Jacob van Ruisdael

 
 

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Portrait

 

Louis-Denis Caillouet. Buste de Jacob van Ruisdael (1820-21). Musée du Louvre.

Louis-Denis Caillouet. Buste de Jacob van Ruisdael (1820-21)

Musée du Louvre.  Paris

  

Biographie

  

1628-1682

Jacob van Ruisdael (ou Ruysdael) est né à Haarlem, ville néerlandaise située à une vingtaine de kilomètres d’Amsterdam. Sa date de naissance exacte n’est pas connue, mais se situe probablement au cours de l’année 1628. Il appartient à une famille de peintres. Son père Isaac van Ruisdael (1599-1677), appelé également Isaac de Goyer (soit originaire de Gooiland, région de Hollande septentrionale), est peintre et fabricant d’encadrements. Son oncle Salomon van Ruisdael (1602-1670) est déjà, avant son neveu, un paysagiste réputé.

Sa formation artistique a donc lieu dans une famille appartenant au milieu de la peinture et qui fréquentait en particulier le paysagiste Jan van Goyen (1596-1656). Les premiers tableaux connus de Jacob van Ruisdael datent de 1646 et on sait qu’à partir de cette date il commence à voyager avec son père en Hollande septentrionale et à Bentheim en Basse-Saxe où il réalisera plusieurs peintures du château. En 1648, il est admis à la Guilde de Saint-Luc de Haarlem, corporation de peintres et de sculpteurs.

 

Van Ruisdael. Vue nord-ouest du château de  Bentheim (1652)Van Ruisdael. Vue nord-ouest du château de Bentheim (1652)

 

Sa réputation grandissant, il s’installe à Amsterdam vers 1656. Mais l’emprise du calvinisme sur les Pays-Bas impose à un peintre d’origine juive de se convertir s’il veut s’intégrer pleinement. Van Ruisdael se fera donc baptiser selon le rite calviniste en 1657. En 1659 il obtient la citoyenneté de la ville d’Amsterdam. Sa réputation s’affirme et il emploie plusieurs élèves dans son atelier, dont Meindert Hobbema (1638-1709) qui deviendra l’un des plus grands paysagistes du 17e siècle.

Selon le biographe Arnold Houbraken (1660-1719), auteur de De Groote Schouburgh der Nederlantsche konstschilders en schilderessen (Le Grand Théâtre des artistes et peintres néerlandais, 1718-1721), van Ruisdael aurait également été chirurgien et aurait obtenu en 1672 un diplôme de médecine à l’université de Caen, ville située en Normandie (France). Mais cet aspect de sa vie reste très obscur et les historiens n’ont pas de certitudes à ce sujet.

Jacob van Ruisdael meurt en 1682 à Amsterdam ou à Haarlem. Il sera inhumé dans cette dernière ville dans l’église Saint-Bavon.

 

Œuvre

 

L’œuvre de Jacob van Ruisdael ne comporte que des paysages avec très peu de personnages. Ce sont les nuages menaçants recouvrant souvent plus de la moitié de la surface du tableau qui apparaissent d’abord. Dès la décennie 1650 (il a entre 20 et 30 ans), Jacob van Ruisdael recherche de cette manière les effets d’espace et de profondeur. La nature qui l’intéresse est mélancolique et tourmentée. Par rapport aux peintures de son oncle Salomon ou de Jan van Goyen (ci-après), l’intensité dramatique est plus forte.

 

Salomon van Ruisdael. Estuaire avec ville fortifiée (1648)

Salomon van Ruysdael. Estuaire avec ville fortifiée (1648)

Huile sur toile, 84,3 × 115,5 cm, Landesmuseum, Hanovre, Basse-Saxe

                   

Jan van Goyen. Paysage fluvial avec une ruine (1634)

Jan van Goyen. Paysage fluvial avec une ruine (1634)

Huile sur toile, 75 × 98 cm, collection particulière

 

Jacob van Ruisdael compose soigneusement ses paysages qui s’inspirent fortement de la réalité mais ne cherchent pas à en être une représentation fidèle. Il s’agit d’abord d’émouvoir et de transmettre une vision poétique pleine de mélancolie de l’environnement habituel de peintre. Les romantiques du 19e vont ainsi annexer cet artiste d’exception qui, avant eux, cherchait par l’œuvre d’art à communiquer ses émotions et qui, peut-être, pensait comme eux que l’émotion domine la raison.

Ainsi, Eugène Fromentin (1820-1876), peintre et écrivain français, était un grand admirateur de Jacob van Ruisdael. Dans Les maîtres d'autrefois: Belgique, Hollande (Paris, Plon, 14e éd. 1904), il propose l’interprétation suivante de l’œuvre de van Ruisdael :

 « De tous les peintres hollandais, Ruysdaël est celui qui ressemble le plus noblement à son pays. Il en a l’ampleur, la tristesse, la placidité un peu morne, le charme monotone et tranquille.

