Décadence morale et faiblesse de l’Occident

23/06/2026
Patrick AULNAS
L’évolution géopolitique récente a affaibli l’Occident, c’est-à-dire les démocraties. La guerre de la Russie contre l’Ukraine et la guerre des Etats-Unis contre l’Iran ont mis en évidence la faiblesse des gouvernants occidentaux. Les démocraties ne peuvent pas se glorifier de la tiédeur de leur soutien à l’Ukraine. Au Moyen Orient, face à l’acharnement des gardiens de la Révolution, Donald Trump a fini par capituler. Le petit État d’Israël, isolé géographiquement dans une région entièrement soumise à l’Islam, ne doit sa survie qu’au courage de sa population et au soutien des États-Unis. Les autres pays occidentaux se sont montrés très réticents lorsque Tsahal a réagi fortement à Gaza après les atrocités commises le 7 octobre 2023 par le Hamas. 
La timidité et les hésitations caractérisent le monde occidental. Comment expliquer cette faiblesse des démocraties ?

 

Décadence morale et déclin des démocraties occidentales

Peu de doutes existent concernant la décadence morale de l’Occident. A l’affaiblissement des religions n’a succédé aucun système de valeurs recueillant l’adhésion du plus grand nombre. Le politique était soumis au religieux depuis des millénaires. Il vogue désormais à l’estime. La population ne possède aucun repère éthique sinon quelques lieux communs humanitaristes, égalitaristes et écologistes. La convoitise, l’envie, la jalousie, la haine dominent les esprits, exploitées sans vergogne par les professionnels de la politique qui promettent encore et toujours plus de consommation et de redistribution publique. 
De la décadence au déclin il n’y a qu’un pas. Nous le franchissons allégrement depuis plusieurs décennies. A la domination occidentale sur le monde a succédé la compétition. Pourquoi en effet les pays auparavant dominés ne chercheraient-ils pas eux aussi à innover ? La recherche scientifique et la technologie avaient permis à l’Occident de prendre une avance considérable en termes de puissance économique et militaire. Cette époque est révolue. L’intelligence n’est pas un monopole occidental. La Chine montre chaque jour ses capacités créatives et organisationnelles. 
Face à des occidentaux ne croyant plus à rien apparaissent des populations croyant au progrès et l’expérimentant avec succès. Mais ces populations sont souvent écrasées par la dictature. La démocratie n’apparaît donc plus comme une condition de la prospérité, même s’il est permis de penser qu’elle l’est sur le long terme.

 

L’infantilisme idéalisant de l’opinion publique occidentale 

Le deuxième élément explicatif réside dans l’importance de l’opinion publique en démocratie. Les gouvernants doivent se plier aux tendances dominantes dans la population s’ils veulent être élus. La violence, qui régit l’accession et le maintien au pouvoir dans les autocraties, n’est pas compatible avec la démocratie qui repose sur des compromis acceptés par la majorité. Les relations internationales sont, tout au contraire, fondées sur des rapports de force. La puissance militaire et la puissance économique d’un État, son degré d’avance scientifique et technique jouent un rôle essentiel pour obtenir gain de cause. 
Le multilatéralisme (organisations internationales, conventions multilatérales) a tenté de limiter le rôle de la force dans les relations entre États. Mais l’échec de la SDN entre les deux guerres mondiales, la quasi-paralysie de l’ONU, l’inexistence de l’OMC n’autorisent pas l’optimisme. Les États restent souverains et le concept de jus cogens (droit contraignant) imposable à l’ensemble de la « communauté internationale » relève davantage de la théorie que de la réalité observée. 
Un gouvernant occidental doit donc faire valoir sa puissance à l’échelle internationale et composer avec l’infantilisme de l’opinion publique en politique intérieure. Les populations des pays démocratiques vivant dans des États de droit, où la règle s’impose et où la force s’efface, elles comprennent mal les tenants et aboutissants de l’ordre international. La faiblesse de l’Occident résulte donc aussi d’une opinion publique s’imaginant que le respect du droit est universel et que les rapports entre États ne doivent pas échapper à cette contrainte. Nous en sommes très, très loin.

 

Paroles politiciennes et mépris du peuple

Il en résulte que les dirigeants occidentaux font des déclarations, organisent des rencontres. Ils parlent beaucoup, ils agissent peu. Le récit politicien, déconnecté des réalités, est devenu leur spécialité. Avec Donald Trump, l’écart entre le réel et le bavardage médiatique est devenu abyssal. Trump raconte chaque jour de petites histoires simplistes censées refléter l’action de son pays dans le monde. Ses interventions contradictoires se caractérisent par un vocabulaire infantile et une absence de conceptualisation. Mais pour le public visé, ignorant tout des relations internationales, ne lisant jamais un journal et ne suivant aucune émission sérieuse d’information, c’est-à-dire l’écrasante majorité de la population américaine, les paroles de Trump sont compréhensibles. Mission accomplie.
Ce mépris du peuple est proche de celui des autocrates. Mais un peuple affalé, abreuvé d’hyperconsommation, avec une proportion croissante d’obèses, est-il respectable ? La démocratie ne fonctionne qu’avec une grande rigueur morale, qu’elle vienne du religieux ou non. L’affaissement éthique des sociétés occidentales ne peut mener qu’à leur faiblesse.

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