Jan Brueghel dit de Velours

 

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Portraits

 

Van Dyck (?). Portrait de Jan BrueghelJan Brueghel par Van Dyck

Attribution douteuse

Van Dyck. Portrait de Jan Brueghel, gravure  Jan Brueghel par Van Dyck

Gravure

Rubens . Famille de Jan Brueghel (1612-13) La famille de Jan Brueghel par Rubens

Huile sur toile, 125,1 × 95,2 cm

Courtauld Institute of Art, Londres

 

Biographie

 

1568-1625 

Les Brueghel constituent une dynastie de peintres flamands dont les plus importants sont  Pieter Brueghel l’Ancien et Jan Brueghel de Velours. Pieter Brueghel, dit l’Ancien (environ 1525-1569), grand peintre de la Renaissance flamande, eut deux fils également peintres : Pieter le Jeune dit d’Enfer (1564-1638) et Jan I (1568-1625) dit de Velours. Jan I aura lui-même deux fils peintres : Jan II dit le Jeune (1601-1678) et Ambrosius (1617-1675). Enfin Jan II aura deux fils peintres : Abraham (1631-1697) et Jan-Baptist (1647-1719). Le nom de la famille provient d’un petit village situé près de Breda, au sud des actuels Pays-Bas. Pieter Brueghel l’Ancien choisit le nom de ce village pour signer ses toiles. L’orthographe peut fluctuer : Brueghel ou Bruegel ou encore Breughel.

Jan I Brueghel sera surnommé de Velours en raison de son exceptionnelle maîtrise des fondus et des dégradés. Ce savoir-faire remplit ses tableaux d’une douce et lumineuse harmonie. Il est l’un des plus grands peintres de paysages et de natures mortes du début du 17e siècle. Né à Bruxelles en 1568, quelques mois avant la mort de son père, il sera élevé par sa grand-mère Marie de Bessemers, veuve du peintre Pieter Coecke van Aelst (1502-1550). Celle-ci peignait des miniatures (très petits portraits par exemple) à la détrempe (peinture à l’eau), équivalent de l’aquarelle actuelle ; elle transmettra son savoir à Jan. Cette initiation nécessitait de la délicatesse et autorisait une grande fluidité des coloris que l’on retrouve dans les huiles ultérieures de l’artiste. Brueghel sera initié à la peinture à l’huile dans l’atelier du peintre anversois Pieter Goetkindt.

 

Brueghel. Paysage avec le jeune Tobie (1598)Brueghel. Paysage avec le jeune Tobie (1598)

 

Pendant sa jeunesse, Jan Brueghel fit un voyage en Italie : on sait qu’en 1593 il était à Rome. Il resta longtemps à Milan où il noua des relations avec le cardinal Federico Borromeo (1564-1631), fondateur de la bibliothèque Ambrosienne (de Saint Ambroise) de Milan, l’une des premières bibliothèques publiques. La bibliothèque Ambrosienne possède encore aujourd’hui plusieurs tableaux de Brueghel datant de la fin du 16e siècle. Au retour d’Italie, il s’établit à Anvers et, en 1597, épouse la fille de Gérard de Jode (1509-1591), éditeur et graveur anversois. Deux enfants naîtront de cette union, dont Jan Brueghel II le Jeune. Dès son retour d’Italie, Brueghel de Velours est admis comme membre de la guilde des peintres de la ville. En 1602, il en devient le doyen et le peintre de la cour des souverains des Pays-Bas du Sud, l’archiduc Albert d’Autriche (1559-1621) et son épouse l’infante Isabelle d’Espagne (1566-1633). Sa réputation est alors considérable et il travaille avec les artistes les plus importants de l’époque, en particulier Rubens (1577-1640).

Devenu veuf, il se remarie en 1605 et huit enfants naîtront de cette union, dont Ambrosius qui deviendra peintre. A sa mort en 1625 à Anvers, Rubens deviendra le tuteur de ses enfants mineurs.

