Situation économique des Français : mythe et réalité

01/10/2026

Patrick AULNAS

Les Français n’ont jamais été aussi riches, mais leur pouvoir d’achat est leur préoccupation principale. La plupart des sondages d’opinion sont formels. Certaines affirmations dépourvues de fondement mettent même l’accent sur le « creusement des inégalités ». Elles ne tiennent qu’à la démagogie politique. Le pessimisme des Français sur leur situation économique est cependant une constatation sociologique. Entre le ressenti de la population et la réalité économique, un gouffre s’est creusé. Les Français ne jugent pas objectivement leur situation, ni historiquement, ni géographiquement. Quelques éléments chiffrés permettent de le comprendre.

Plus riches aujourd’hui qu’hier

Selon l’INSEE, depuis 2010 le PIB réel par habitant, en éliminant les effets de l’inflation, n’a diminué que deux fois, en 2012 (-0,3%) et en 2020 (-7,8%, covid-19). On constate une augmentation pour toutes les autres années. La richesse moyenne des Français est donc en augmentation constante mais moins rapide qu’à la fin du 20e siècle.
Les inégalités de répartition de cette richesse se sont-elles accrues ? Dans une étude sur plusieurs décennies, l’INSEE constate que l’écart entre le revenu des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres est resté quasiment constant après redistribution fiscale et sociale. Cet écart interdécile D9/D1 était de 3,39 en 2002 et de 3,41 en 2021. Autrement dit, les 10% les plus riches ont un revenu moyen de 3,4 fois celui des 10% les plus pauvres, sans changement sur 20 ans. 
Les Français sont donc nettement plus riches aujourd’hui qu’hier et les inégalités de revenus n’ont pas augmenté.

Plus riches que la plupart des humains

Une comparaison des PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) permet d’éliminer les différences de niveaux des prix entre les pays. Cet indicateur mesure ce qu'une même somme d'argent permet réellement d'acheter dans les différents pays concernés. La Banque mondiale fournit une statistique du PIB en PPA par habitant pour l’ensemble des pays du monde. Voici quelques chiffres permettant de situer la France :


PIB en PPA par habitant en 2025 en dollars

France     63 975
Monde     25 703
Union européenne 65 503
Pays à faible revenu 2 711
Pays à revenu intermédiaire 18 286
Pays à revenu élevé 69 953


Le pouvoir d’achat des Français est très élevé si on le compare à la situation de l’ensemble de l’humanité. Il existe des pays plus riches (Etats-Unis, Suisse, Luxembourg, Suède par exemple) mais les plus pauvres sont beaucoup plus nombreux. 

L’explication de Tocqueville

Comment expliquer l’insatisfaction des Français ? Nous vivons dans une société socialiste en recherche permanente d’égalité. Une évolution historique vers l’égalité est nécessairement génératrice de frustrations. Dans le domaine économique et financier, les individus peuvent effectuer des comparaisons arithmétiques simples à partir des chiffres cités dans les médias : SMIC, salaire médian, distribution du patrimoine, etc. La tendance spontanée consiste à observer le niveau de vie légèrement supérieur au sien et à l’envier. Les politiciens utilisent systématiquement ce sentiment de frustration. Tout est désormais prétexte à l’interventionnisme égalitariste : loyers, prix des diverses énergies, prix alimentaires, salaires, etc. 
La manipulation politique de l’envie avait été étudiée par le sociologue allemand Helmut Schoeck (1922-1993) dans un livre célèbre intitulé L’envie, une histoire du mal. La manipulation politique de l’envie, ou convoitise haineuse, est une caractéristique du socialisme. Il est toujours possible de jouer avec ce sentiment en promettant davantage d’égalité matérielle pour des raisons électoralistes. Il suffit, une fois au pouvoir, de densifier réglementation et fiscalisation pour poursuivre l’évolution vers l’égalitarisme. Le ciblage des très hauts revenus ou des très hauts patrimoines (0,1% de la population) relève de cette instrumentalisation de la haine envieuse. Personne ne peut en effet penser qu’une politique confiscatoire à leur égard améliorerait d’un iota la situation des moins favorisés.
L’égalité jusqu’où ? Les gouvernants se gardent bien d’évoquer le sujet. Mais dès la première moitié du 19e siècle, Alexis de Tocqueville avait pressenti l’évolution des démocraties vers une douce tyrannie dans un passage célèbre :
« Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l'aiment, et ils ne voient qu'avec douleur qu'on les en écarte. Mais ils ont pour l'égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l'égalité dans la liberté, et, s'ils ne peuvent l'obtenir, ils la veulent encore dans l'esclavage. » (De la Démocratie en Amérique, II)
Voilà exactement l’attitude de la majorité des Français et probablement aussi d’autres « peuples démocratiques ».

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