Démographie et immigration : la lutte des États-nations pour la jeunesse

12/05/2026

Patrick AULNAS

Une population vieillissante réduit la créativité et le dynamisme. Chaque État-nation a donc toujours cherché à maintenir un taux de natalité suffisant. C’est une condition de sa puissance et une nécessité pour les politiciens. Ils doivent présenter l’avenir avec optimisme. Mais voilà ! La population mondiale ne peut que diminuer dans le futur. Cela ne fait aucun doute. Les États ont donc commencé à attirer la jeunesse par l’immigration. Cette lutte contre le vieillissement est globalement vouée à l’échec puisque l’espérance de vie de l’être humain a considérablement augmenté depuis un siècle. Les hommes seront plus vieux en moyenne dans le futur. Le Fonds des Nations Unies pour la population le constate :

« Entre 1974 et 2024, la proportion mondiale des personnes âgées de 65 ans a presque doublé, passant de 5,5 % à 10,3 %. Entre 2024 et 2074, ce chiffre doublera à nouveau pour s’élever à 20,7 %, d’après les projections démographiques des Nations Unies. »

 

Une croissance démographique phénoménale en voie d’achèvement

Le graphique suivant de l’INED permet d’apprécier l’évolution de la population humaine sur le long terme :

 

Evolution de la population mondiale de l’an 0 à nos jours 

La croissance extrêmement rapide commence au 19e siècle. Elle est concomitante du développement économique et des progrès de la médecine. De 1 milliard d’être humains environ en 1800, nous sommes passés aujourd’hui à 8 milliards. Cette multiplication par 8 en deux siècles n’avait jamais eu lieu auparavant. Il est parfaitement évident qu’une telle croissance n’est pas envisageable pour l’avenir. La banque mondiale constate d’ailleurs la baisse du taux de fertilité (ou de fécondité) pour la totalité de la population humaine, mais avec de fortes variations selon les continents :

 

Taux de fertilité de la population mondiale de 1960 à 2024 (naissances par femme)Evolution du taux de fertilité de la population mondiale

 

Il faut 2,1 enfants par femme pour assurer la stabilité de la population. La Banque mondiale donne un chiffre de 2,2 pour 2024. Nous arrivons donc au point d’inflexion. La courbe de la fertilité a très peu de chances de remonter. La plupart des démographes prédisent d’ailleurs une réduction de la population mondiale avant la fin du 21e siècle.

 

La lutte pour la jeunesse

Les régions les plus riches de la planète (Amérique du Nord, Europe, Japon, Australie) voient leur taux de fécondité baisser rapidement. Il est déjà très au-dessous de 2,1. Dans ce contexte démographique, les politiciens des États, sans jamais l’affirmer clairement, ont choisi d’attirer la jeunesse des régions pauvres. Le phénomène migratoire est, pour les pays riches, une variable d’ajustement démographique. L’immigration compense la baisse de leur population native.
L’immigration consiste à puiser dans les mouvements massifs de population qui se déroulent à travers le monde. Selon un rapport de l’ONU, ces mouvements de population ont rapidement augmenté à la fin du 20e siècle :

« Dans l’ensemble, on estime que le nombre de migrants internationaux a augmenté ces cinquante dernières années. Selon les estimations, 281 millions de personnes vivaient dans un pays autre que leur pays de naissance en 2020, soit 128 millions de plus qu’en 1990 et plus de trois fois plus qu’en 1970. » (ONU, État de la migration dans le monde, 2024)

Les pays les plus affectés par la dénatalité sont structurellement condamnés à utiliser la solution migratoire. Les États étant en concurrence, chacun d’entre eux cherche à réduire l’impact du vieillissement pour assurer sa pérennité. L’engrenage du vieillissement est en effet implacable : plus le nombre de personnes âgées augmente et plus le passé supplante l’avenir. C’est alors que commence le déclin.

La compétition pour attirer la jeunesse du monde a donc commencé entre les États les plus riches. Dans un contexte de baisse inéluctable de la natalité mondiale, elle est une condition pour entraver leur déclin.

 

L’hypocrisie des politiciens

Les dirigeants politiques ont cherché à fuir le problème ou à maquiller moralement l’évolution structurelle en cours sur le plan démographique. Comme toujours, la plupart d’entre eux, préoccupés d’abord par leur réélection, ont sombré dans la médiocrité.

Les partis de gauche, avec leur consubstantielle hypocrisie, ont toujours affirmé que leur choix de l’immigration était humaniste, mais surtout pas utilitariste. Il s’agit bien entendu d’accueillir les réfugiés, de plaider pour notre devoir envers les plus pauvres, d’invoquer nos obligations internationales. Cette hypocrise systématique a placé la droite dans une situation difficile. Comment expliquer que l’immigration est un phénomène structurel et purement économico-démographique lorsque l’adversaire politique se place, avec la main sur le cœur, dans le camp du bien et de l’altruisme ? Politiquement impossible.

Il en résulte que les énormes problèmes de confrontation des identités culturelles résultant de l’immigration de masse ont été niés ou négligés par les gouvernants des démocraties et ont largement contribué à la montée politique des extrêmes. Il ne suffit pas de jouer au petit moralisateur de comptoir pour traiter le problème. Invoquer une éthique de l’inclusion et de la diversité enrichissante relève d’une propagande moralisatrice dont l’État devrait se garder. La conséquence est bien connue : la population d’implantation plus ancienne se tourne vers les politiciens promettant démagogiquement de résoudre le problème en quelques années. Ce qui est impossible. L’idée même de démocratie est alors remise en cause. Les États-Unis et la Hongrie en sont deux exemples.

 

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