Vincent Van Gogh. Les iris (1889)

L'œuvre de Vincent Van Gogh (1853-1890) s'étale seulement sur les dix dernières années de sa vie. Mais elle subit des évolutions radicales, depuis les peintures sombres des débuts jusqu'aux tableaux tourmentés mais éclatants de couleurs des dernières années. Pratiquement inconnu de son vivant en dehors du milieu artistique, Van Gogh est aujourd'hui l'un des peintres les plus célèbres.

 

 

Vincent Van Gogh. Les iris (1889)

Vincent Van Gogh. Les iris (1889)

Huile sur toile, 74,3 × 94,3 cm, J. Paul Getty Museum, Los Angeles

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Contexte

Né aux Pays-Bas, Van Gogh arrive à Paris en 1886. Son frère Theo gère une galerie de peinture à Montmartre. C'est par l'intermédiaire de Theo que Vincent rencontre la plupart des peintres impressionnistes qui, à cette date, avaient réussi à s'imposer. Van Gogh est un artiste qui brûle les étapes comme s'il avait la prémonition que sa vie serait courte. A Paris, sa peinture se transforme radicalement : la couleur et la lumière prennent une place essentielle. Mais il veut découvrir la lumière méditerranéenne et, en 1888, il s'installe à Arles. Gauguin le rejoint, mais l'instabilité mentale de Van Gogh le fera rapidement fuir. Les paysages provençaux conduiront Van Gogh à accentuer encore sa liberté chromatique et à composer à Arles et Saint-Rémy certains de ses grands chefs-d'œuvre.

Parmi ces chefs-d’œuvre figurent Les Iris de Saint-Rémy, peints en mai 1889, au début du séjour de l’artiste à l'asile d’aliénés du monastère de Saint-Paul de Mausole à Saint-Rémy-de-Provence. Fin 1888, à la suite d’une dispute avec Gauguin, il s’était tranché l’oreille avec un rasoir puis était allé l’offrir à une employée de la maison close voisine. Des crises hallucinatoires répétées au cours des premiers mois de 1889 conduisent Vincent Van Gogh à entrer le 8 mai dans l’établissement psychiatrique de Saint-Paul de Mausole. Il y restera jusqu’au 19 mai 1890. A Auvers-sur-Oise, le 27 juillet 1890, il se tire une balle dans la poitrine et meurt le 29 juillet.

Aux prises avec des troubles psychiatriques, Van Gogh voit dans la création artistique le seul exutoire. Il l’exprime métaphoriquement : la peinture, dit-il, est « le paratonnerre pour ma maladie ». Son activité est donc intense. A l’asile de Saint-Rémy, il réalise 130 tableaux. Dès son arrivée, il choisit les iris en fleurs plantés dans le jardin de l’établissement.

 

Analyse de l’œuvre

La composition saisit l’observateur par sa puissance évocatrice et son chromatisme radical. Il s’agit bien de l’enchevêtrement caractéristique d’un massif d’iris. Les fleurs, présentant des caractéristiques communes mais des formes différenciées, émergent des feuilles allongées aux multiples courbures. Van Gogh a bien observé les iris et en fait une représentation formelle réaliste et forte. La force de l’image provient de la capacité de l’artiste à capter l’essentiel et à le restituer : entrecroisements des feuilles, fleurs éclatées. 

La couleur constitue l’élément de liberté du peintre. Sa subjectivité se mêle au réel dans le but d’accentuer les contrastes et de créer un espace pictural d’une intense luminosité. Les feuilles, traitées dans un vert nettement plus clair que les véritables feuilles d’iris, mettent en valeur le bleu intense des pétales. Une seule fleur blanche apparaît, permettant d’apprécier l’importance du choix du peintre : un massif d’iris blancs aurait eu moins d’éclat sur la toile.

 

 

Vincent Van Gogh. Les iris, détail (1889)

Vincent Van Gogh. Les iris, détail (1889)

 

 

Les couleurs complémentaires, que Van Gogh utilise abondamment, lui permettent d’accentuer encore l’impression lumineuse de l’ensemble. Le pistil des fleurs forme de petites taches jaunes au milieu du bleu. Les pensées orange à l’arrière-plan apparaissent dans le vert du feuillage. La terre ocre contraste avec le vert des feuilles d’iris.

Il s’agit donc bien d’un massif d’iris comportant toutes les caractéristiques de la plante. Le peintre a observé minutieusement les iris du jardin de Saint-Rémy et les a peints sur le motif. Mais ce sont aussi, et avant tout, les iris de Van Gogh, qu’une photographie n’aurait pu produire. La peinture permet à l’artiste de proposer une image forte et totalement subjective d’une réalité. Le chef-d’œuvre émerge d’un regard à la fois juste et singulier sur le réel et de la capacité de le restituer avec la maîtrise technique.

 

 

Vincent Van Gogh. Les iris, détail (1889)

Vincent Van Gogh. Les iris, détail (1889)

 

 

Folle enchère en 1987 pour Les iris

Seuls quelques critiques d’art et quelques intellectuels pouvaient apprécier en 1889 une œuvre de cette nature. Julien Tanguy, dit le Père Tanguy (1825-1894), marchand de tableaux et collectionneur, fut chargé de la commercialisation. Il vendit Les iris à l’écrivain et critique d’art Octave Mirbeau (1848-1917) en 1892 pour un prix peu élevé (600 francs pour deux peintures de Van Gogh : Les iris et Les tournesols, soit à peu près le salaire annuel d’un facteur). Le tableau eut ensuite plusieurs propriétaires successifs jusqu’à 1987. A cette date, la maison de ventes aux enchères Sotheby’s le vend à Alan Bond, un homme d’affaires australien, pour 53,9 millions de dollars. Durant deux ans et demi, ce fut le prix le plus élevé jamais obtenu pour une peinture. Mais Alan Bond avait fait une folle enchère qu’il fut incapable d’honorer. Le tableau est acquis en 1990 par le J. Paul Getty Museum de Los Angeles auquel il appartient encore.

 

Autres compositions de Van Gogh sur le thème des iris

Vincent Van Gogh. Les iris (1889)

Vincent Van Gogh. Les iris (1889)

Huile sur carton, monté sur toile, 62,2 × 48,3 cm, National Gallery of Canada, Ottawa.

Vincent Van Gogh. Les iris (1890)

Vincent Van Gogh. Les iris (1890)

Huile sur toile, 92,7 × 73,9 cm, Van Gogh Museum Amsterdam.

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Vincent Van Gogh. Les iris (1890)

Vincent Van Gogh. Les iris (1890)

Huile sur toile, 92,1 × 73,7 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

 

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