01/11/2026
Patrick AULNAS
Les médias sont concentrés sur les manifestations se déroulant depuis plusieurs semaines. Rituel d’une fraction ultraminoritaire de la population, ces défilés urbains avec pancartes, folklore et débordements violents visent à revendiquer auprès des pouvoirs publics. Revendiquer quoi ? Tout et n’importe quoi. Voilà ce qui apparaît à tout citoyen ordinaire, vivant en dehors des grandes villes et non militant. Cela fait beaucoup de monde, infiniment plus que les cortèges de manifestants. Cela repressente même l’écrasante majorité du peuple français.
Le pays réel et les militants
Les manifestants sont peu nombreux, contrairement aux affirmations des médias, pour la plupart très parisiano-centrés. 100 000 à 600 000 personnes (selon les diverses estimations), cela n’est pas grand-chose dans un pays de 67 millions d’habitants. Petites villes, villages, campagnes restent totalement à l’écart des défilés protestataires. Les lycéens actifs dans ces manifestations ont toujours constitué une infime minorité des 2,3 millions de lycéens que compte le pays. La plupart des 3700 lycées n’ont pas été touchés.
Les appréciations médiatiques concernant la réussite ou l’échec du mouvement sont purement relatives. Il s’agit de faire des comparaisons dans le temps avec des manifestations antérieures. Une augmentation numérique est analysée comme une réussite.
Une telle appréciation fait la part belle au militantisme. Car la plupart des manifestants sont des militants politiques, syndicaux ou associatifs. Le citoyen non inscrit à un parti, non syndiqué et ne faisant pas partie d’une association politiquement située ne manifeste pas dans les rues. Ce citoyen est pourtant le seul qui soit représentatif de la France profonde, du pays réel. Le pays légal (celui des gouvernants et des administrations) et le pays politique (celui des militants de tout poil) ne sont que de toutes petites minorités ayant le monopole du verbe. Voilà leur force et voilà la suprême injustice. La France véritable ne manifeste pas et n’intéresse visiblement pas les médias.
Bien interpréter les sondages
Les sondages disent le contraire, paraît-il. Le mouvement serait approuvé par l’opinion, tout au moins en ce qui concerne les revendications. Certes, mais le principe même du sondage consiste à poser des questions précises, le plus souvent fermées, à un échantillon représentatif de la population. Evidemment, avec une croissance économique à peu près nulle et une hausse des prix des carburants et de l’alimentation, toute question sur « la vie chère » recevra une réponse positive. On s’en doutait légèrement. Il en va de même de toute question sur la popularité du président de la République, toujours très faible en fin de mandat.
Quant aux lycéens, il est clair que les demandes d’amélioration de leur situation (entretien des établissements, remplacement des professeurs, etc.) seront approuvées par une grande majorité. Un sondage ne nous apprend pas grand-chose.
Le résultat d’un sondage n’est qu’une approche quantitative des opinions ou du ressenti à l’instant t dans la population étudiée, ce que précisent bien les instituts de sondage. Ces opinions n’impliquent nullement que le répondant agira et encore moins qu’il manifestera dans les rues de la ville proche ou parfois lointaine. Les médias éludent ce facteur. Un ressenti négatif débouche rarement sur le besoin d’agir. La très humaine fugacité émotionnelle fonctionne ainsi : il y a un gouffre rarement franchi entre le pessimisme et la protestation active.
Le pessimisme des réponses n’implique donc nullement une approbation de manifestions répétitives dégénérant en violences et en pillages. Les manifestants pacifiques ne sont pas représentatifs du peuple de France. Ils représentent seulement les militants de gauche et en étant généreux les sympathisants de gauche. Mais la gauche est très minoritaire. Dans une étude récente, la fondation Jean Jaurès l’estime à 29% des électeurs français. Quant aux manifestants violents, ils ne représentent rien ni personne.