 

Œuvre

 

Brueghel. Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe dorée (1618)Brueghel. Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe dorée (1618)

 

Jan Brueghel de Velours est le peintre qui reflète le mieux la transition entre le maniérisme et le baroque. Ses paysages et ses scènes mythologiques ou allégoriques recèlent une douce poésie étrangère au réalisme baroque. La lumière et les couleurs sont au service de cette poésie et induisent une ambiance assez irréelle. Cependant, l’observation de la nature est d’une grande précision et on perçoit, tant dans les paysages que dans les natures mortes florales, une volonté de reproduire le détail, une minutie extrême dans l’exécution qui n’appartiennent pas au courant maniériste. Cette capacité d’opérer une  transition douce avec une magnifique élégance et une poésie infiniment délicate peut charmer davantage que la rupture caravagesque : chacun en jugera avec sa propre sensibilité.

 

 Les bouquets

 Ce type de nature morte connaît à l’époque un grand succès en Flandre. Brueghel de Velours en est un initiateur et il sera suivi par Clara Peeters (1589-1639), Daniel Seghers (1590-1661), par son fils Jan II Brueghel et bien d’autres. La profusion de variétés différentes de fleurs caractérise certains bouquets : on a compté jusqu’à cinquante variétés. Les couleurs tendres et vives, l’équilibre de la composition, la grande précision dans le détail témoignent d’une parfaite maîtrise technique. Là encore, l’artiste dépasse le maniérisme par son ambition réaliste mais en conserve tout le raffinement poétique.

 

Brueghel. Bouquet (1603)Bouquet (1603). Huile sur bois, 125 × 96 cm, Alte Pinakothek, Munich. Les fleurs de grande taille sont placées au-dessus du bouquet (pivoines en particulier) et une myriade de petites fleurs occupent le bas. Brueghel a même incorporé à son bouquet des fleurs de fraises, de framboises et de mûres.

 
Brueghel. Bouquet de fleurs avec bijoux, pièces et coquilles (1606)Bouquet de fleurs avec bijoux, pièces et coquilles (1606). Huile sur cuivre, 65 × 45 cm, Pinacoteca Ambrosiana, Milan. Brueghel laisse toujours au pied du vase quelques fleurs ou objets épars. Cette peinture a été commandée par le cardinal archevêque de Milan Federico Borromeo (1564-1631).
 
Brueghel. Bouquet dans un vase en terre cuite (1606-07)Bouquet dans un vase en terre cuite (1606-07). Huile sur bois, 51 × 40 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Contrairement à Ambrosius Bosschaert (1573-1621), peintre anversois de compositions florales, Brueghel ne place jamais un paysage en arrière-plan. Il préfère l'arrière-plan noir permettant de faire ressortir la luminosité des coloris floraux.
 
Brueghel. Le Grand Bouquet (1607)Le Grand Bouquet (1607). Huile sur bois, 98 × 73 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Comme les paysages de la peinture du 17e siècle, les bouquets allient minutie et recomposition idéalisée. La minutie réside dans la reproduction exacte de chaque fleur, dont on  peut reconnaître la variété précise. Mais le bouquet dans son ensemble ne peut exister. Il serait trop lourd pour tenir dans le récipient et les fleurs dont il se compose ne fleurissent pas simultanément. Le peintre a recomposé un  bouquet jugé idéal à partir d'éléments épars. Pour une excellente analyse : Les yeux d'Argus
 
Brueghel. Le Grand Bouquet (détail) (1607)
 
Brueghel. Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe dorée (1618)Nature morte avec guirlande de fleurs et coupe dorée (1618). Huile sur bois, 47,5 × 52,5 cm, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles. Extrême élégance de la composition et minutie dans la représentation de chaque détail. Un chef d'œuvre. L'une des originalités du tableau est l'utilisation des diagonales pour renforcer l'effet de profondeur : la guirlande et l'écrin à bijoux sont en position oblique par rapport à la table.

 

 Les paysages

 Brueghel de Velours est le grand paysagiste flamand du début du 17e siècle. Dans sa jeunesse, il s’inspire du peintre anversois Gillis van Coninxloo (1544-1606) (Exemple de paysage de Van Coninxloo : Paysage et scènes de la vie de Marie) puis trouve un style personnel. Ses paysages, peuplés d’animaux et de personnages, nécessitent une grande minutie d’exécution. Les tonalités et la lumière sont subtiles : ciels de différentes nuances de bleu, feuillages vaporeux bleus, verts et bruns que l’on retrouvera chez les paysagistes su 18e siècle, en particulier chez Fragonard.


