Trump l’anti-européen. Comment lui résister ?
05/02/2026
Patrick AULNAS
Chacun sait que les États-Unis sont la première puissance du monde. Puissance militaire d’abord avec un budget de la défense de 1000 milliards de dollars (France : 65 milliards). Puissance économique ensuite avec un PIB de 29 000 milliards de dollars en 2024 (France : 2 400 milliards). L’homme qui dirige ce pays, Donald Trump, est l’homme le plus puissant du monde. Il le sait et en joue constamment. Il se vit comme le roi de la planète. Mais il est avant tout un pragmatique, s’adaptant au réel dans états d’âme.
Un pragmatique
Donald Trump n’est pas un politicien professionnel. Il ne commence à s’intéresser activement à la politique qu’à la fin de sa vie, mais réussit brillamment en se faisant élire Président des États-Unis en 2016. Il a alors 70 ans. Il n’appartient pas à l’intelligentsia américaine ayant fait de brillantes études dans une université prestigieuse. Dans les années 1960, il est étudiant dans des établissements honorables mais de second ordre : université Fordham de New York puis Wharton School de l'université de Pennsylvanie, où il suit un cursus spécialisé dans l’immobilier.
Trump devient un homme d’affaires de l’immobilier newyorkais, dans lequel le respect de la légalité n’est pas l’élément dominant. Il est aussi un homme de médias qui anime à partir de 2004, sur NBC, l’émission de téléréalité The Apprentice.
Trump est donc un homme d’action, formé par le contact avec la réalité des affaires et des médias. Il n’a aucune culture livresque dans le domaine idéologique ou géopolitique. Sa propension au deal vient de cette formation par confrontation au réel. Le président américain est un pragmatique pur chez qui l’intuition joue un rôle majeur, la raison un rôle marginal. Il sait faire pression, abuser de sa puissance, tricher, reculer s’il sent un danger. D’où le mot « girouette » dont l’affuble certains.
Avec un tel profil individuel le président américain ne peut pas apprécier l’Union européenne, lourde construction supranationale et très bureaucratique. Il la déteste. Il ne comprend pas non plus vraiment les dirigeants européens, politiciens professionnels en général assez cultivés. Trump est spontanément anti-européen. Il préfère le deal avec les dictateurs aux interminables négociations avec des apparatchiks professionnels.
Les idéologues trumpiens
Donald Trump ne se rattache à aucune idéologie politique mais il n’en est pas de même pour certains de ses proches conseillers. Le plus connu est le vice-président J. D. Vance. L’influence de certains théoriciens opposés à la démocratie s’exerce par ce biais sur le président américain. Deux figures de cette intelligentsia, dite néoréactionnaire ou post-libérale, ont joué un certain rôle : Curtis Yarvin, Nick Land. L’idée dominante de ces penseurs concerne l’inefficacité de la démocratie. La démocratie produit, selon eux, une lourde bureaucratie et une inflation normative liée à la séparation des pouvoirs (qui nécessite des contrôles) et à la propension à l’égalitarisme (qui impose un interventionnisme économique et social croissant). Les sociétés démocratiques s’enfoncent donc progressivement dans une sorte de fossilisation. Par ailleurs, elles renoncent à leurs valeurs traditionnelles en se laissant submerger par l’immigration et s’exposent ainsi à un « effacement civilisationnel ».
La solution consisterait à abandonner la séparation des pouvoirs et à gérer l’État-nation comme une entreprise, avec une sorte de PDG prenant les décisions. L’évolution vers ce modèle suppose une prise du pouvoir par l’élection puis une évolution en douceur vers le renforcement constant du pouvoir exécutif. La population ne s’intéressant pas à la politique, si l’on excepte les militants peu nombreux, un tel glissement serait réalisable sans beaucoup de heurts. Il ne déboucherait pas sur une guerre civile.
Simplement résister à Trump
L’observation de la gouvernance des États-Unis par Donald Trump depuis janvier 2025 corrobore le schéma théorique précédent. Le pouvoir exécutif n’a jamais été aussi puissant aux États-Unis et n’a jamais agi avec un tel mépris des normes juridiques auparavant respectées. Il serait cependant hasardeux d’en conclure que la démocratie américaine est morte. Des résistances apparaissent et vont sans doute se développer. Les obstacles au libre-échange n’ont pas encore produit tous leurs effets mais risquent de réduire à terme l’efficience économique du pays. La politique anti-migratoire, sans doute nécessaire, est trop sommaire pour ne pas susciter des oppositions violentes.
Mais le facteur essentiel réside dans la personnalité de Trump. Il n’a absolument aucune affiliation idéologique et il est certain que son pragmatisme le conduira à moduler ses décisions en fonction de l’évolution du réel et non d’une théorie politique. Comme il l’a lui-même expliqué, il faut toujours apparaître comme un vainqueur, même si l’on perd. Comment ? En reculant légèrement, en composant avec l’adversaire, en abandonnant la partie sans le dire ; mais en affirmant toujours haut et fort que tout a formidablement réussi.
Deux exemples existent déjà : le recul devant la Chine en matière de droits de douane, le recul devant l’Europe à propos du Groënland. Trump, pragmatique dans l’âme, doit se heurter à des obstacles jugés insurmontables pour composer. Il suffit donc d’une grande fermeté pour lui résister.
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