Dérive budgétaire française, énarchie et assistanat

30/08/2026

Patrick AULNAS

La situation précaire de la France résulte de l’accumulation des déficits publics depuis 1981. La dette publique était de 21% du PIB à la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Elle n’a fait que croître depuis pour atteindre 117,5% du PIB au premier trimestre 2026, soit 3536 milliards d’€ (INSEE). 
Les nombreuses déclarations politiciennes sur la manière de réduire le déficit se garent bien d’aborder le problème globalement. Le poids de la haute administration dans le milieu politique français est un des facteurs de notre gravissime dérive budgétaire.

Le regard des énarques sur la société

L’étatisme des gouvernants français est à la base de la dérive budgétaire. Sur une échelle libéralisme-étatisme, on peut être certain que la France occupe la position la plus étatiste de l’Union européenne. Pourquoi ? L’histoire peut être invoquée. La nation française s’est construite sous la férule de l’État alors que dans les pays anglo-saxons la société civile a fait émerger un État en limitant ses pouvoirs.
Mais depuis la seconde guerre mondiale, un facteur important et propre à la France a joué un rôle majeur : l’existence d’une école dédiée à la formation de la haute fonction publique (ENA de 1945 à 2022, INSP depuis). Elle prédispose au culte de l’État.
De nombreux politiciens étant issus de la haute fonction publique, il s’ensuit une contamination de l’échelon politique. Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande, Emmanuel Macron sont des énarques. Seuls Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Nicolas Sarkosy ne le sont pas. Quatre présidents sur sept depuis 1958 ! L’examen des ministres aboutirait au même constat.
Comment raisonnent les énarques ? En termes de « politique de… » : politique de l’emploi, politique du logement, politique de l’éducation, etc. Selon cette approche, il appartient aux dirigeants politiques d’encadrer la société par des normes juridiques toujours plus nombreuses et minutieusement contrôlées. Le règne des CERFA est advenu dans notre pays. Cette omniprésence étatique a un coût très élevé puisqu’il faut redistribuer à outrance et contrôler ensuite en créant des services spécialisés. 
Un énarque se place intellectuellement au-dessus de la société. Il surplombe ; ce que l’on a beaucoup reproché à Emmanuel Macron. Sa jeunesse le privait de l’hypocrisie de ses prédécesseurs. Macron, ancien inspecteur des Finances, expliquait donc aux Français comment ils devaient comprendre le monde. L’explication n’était qu’une analyse technocratique de l’existant, au demeurant très claire, et de la direction à prendre. Il n’y avait pas d’alternative, la rationalité énarchique imposait la solution.
Tous les énarques devenus politiciens ont pour ambition de configurer la société selon des principes préétablis particulièrement interventionnistes. Ils sont constructivistes et ne pensent pas un seul instant qu’une société peut vivre et évoluer par elle-même, sans chaperon ni redresseur de torts. Le libéralisme préconise un cadre général strict à l’intérieur duquel règne la liberté et surtout la responsabilité individuelle. Cette conception de la société ne correspond pas du tout à la formation de notre haute fonction publique.
Un énarque est antilibéral par essence. Sinon, on n’entre pas à l’ENA. Sur l’échelle la plus commune d’analyse politique (gauche-droite), les énarques sont consubstantiellement de gauche d’un point de vue économique. Ils veulent fiscaliser et réglementer à outrance. 

Politiciens français : tous étatistes !

Le panorama politique français est donc totalement étatiste. L’extrême-gauche considère l’État comme un instrument de transformation radicale. Elle doit le conquérir par la force ou par l’élection. L’extrême-droite veut défendre la nation avec son territoire, son histoire, ses valeurs traditionnelles. L’État est aussi son instrument pour glorifier la nation et la maintenir. Entre les deux extrêmes, il y a en France des gouvernants de gauche, de droite et du centre, formatés par une pensée étatiste. Cet antilibéralisme global des dirigeants français nous a conduit à dépenser l’argent public sans compter et à nous affaiblir.

L’infantilisme des Français

Les Français eux-mêmes ont été atteints par ce tropisme étatiste. Ils ne cessent de s’adresser à l’État pour obtenir aides et normes juridiques dans tous les domaines. Le « vide juridique » les effraie. Ils n’ont pas compris qu’il représente leur marge de liberté.
Dans aucun pays démocratique, excepté la France, la mentalité d’assisté des citoyens n’a pris une telle ampleur. Pleurnicher auprès du maire, revendiquer des droits nouveaux en s’adressant aux parlementaires est devenu une seconde nature. Les partis politiques, les syndicats et les associations ont une responsabilité importante à cet égard. Pour recruter des adhérents, ces organismes doivent obtenir des résultats. Et pour leurs leaders, la solution la plus simple consiste à mettre à contribution les pouvoirs publics. Avez-vous déjà entendu un politicien répondre que telle revendication ne concerne pas la sphère publique ? Jamais. Tous les problèmes les concernent, toutes les demandes doivent être étudiées et en grande partie satisfaites. L’argent coule à flot puisqu’il suffit d’emprunter pour satisfaire les caprices des électeurs.
Les Français auraient besoin d’un dirigeant qui leur réponde : « Prenez les initiatives nécessaires, l’État n’est pas votre tuteur, vous n’êtes pas un enfant. » Bref, Français débrouillez-vous un peu par vous-mêmes au lieu de quémander.
Parviendrons-nous à sortir le citoyen français de cet infantilisme ? Il est facile pour tous, gouvernants et gouvernés, de glisser vers le laxisme financier. La pente est très forte pour remonter vers la rigueur et la responsabilité.

Publié par Le Contemporain le 30/08/2026

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