Avec des lignes fuyantes, une palette sévère, en deux grands traits expressément physionomiques, — des horizons gris qui n'ont pas de limites, des ciels gris dont l’infini se mesure, — il nous aura laissé de la Hollande un portrait, je ne dirai pas familier, mais intime, attachant, admirablement fidèle et qui ne vieillit pas. À d’autres titres encore, Ruysdaël est, je crois bien, la plus haute figure de l’école après Rembrandt ; et ce n’est pas une mince gloire pour un peintre qui n’a fait que des paysages soi-disant inanimés et pas un être vivant, du moins sans l’aide de quelqu’un. »

Van Ruisdael. Deux moulins à eau avec hommes ouvrant l'écluse (1650)

Deux moulins à eau avec hommes ouvrant l'écluse (1650). Huile sur bois, 54 × 68 cm, Collection particulière. L'inspiration provient des sites visités par le peintre au cours de ses voyages dans les nord des Pays-Bas autour de 1650. Le moulin à eau, très utilisé au 17e siècle, constitue un thème riche pour un paysagiste. Végétation, bâtiment, activité humaine, action de l'eau, ciel nuageux sont autant d'éléments à agencer. Seuls deux petits personnages sont à l'œuvre, l'essentiel étant le paysage.

Van Ruisdael. Deux moulins à eau et une écluse près de Singraven (1650-52)

Deux moulins à eau et une écluse près de Singraven (1650-52). Huile sur toile, 87,3 × 111,5 cm, National Gallery, Londres. On perçoit avec ces moulins ce qui, au 19e siècle, a séduit les romantiques : le réalisme poétique de van Ruisdael se fonde sur l'émotion suscitée par un paysage. Un moulin à eau très ancien subsiste encore à Singraven près de Denekamp aux Pays-Bas.

 
Van Ruisdael. Vue nord-ouest du château de  Bentheim (1652)
Vue nord-ouest du château de  Bentheim (1652). Huile sur panneau, 52 × 68 cm, Collection privée. Van Ruisdael a voyagé dans la région de Bentheim, petite ville allemande proche de la frontière néerlandaise. Il en a ramené de nombreux tableaux du château dont seize nous sont parvenus. L'exactitude topographique n'est pas la préoccupation première du peintre. Le château existant encore, on s'est aperçu que van Ruisdael avait considérablement accentué la hauteur et la pente de la colline. L'artiste s'inspire d'un paysage réel mais ne cherche pas à le reproduire fidèlement.
 
Van Ruisdael. Le château de Bentheim (1653)
Le château de Bentheim (1653). Huile sur toile, 111 × 144 cm, National Gallery of Ireland, Dublin. Ce tableau propose une vision grandiose du château, tout aussi inexacte que la précédente. Ce paysage n'en est pas moins un chef-d'œuvre par l'association d'un espace très vaste et profond et de détails minutieusement traités comme les rochers et leur végétation, le tronc d'arbre coupé au premier plan, les maisons au second plan.
 
Van Ruisdael. Vue d'Amsterdam (1656)
Vue d'Amsterdam (1656). Huile sur toile, 52,5 × 43,5 cm, Szépmûvészeti Múzeum, Budapest. Les rives de l'Amstel, la rivière qui donna son nom à la ville d'Amsterdam, sont bordées à cette époque d'une route sablonneuse. L'Église que l'on aperçoit à l'arrière-plan est la Zuiderkerk (église du sud), construite au 17e siècle, et qui existe toujours aujourd'hui.
 
Van Ruisdael. Le cimetière juif (1657)
Le cimetière juif (1657). Huile sur toile, 141 × 183 cm, Institute of Arts, Detroit. Ruisdael a peint deux fois un Cimetière juif, l'autre toile, plus petite, se trouvant à Dresde. Un regard du 21e siècle perçoit le caractère romantique du tableau : ciel tourmenté, ruines, arbres noueux pliés par le vent. Mais l'intention morale était sans doute la plus évidente au 17e siècle. Il s'agit de confronter la vie éphémère des hommes à la puissance et à la pérennité de la nature figurée par l'arc en ciel, les nuages, le vent. Dit simplement, le ressenti était : « nous sommes bien peu de chose ».
 
Van Ruisdael. Le rayon de soleil (1660)
Le coup de soleil (1660). Huile sur toile, 83 × 99 cm, Musée du Louvre, Paris. « Jacob Van Ruisdael imagine ici un ample panorama, construit sur de subtiles diagonales (nuages, fleuves, collines). Il le recompose à partir de différents motifs réels : ruines d'un petit pont et du château de Brederode (près de Haarlem), moulins à vents, collines de Gueldre ou de Rhénanie... C'est au XIXe siècle que ce tableau, autrefois simplement dénommé "Effet de soleil après la pluie", prend le titre sous lequel il est désormais universellement connu : Le Coup de soleil. Et c'est effectivement le soleil qui orchestre magistralement l'espace du tableau, alternant les zones d'ombres et de clarté. » (Notice musée du Louvre)
 
 
Van Ruisdael. Tempête en mer avec bateaux à voiles (1668)
Tempête en mer avec bateaux à voiles (1668). Huile sur toile, 50 × 63 cm, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid. C'est la violence de la nature qui intéresse le peintre. Elle est mise en évidence par les flots agités, la force du vent et le caractère frêle des embarcations.
 