Brueghel. Paysage avec chasseurs (1594-95)Paysage avec chasseurs (1594-95). Huile sur cuivre, 24 × 36 cm, Musée des Beaux-Arts, Nantes. Ce paysage a été peint au cours du séjour à Rome du peintre vers 1593-95. Brueghel subit sans doute à ce moment l'influence de Paul Bril (1554-1626), peintre anversois de vedute qui s'était établi à Rome vers 1570 et y resta jusqu'à sa mort.

 

Brueghel. Paysage avec le jeune Tobie (1598)Paysage avec le jeune Tobie (1598). Huile sur cuivre, 36 × 55 cm, Musée Liechtenstein, Vienne. Mythologie chrétienne. Le livre de Tobie fait partie de l'Ancien Testament. Après de multiples péripéties, le jeune Tobie parvient à guérir la cécité de son père avec du fiel de poisson. Comme on le voit, il s'agit en fait d'un remarquable paysage dans le style de l'époque. L'allusion biblique permet d'être dans la ligne du concile de Trente.

Brueghel. Paysage avec le jeune Tobie, détail (1598)

Paysage avec le jeune Tobie, détail (1598)

 

Brueghel. Le grand marché au poisson (1603)Le grand marché au poisson (1603). Huile sur bois, 59 × 92 cm, Alte Pinakothek, Munich. Comme le précédent, ce paysage est un paysage-monde dont le style avait été initié par Joachim Patinir. Il s'agit de représenter un paysage recomposé par le peintre et s'enfonçant vers l'infini. Ces compositions sont construites autour de trois plans successifs. Au premier plan, une scène avec des personnages pouvant être très nombreux (couleurs variées avec brun ou vert dominant). An second plan, le paysage proprement dit, constitué de la végétation, de constructions, de navires, de cours d'eau ou de lacs (couleurs : dégradés de bleus et gris). Enfin, à l'arrière-plan, l'horizon très lointain (couleurs : bleu-gris de plus en plus clair pour satisfaire au principe de la perspective atmosphérique).

 

Brueghel. Une fête flamande (1610)Une fête flamande (1610). Huile sur cuivre, 47,6 × 68,6 cm, Collection Royale, Windsor. Ce tableau est à rapprocher de certaines compositions de Pieter Brueghel l'ancien, le père de Jan, qui aimait particulièrement peindre les scènes villageoises.

 

Brueghel. Village avec personnages et vaches (1609)Village avec personnages et vaches (1609). Huile sur cuivre, 11 × 17 cm, Residenzgalerie, Salzbourg. Ce petit cuivre est une minutieuse description de la vie quotidienne à la campagne. Le cadre est constitué de quelques maisons isolées à la lisière d'une forêt, le long d'une rivière. Des personnages sont occupés à des tâches diverses : une femme s'occupe de ses enfants, une autre de son potager, d'autres bavardent. Les vaches paissent.

 

Brueghel. Voyageurs sur le cheminVoyageurs sur le chemin. Huile sur cuivre, 22 × 30 cm, Rockox House, Anvers. Comme le précédent, ce cuivre dépeint les activités courantes des hommes de l'époque. Ces thèmes correspondent à tout un ensemble de tableaux de Brueghel.

 

Les scènes mythologiques et allégoriques

Brueghel. Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée (1598)Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée (1598). Huile sur cuivre, 27 × 35 cm, Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid. Episode biblique. Le lac de Galilée n'a que 6 ou 7 km de large mais il est sujet à des tempêtes. Jésus et quelques disciples s'embarquent et subissent une forte tempête. Mais Jésus dort. Les disciples le réveillent et lui reprochent de ne rien faire pour les sauver. Il leur fait comprendre que le suivre n'est pas une solution de facilité ; puis il apaise la tempête.

