Georges de Feure

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Portrait

  Photographie de Georges de Feure (1890 1900)

Photographie de Georges de Feure (1890-1900)

 

Biographie

 

1868-1943

Georges Joseph Van Sluÿters (ou Sluijters) est né à Paris en 1868, d'un père néerlandais exerçant la profession d'architecte et d'une mère belge. La famille s'installe aux Pays-Bas pour fuir la guerre franco-prussienne de 1870. L'enfant vit dans un milieu cultivé disposant d'une grande aisance matérielle. Il fait ses études au pensionnat Sint-Joseph de Hilversum, en Hollande septentrionale. La situation financière de son père, Jan Hendrik Van Sluÿters, se dégrade considérablement en 1881 du fait de spéculations hasardeuses. Georges reste cependant au pensionnat et ne le quitte qu'à l'âge de 15 ans, en 1883, pour rejoindre sa famille à Amsterdam. Son frère Léon et sa sœur Anne émigrent en 1884 pour les Indes néerlandaises tandis que sa mère et ses autres sœurs s'installent à Bruxelles. Il semble, selon certaines sources, que Georges de Feure ait dû à cette époque exercer divers métiers afin de subvenir aux besoins de la famille à la suite de la ruine de son père. Il joue en particulier de petits rôles au théâtre et exerce même le métier d'accessoiriste.

En 1886, de Feure est admis à l'Académie royale des Beaux-arts (Rijksakademie voor Beeldende Kunsten) d'Amsterdam. Mais il ne suit pas les cours et part pour Paris ou Bruxelles. En 1889, toute la famille, y compris le père qui était resté à Amsterdam pour affaires, s'installe à Paris. Le jeune de Feure se rapproche alors du milieu artistique parisien, fréquente les cafés où se rencontre les artistes, en particulier à Montmartre (le 4Z'Arts, le café du Rat Mort, le Chat Noir, l'Âne Rouge). Il vit sur la Butte Montmartre la vie de bohème des artistes de l'époque et rencontre Pauline Domec avec laquelle il a deux enfants dont l'un meurt en bas-âge.

 

Georges de Feure. La voix du mal (1895)

Georges de Feure. La voix du mal (1895)

Huile sur bois, 65 × 59 cm, collection particulière.

 

Le talent de Georges de Feure commence, dès le début des années 1890, à être remarqué. Il réalise des caricatures pour les journaux, des aquarelles de style symboliste et reçoit des commandes d'affiches. C'est à ce moment qu'apparaît dans son œuvre la femme fatale qui constituera un de ses thèmes majeurs. Dans la décennie 1990-1900, de Feure réalise de nombreuses lithographies et des affiches. Dans ces domaines, il subit l'influence de Jules Chéret (1936-1932), grand maître de l'affiche de l'époque. Il illustre également des livres, en particulier celui de Marcel Schwob, La Porte des Rêves (1899).

Le début du 20e siècle le consacre comme un artiste du courant Art Nouveau. Il intervient à peu près dans tous les domaines des arts graphiques et même en architecture et en ameublement. Au cours de la décennie 1910-1920 son intérêt pour le théâtre, qu'il avait fréquenté très jeune en tant de que comédien, l'amène à créer des décors et des costumes en collaboration avec Henri-Gabriel Ibels (1867-1936) qui avait participé au mouvement des Nabis à la fin du 19e siècle.

Dans les années 1920, Georges de Feure se consacre essentiellement à la décoration d'intérieur et connaît un succès considérable dans ce domaine. Madeleine Vionnet (1876-1975), couturière de renom international, lui confie la décoration de sa maison de couture et de son hôtel particulier parisien. Mais l'artiste est oublié dans les années trente et sa situation matérielle se dégrade. Georges de Feure meurt à Paris, sous l'occupation, en novembre 1943. Il est inhumé au cimetière des Batignolles à Paris.

 

Œuvre

 

Seuls les arts graphiques sont présentés ici, mais l’œuvre de Georges de Feure est très éclectique : peinture, création de meubles, de décors et costumes de théâtre et même architecture.

Son œuvre picturale comporte de nombreuses « femmes fatales » de l’époque victorienne : silhouette élancée, gestuelle élégante, chevelure abondante. Ce thème se retrouve dans la plupart des œuvres du courant Art nouveau.

