fin de sa vie sera consacrée à l'écriture. Le manuscrit contient quatre traités théologiques rédigé par l'ancien empereur et quatre miniatures, soit 437 folios. Sur ce folio, l'empereur Jean VI Cantacuzène préside le concile de 1351 qui tenta de régler les interminables querelles religieuses de l'empire finissant.


Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, folio 123v (1370-75)Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, folio 123v (1370-75). Enluminures sur parchemin, 33,5 × 25 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris. Ce folio propose deux portraits de Jean VI Cantacuzène : en empereur et en moine.


Google Art Project

Pour visionner d'autres œuvres sur GOOGLE ART PROJECT, cliquer sur le nom du peintre : 

 ANDREÏ ROUBLEV

 

Ajouter un commentaire