 
Brueghel. La bataille d'Issus (1602)La bataille d'Issus (1602). Huile sur bois, 86 × 135 cm, Musée du Louvre, Paris. « Le tableau, autrefois dénommé "Bataille d'Arbelles (331 av. J.-C.)", représente en fait une autre victoire d'Alexandre le Grand sur le belliqueux Darius, roi des Perses, la fameuse bataille d'Issus (333 av. J.-C.). Le chef macédonien, par une audacieuse stratégie, profite du passage des troupes perses dans les défilés montagneux de Syrie pour lancer sa cavalerie à leur assaut. Ainsi, grâce au resserrement du champ de bataille, Alexandre réussit à vaincre un ennemi pourtant en surnombre. » (Notice musée du Louvres)
 
Brueghel. Le paradis terrestre (1607-08)Le paradis terrestre (1607-08). Huile sur cuivre, 45 × 65 cm, Musée du Louvre, Paris. « Sans doute peint en 1607-1608 et le premier de la série des Quatre Éléments commandée à partir de 1607 par le cardinal-archevêque de Milan, Federico Borromeo. Dans le fond, Dieu le Père désigne à Adam et à Eve l'arbre du Bien et du Mal. Envoyé à Milan en 1616-1618 avec L'Air (Louvre), L'Eau et Le Feu (revenus à la Bibliothèque ambrosienne de Milan en 1815) ; transféré à Paris, 1796 ; resté après 1815 » (Notice musée du Louvre)
 
Brueghel. La vision de Saint-Hubert (après 1615)La vision de Saint-Hubert (après 1615). Huile sur bois, 63 × 100 cm, Musée du Prado, Madrid. Mythologie chrétienne. Hubert de Liège (entre 656 et 658-727) est un saint chrétien, évêque de Tongres et de Maastricht. Le seigneur Hubert, appartenant à l'aristocratie franque, est passionné de chasse et part à la chasse un vendredi saint. Il poursuit un cerf qui le distance toujours sans se fatiguer. Puis l'animal s'arrête et une voix céleste reproche à Hubert sa passion de la chasse. Celui-ci promet de rencontrer l'évêque de Maastricht et de faire pénitence. Ce tableau est le fruit d'une collaboration entre Brueghel (paysage) et Rubens (personnages).
 
Brueghel. La vue (1618)La vue (1618). Huile sur bois, 65 × 109 cm, Musée du Prado, Madrid. Les allégories des cinq sens permettent à Brueghel d'accumuler dans un tableau des paysages, des éléments d'architecture, de la décoration d'intérieur, des animaux et de multiples personnages. Au premier plan, un personnage allégorique examine un tableau. La pièce est une sorte de galerie d'exposition où s'accumulent des statues, des peintures et quelques instruments astronomiques : télescope, astrolabe. C'est Rubens qui a peint les figures allégoriques sur les cinq tableaux.
 
Brueghel. Le goût (1618)

Le goût (1618). Huile sur bois, 65 × 108 cm, Musée du Prado, Madrid. Le peintre a voulu nous placer dans une demeure seigneuriale. L'arrière-plan suggère un grand domaine boisé et les colonnades un vaste palais. Poissons, fruits, trophées de chasse sont entassés au premier plan. Sur la table centrale apparaissent un cygne, un paon, des tartes, des huîtres, des écrevisses et des fruits. Le personnage allégorique personnifiant le goût est un satyre servant du vin à une femme.

 
Brueghel. L'ouïe (1618)

L'ouïe (1618). Huile sur bois, 65 × 107 cm, Musée du Prado, Madrid. Le nu féminin pourrait être Euterpe, muse de la musique, ou Vénus, déesse de l'amour. Presque tous les instruments de musique de l'époque sont représentés : clavecin, tambour, trompette, trombone, cornet, plusieurs flûtes, différentes tailles de violes, un luth. La présence du cerf  s'explique par l'ouïe fine de cet animal devenu le symbole de ce sens.

 
Brueghel. Le Toucher (1618)

Le toucher (1618). Huile sur bois, 65 × 110 cm, Musée du Prado, Madrid. Le sens du toucher est personnifié par une femme nue embrassant son enfant. La partie gauche est un atelier de fabrication d'armures, activité manuelle supposant une certaine dextérité. Sur la partie droite apparaissent des tableaux accrochés au mur suggérant les touches de peinture.

 
Brueghel. L'ouïe, le toucher et le goût (1618)

L'ouïe, le toucher et le goût (1618). Huile sur bois, 176 × 264 cm, Musée du Prado, Madrid. Cette composition, beaucoup plus grande que les précédentes, synthétise trois sens. Le regard est d'abord attiré vers le paysage apparaissant à l'arrière-plan, derrière les arcades. Ce n'est que dans un second temps que le spectateur analyse les détails du premier plan pour y retrouver aisément les éléments correspondant à chaque sens.

 

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Jan Brueghel de Velours

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