Pourquoi tant de haine de l’Occident ?

11/09/2026

Patrick AULNAS

La culpabilisation de l’Occident n’a pas reculé depuis la publication dans la décennie 1980 du Sanglot de l’homme blanc de Pascal Bruckner. La radicalité de gauche se réalise même pleinement dans la haine des démocraties et donc de la liberté. Seule la civilisation occidentale a construit des sociétés dans lesquelles la liberté de pensée et d’expression ne se heurte pas à l’arbitraire du pouvoir politique. Mais c’est cette civilisation que l’extrême-gauche abhorre. Ce phénomène étrange est en effet une nécessité pour elle.

L’échec du communisme

Il faut pour le comprendre remonter au début du 20e siècle. Pour la gauche de cette époque, la pensée marxiste envisageait l’évolution vers la société sans classes de deux façons : révolution ou réformisme. Le marxisme-léninisme avait choisi la révolution qui a abouti à la conquête du pouvoir dans quelques pays, en particulier en URSS.  
Le courant social-démocrate prônait au contraire la conquête du pouvoir par le scrutin démocratique en utilisant la liberté d’expression. Les socialistes pensaient que la classe moyenne émergente allait croître numériquement et avait tout intérêt à mettre en place un système redistributif géré par un État très interventionniste économiquement.
A la fin du 20e siècle, il était parfaitement clair que les communistes avaient échoué partout et que les socialistes avaient réussi. Les prélèvements obligatoires dans les pays occidentaux ont évolué de moins de 10% du PIB avant 1914 à plus de 40% au début du 21e siècle. Quant aux dépenses publiques, elles dépassent souvent 50% du PIB du fait de l’endettement public. Le monde occidental est donc devenu socialiste sans le savoir comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. 

L’aggiornamento : faute de grives on mange des merles

Les sociaux-démocrates ont donc accompli la mission historique qu’ils s’étaient fixés. Que faire désormais ? Ils ne savent pas ! Ils en restent donc au culte de la redistribution en augmentant prélèvements obligatoires et dépenses publiques. C’est une voie sans issue qui ne peut conduire qu’au totalitarisme soft qu’envisageait déjà Alexis de Tocqueville.
Quant aux révolutionnaires marxistes, leur échec historique imposait un aggiornamento doctrinal. Mais aucune idéologie comparable au marxisme ne peut exister aujourd’hui. La notion de weltanschauung (conception globale du monde) ne subsiste que sous forme de religions (croyance irrationnelle) mais pas d’analyse de la société actuelle. Celle-ci est beaucoup trop complexe pour se prêter à une interprétation unifiante et rationnelle sur la base de quelques concepts.
Il fallait donc que l’extrême-gauche se replie sur le pragmatisme idéologique, c’est-à-dire sur quelques idées simplistes pouvant faire figure de pensée. Des philosophes de second ordre l’y ont aidé, par exemple Michel Foucault (1926-1984). Réinterprétée aux États-Unis, cette pseudo-pensée a abouti à la French Theory avec l’aide de quelques sociologues universitaires en mal de concept politiques. L’idéologie écologiste a également joué un rôle important en culpabilisant l’Occident, responsable selon elle d’une croissance économique gaspillant matières premières et énergies fossiles.

Quelques idées simples accessibles à tous

French Theory et idéologie écologiste débouchent au début du 21e siècle sur quelques idées politiques très simples permettant de diaboliser notre société et de maintenir un radicalisme politique d’extrême-gauche. Voici son contenu :

  • Le Blanc occidental est coupable dans tous les domaines : colonialisme (qui n’a pas disparu), croissance excessive (abus d’exploitation des ressources fossiles), racisme systémique (lié au fonctionnement même des sociétés riches de l’Occident et à l’immigration).
  • L’homme occidental a usé et abusé de sa position dominante à l’égard des femmes. Sa nature dominatrice l’amène facilement aux abus sexuels. Le comble : il en arrive même à stigmatiser les femmes de culture islamique portant le voile ! Il faut absolument « déconstruire » les hommes blancs (pas les autres, qui sont des « dominés »).
  • Le capitalisme, fondé sur la croissance honnie, reste évidemment l’ennemi.

Le plus important : la haine

Il est évident que ces platitudes ont pour but de fournir des mobiles révolutionnaires. Dans toute société, les insatisfaits, les adeptes de la violence politique, les obsédés du pouvoir ou simplement certaines victimes d’abus, sont disponibles pour les solutions radicales. Quelques idées sont nécessaires pour les rassembler en un mouvement politique. Mais l’élément psycho-sociologique majeur se situe dans le mal-être de ces individus et la haine qu’ils éprouvent à l’égard de la société dans laquelle ils vivent.
La haine de la société « bourgeoise » permettait jadis de rassembler des révolutionnaires. Le marxisme leur fournissait un horizon édénique : la société sans classes, parfaitement juste et égalitaire. La haine de l’Occident, des Blancs, du genre masculin, du capitalisme, a remplacé aujourd’hui la haine du bourgeois. L’important pour les révolutionnaires est de trouver une cible, un monde à détruire. La dépréciation systématique de la société la plus douce et structurellement la plus altruiste qui ait jamais existé, la nôtre, ne les étonne même pas.
Personne ne connaît le but à atteindre. La société sans classes ferait rire tout le monde. Ils ne savent pas où ils vont mais l’essentiel pour eux est d’y aller.

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