 

Georges de Feure. La fumeuse

Georges de Feure. La fumeuse

 

« Cette idée de la "perversité inconsciente" est un des aspects du concept de la femme fatale qui atteindra sa pleine expression dans ses œuvres symbolistes. Ce concept est essentiellement baudelairien, typique de la misogynie du milieu artistique de l’époque. Riotor en décrivit sa forme embryonnaire qu’il avait discernée dans l’œuvre pré-symboliste de l’artiste. Il percevait, en effet, un certain nombre de polarités dans l’attitude du peintre à l’égard des sexes et de leurs relations. Les femmes y étaient triomphantes et dédaigneuses, les hommes souffrant, pleurant et même mourant de leur amour timide et angoissé. Tandis que de Feure peignait l’aspect dur, cruel de la femme et "son charme de perversité inconsciente (sic)", il montrait "dans l’homme sa platitude de serf amoureux, de chien à l’attache". Pour souligner le rapport de force entre les deux sexes, les femmes étaient représentées riches et élégamment vêtues, tandis que les hommes étaient "pauvres, flétris, loqueteux, minables". » (Extrait de Georges de Feure, maître du symbolisme et de l’Art nouveau, de Ian Millman)

Georges de Feure a également peint de nombreux paysages très éloignés par le style de l’impressionnisme. De Feure se rattache au symbolisme et à l’Art Nouveau : le paysage est d’abord dessiné, la couleur intervenant ensuite, le trait reste toujours apparent. Les arbres et les édifices se découpent nettement sur un arrière-plan lumineux où le ciel tient une grande place.

 

Georges de Feure. Atelier à côté d’un canal

Georges de Feure. Atelier à côté d’un canal

Gouache sur bois, 60 × 73 cm, collection particulière.

 

Outre la peinture, Georges de Feure s’est illustré dans la décoration. Il s'est intéressé à tout ce qui touche au décor de la maison : création de modèles de tissus, de papiers peints, de porcelaines, de verreries. Pour l’Exposition universelle de 1900, il réalise la façade et deux intérieurs du pavillon de l’Art nouveau. La critique est élogieuse et voit dans son travail la quintessence du raffinement à la française. Il poursuit dans les premières décennies du 20e siècle son travail de décorateur dans le style Art nouveau puis Art déco. Il crée également des décors de théâtre et des costumes.

 

Les femmes fatales

Georges de Feure. La fumeuse

 
Georges de Feure. La fumeuse
 
Georges de Feure. La fumeuse
 
Georges de Feure. Le suiveur
 
Georges de Feure. Femme au chapeau noir
 
Georges de Feure. La botaniste
Georges de Feure. La botaniste. Gouache sur papier, 91 × 72,4 cm, collection particulière.
 
Georges de Feure. La source du mal (1894)
Georges de Feure. La source du mal (1894). Lithographie en cinq couleurs, 34,6 × 25,1 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.
 
Georges de Feure. La voix du mal (1895)
Georges de Feure. La voix du mal (1895). Huile sur bois, 65 × 59 cm, collection particulière.
 
Georges de Feure. La voix du mal ou Mélancolie (1895)
Georges de Feure. La voix du mal ou Mélancolie (1895). Gouache sur papier, diamètre 52 cm, Collection N. Manoukian, Paris.
 
Georges de Feure. L’aventure (1899)
Georges de Feure. L’aventure (1899). Lithographie, 23,3 × 33,5 cm, Musée National de Varsovie (MNW).
 
Georges de Feure. Femme parmi les fleurs (1900)
Georges de Feure. Femme parmi les fleurs (1900). Photogravure, 23 × 24 cm, The New York Public Library.
 
Georges de Feure. Femme parmi les fleurs (1900)
Georges de Feure. Femme parmi les fleurs (1900). Photogravure, The New York Public Library.
 
Georges de Feure. Femme parmi les fleurs (1900)
Georges de Feure. Femme parmi les fleurs (1900). Photogravure, The New York Public Library.
 
Georges de Feure. Femme examinant une fleur (1900)
Georges de Feure. Femme examinant une fleur (1900). Photogravure, The New York Public Library.
 
Georges de Feure. Fleurs d'automne (1900-1903)
 
Georges de Feure. La toilette sensationnelle (1902)
Georges de Feure. La toilette sensationnelle (1902). Gouache sur papier, 29 × 21,5 cm, collection particulière.
 
Georges de Feure. Lady Macbeth (1908-10)Georges de Feure. Lady Macbeth (1908-10). Gouache sur papier, 60 × 74 cm, collection particulière. Dans un cadre sylvestre, avec une lumière provenant du fond de la forêt, de Feure place une femme apeurée aux mains tachées de sang, inspirée de la tragédie de Shakespeare : lady Macbeth après le meurtre de Duncan, le roi d’Écosse.
 
Georges de Feure. Ophélie (1908-10)Georges de Feure. Ophélie (1908-10). Gouache sur papier, 60 × 90 cm, collection particulière. Inspirée de Hamlet, la tragédie de Shakespeare, cette composition met en scène Ophélie avant son suicide. Ophélie devient folle à la suite de la mort de son père et de la rupture de son idylle avec Hamlet. John Everett Millais (1829-1896), du courant préraphaélite, avait déjà utilisé le thème en choisissant la noyade d’Ophélie.