Van Ruisdael. La chute d'eau (1665-70)
La chute d'eau (1665-70). Huile sur toile, 100 × 87 cm, Staatliche Museen, Kassel. Van Ruisdael a peint de nombreuses variations sur ce thème qui était apprécié dans les pays du nord de l'Europe. Peut-être s'est-il inspiré du travail d'Allaert van Everdingen (1621-1675) un autre paysagiste néerlandais.
 
Van Ruisdael. Paysage avec église au bord d'un torrent (1670)
Paysage avec église au bord d'un torrent (1670). Huile sur toile, 71 × 55 cm, Cleveland Museum of Art. Autre variation sur le thème du torrent.
 
Van Ruisdael. Champs de blé (1670)
Champs de blé (1670). Huile sur toile, 100 × 130,2 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ce magistral paysage se caractérise par la convergence des lignes de fuite vers le centre de la toile (au bout du chemin) et par le jeu de l'ombre et de la lumière (premier plan ombragé, deuxième plan lumineux). Comme souvent chez Ruisdael, le ciel majestueux couvre les deux-tiers de la surface.
 
Van Ruisdael. Paysage d'hiver (1670)
Paysage d'hiver (1670). Huile sur toile, 66 × 97 cm, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid. La rudesse de l'hiver est mise en scène en accentuant la noirceur du ciel. Mais de petits personnages viennent égayer l'ensemble.
 
Van Ruisdael. La place Dam à Amsterdam (1670)
La place Dam à Amsterdam (1670). Huile sur toile, 52 × 65 cm, Staatliche Museen, Berlin. Le Dam ou place du Dam est le centre historique d'Amsterdam. Van Ruisdael s'était installé dans cette ville vers 1656. Il compose ici un paysage urbain, assez rare dans son œuvre, où l'activité commerciale et maritime de la ville est mise en évidence.
 
Van Ruisdael. La place Dam à Amsterdam, détail (1670)

La place Dam à Amsterdam, détail (1670). Il s'agit du bâtiment où s'effectuait la pesée des marchandises.

 
Paysage avec une vue de Haarlem (1670-75)
Paysage avec une vue de Haarlem (1670-75). Huile sur toile, 52 × 65 cm, Staatliche Museen, Berlin. De la position élevée des dunes au nord-ouest de Haarlem, on peut apercevoir les toits de la ville, la cathédrale Saint-Bavon et les autres églises. A l'extérieur de la ville apparaissent de nombreux moulins à vent. Le ciel absorbe presque les trois-quarts du tableau et projette sur le plat pays des bandes d'ombre et de lumière.
 
Van Ruisdael. Le moulin à vent de Wijk près de Duurstede (1668-72)
Le moulin à vent de Wijk près de Duurstede (1668-72). Huile sur toile, 83 × 101 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Ce tableau est l'un des plus connus de van Ruisdael. L'impressionnant moulin à vent face à un ciel menaçant donne à la composition une puissance rare. L'artiste a coordonné les verticales (mâts des bateaux), les horizontales (ligne d'horizon) et les diagonales (ailes du moulin) de façon magistrale afin d'équilibrer sa composition.
 
Van Ruisdael. Le moulin à vent de Wijk près de Duurstede, détail (1668-72)
Le moulin à vent de Wijk près de Duurstede, détail (1668-72). Wijk bij Duurstede est une petite ville néerlandaise de la province d'Utrecht située à la confluence du Rhin et de la Lek. L'église Saint-Jean de Wijk est bien visible à l'arrière-plan ainsi que le château. Ces édifices existent encore aujourd'hui. Van Ruisdael a eu une intuition géniale : peindre le moulin en contre-plongée de façon à placer les ailes très haut dans les nuages. La réalisation humaine confrontée aux forces de la nature acquiert ainsi une puissance évocatrice incontestable.
 
Van Ruisdael. Vue d'Amsterdam, rivière Amstel et Hogesluis (1675-80)
Vue d'Amsterdam, rivière Amstel et Hogesluis (1675-80). Huile sur toile, 52,1 × 66,1 cm, Fitzwilliam Museum, Cambridge. Cette veduta d'Amterdam au 17e siècle met l'accent sur la navigation sur la rivière Amstel et l'omniprésence des moulins à vent. Le pont traversant l'Amstel, appelé Hogeshuis, avait été construit en 1662. Il a été remplacé par un nouveau pont en 1883.

 

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Jacob van Ruisdael

Jan van Goyen

Meindert Hobbema

Commentaires (2)

Mhyre
  • 1. Mhyre | 08/05/2016

Ainsi, Eugène Fromentin (1820-1976), peintre et écrivain français, était un grand admirateur de Jacob van Ruisdael.

Il me semble que c'est 1876 plutôt non?

rivagedeboheme
  • 2. rivagedeboheme (site web) | 09/05/2016

Merci. C'est corrigé.
P. AULNAS

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