 

Les paysages

Georges de Feure. Arbres sur une falaise

Georges de Feure. Arbres sur une falaise. Huile sur toile, 73 × 116 cm, collection particulière. Dans cette huile, l'artiste conserve les principes de compositions appliqués dans ses paysages à la gouache (Lady Macbeth) : lumière en contre-jour et couleurs chaudes. 

 
Georges de Feure. Atelier à côté d’un canalGeorges de Feure. Atelier à côté d’un canal. Gouache sur bois, 60 × 73 cm, collection particulière. Ce paysage avec moulin et maison de type flamand permet à de Feure de restituer la lumière et la limpidité de l’atmosphère.
 
Georges de Feure. Le vieux port (1908-10)Georges de Feure. Le vieux port (1908-10). Gouache sur papier, 37 × 53 cm, collection particulière. Ce paysage concilie le quasi-impressionnisme de l’arrière-plan avec la précision du trait pour les édifices se découpant sur le ciel nuageux.
 
Georges de Feure. L’église près d’une pièce d’eauGeorges de Feure. L’église près d’une pièce d’eau. Huile sur carton, 39 × 58 cm, collection particulière. Le ciel occupe une place prépondérante, comme dans les paysages hollandais du 17e siècle. L’effet de perspective utilise les lignes de fuite des toitures des édifices.

 

La décoration et l’illustration

Georges de Feure. La Porte des rêves (1899)Georges de Feure. La Porte des rêves (1899). La Porte des rêves est un livre de contes de l'écrivain symboliste Marcel Schwob (1867-1905), illustré par Georges de Feure.

 

Georges de Feure. Peintures décoratives exposition universelle (1900)Georges de Feure. Peintures décoratives exposition universelle (1900). Huile sur toile, chaque panneau 277 × 103 cm, musée d’Orsay, Paris. « Ces deux toiles appartiennent à une série d’éléments du décor extérieur du pavillon  "L’Art Nouveau Bing" présenté lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Témoignage rare et authentique de ce pavillon très remarqué et commenté en son temps, elles inaugurent la collaboration féconde de Georges de Feure avec Siegfried Bing jusqu’à la mort de ce dernier en 1905. Illustrateur, affichiste et caricaturiste de presse, pratiquant l’aquarelle et la lithographie dans le style de Steinlen, Forain ou encore Chéret, Georges de Feure s’investit dès 1894 vers des applications multiples dans des domaines aussi divers que la reliure, la tapisserie ou le mobilier. » (Notice établie par Côme Fabre, conservateur)

 

Georges de Feure. Femme aux bas noirs (1914-18)Georges de Feure. Femme aux bas noirs (1914-18). Gouache sur papier, 21 × 12 cm, collection particulière. Pendant le première guerre mondiale, de Feure s’intéresse beaucoup au théâtre et crée des costumes ou des décors. Cette femme parfaitement symétrique a l’allure d’un mime.

 

Georges de Feure. Vitrail

Georges de Feure. Vitrail

 

Les affiches

Georges de Feure. Avant la représentation (v. 1893)Georges de Feure. Avant la représentation (v. 1893). Gouache sur papier, 35 × 24,5 cm, collection particulière. Il s’agit de saltimbanques avant la représentation. De Feure utilise les grands aplats de couleurs des peintres symbolistes.

 

Georges de Feure. Paris-Almanach (1894)Georges de Feure. Paris-Almanach (1894). Lithographie en six couleurs, 78,5 × 59 cm, The Los Angeles County Museum of Art (Lacma).

 

Georges de Feure. Loïe Fuller (1895)Georges de Feure. Loïe Fuller (1895). Lithographie en huit couleurs, 129,5 × 92,7 cm, Museum of Modern Art (MoMa), New York.

Georges de Feure. Intérieur moderne (1900-02)

Georges de Feure. Intérieur moderne (1900-02). Photogravure, The New York Public Library.

Commentaires (2)

Ian Millman
  • 1. Ian Millman | 13/06/2016

Je suis content de voir que mon livre sur Georges de Feure vous a inspiré jusqu'à la rédaction de ce blog.
Je suis content aussi de voir que vous avez inclus un lien vers mon livre sur Amazon. Je vois qu'il se vend très cher maintenant.
Je vous en avez envie, prenez contact avec moi par e-mail.
Cordialement,
Ian Millman

rivagedeboheme
  • 2. rivagedeboheme (site web) | 13/06/2016

Votre remarquable livre m'a en effet beaucoup aidé. Félicitations et un grand merci.
P. AULNAS

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