Migrations : palabrer ou agir ?

05/07/2018

Patrick AULNAS

Les démocraties occidentales se posent enfin le problème de l’immigration clandestine. La phénomène dure depuis des décennies mais le cynisme des politiciens, la moraline des ligues de vertu spécialisées et le conformisme sidérant d’une grande partie des médias n’avaient jamais permis la moindre action sérieuse dans ce domaine.

Il aura fallu que des populistes conquièrent le pouvoir dans plusieurs pays pour revenir un tant soit peu à la raison. En vérité, les motifs de l’inaction étaient nombreux et rarement explicités. Une sorte d’alliance objective des contraires permettait d’occulter la réalité.

 

Les droits de l’homme et les traités

Nos valeurs, nos valeurs, nos valeurs ! Le cri du cœur des gouvernants relayés par les médias justifiaient moralement et politiquement l’incompréhensible. Il suffit en effet d’invoquer les conventions de Genève de 1949 pour transformer en réfugiés politiques une nuée de migrants dont les motivations sont en réalité diverses mais principalement économiques. « Ils fuient la guerre ou les dictatures, ils risquent de mauvais traitements dans leurs pays d’origine, nous devons donc les accueillir à bras ouverts. C’est notre devoir. Nous trahirions nos valeurs en nous dérobant. »

Cette argumentation ne tient pas une seconde. Les conventions de Genève n’ont pas été conçues pour gérer la situation actuelle. Quantitativement, tout a changé. Il s’agissait de quelques milliers, voire dizaines de milliers de personnes fuyant provisoirement une zone de combat ou de quelques intellectuels ou politiciens poursuivis par un dictateur. Aujourd’hui, ce sont des millions de migrants qui fuient une précarité ayant des causes multiples qu’il est impossible d’analyser individuellement, du moins avec sérieux.

Les conventions de Genève sont totalement inadaptées à la situation actuelle. Les invoquer relève du cynisme ou de l’aveuglement.

 

L’économie et la démographie

On sait que la population africaine va doubler dans le demi-siècle qui vient et que le taux de fécondité européen est très bas. Le rajeunissement de la population africaine contraste avec le vieillissement de la population européenne. Il est donc assez naturel que la jeunesse africaine regarde vers la riche Europe.

Faut-il pour autant être laxiste comme l’ont été nos gouvernants depuis quarante ans ? Leur politique migratoire était d’une simplicité biblique : immigration clandestine massive suivie de plans de régularisation. Autant dire qu’il n’y avait aucune politique. Il suffisait de transgresser nos lois pour recevoir la bénédiction étatique. La dernière opération de ce type fut celle d’Angela Merkel en 2015 : plus d’un million de pseudo-réfugiés en quelques mois. Tous ceux qui ont les pieds sur terre, politiquement parlant, se sont demandé si la dirigeante allemande avait perdu la raison.

Si nous avons besoin de main-d’œuvre étrangère, il faut la sélectionner et surtout n’accepter que les personnes qui respectent nos lois. Les clandestins, sauf cas très particulier, doivent être renvoyés.

 

L’habileté de l’extrême-gauche

Les associations d’aide aux réfugiés et la plupart des ONG sont noyautées par des militants ou des sympathisants d’extrême-gauche. L’extrême-gauche occidentale ne fait plus recette dans l’ancien prolétariat ouvrier parce que celui-ci a fondu numériquement et que son niveau de vie le rattache à la classe moyenne. Entre un enseignant débutant et un ouvrier qualifié en CDI, il n’y a plus de différence de salaire. Dans certains secteurs l’ouvrier gagne même davantage que l’enseignant. En 1960, la différence était considérable au profit de l’enseignant.

Ce petit exemple permet de comprendre que l’extrême-gauche est à la recherche d’une base sociologique. La mondialisation et l’immigration offrent une opportunité. Les migrations installent dans les démocraties occidentales une population pauvre et précarisée. Ce lumpenprolétariat new look constitue une clientèle potentielle pour l’extrême-gauche.

Il faut donc entretenir le phénomène migratoire et le justifier. La chose est particulièrement aisée puisque dans cet univers les frontières ne sont pas justifiées. Elles ne sont qu’un moyen pour les États-nations capitalistes de cantonner la main-d’œuvre sur un territoire.

Associations pro-migrants et ONG constituent un terrain de lutte de l’extrême-gauche. La lutte révolutionnaire contre le capitalisme ne s’encombre pas de morale. Il faut donc affréter des bateaux pour relayer les réseaux mafieux africains qui, au prix de quelques milliers d’euros par personne, déversent des jeunes en déshérence sur la terre d’Europe. Évidemment, les ONG ne sont pas réductibles à un instrument révolutionnaire. Elles rassemblent aussi un bon nombre d’idiots utiles. Mais, objectivement, elles relayent les passeurs avec la justification purement médiatique de sauver des vies.

Engluée dans la moraline, une partie de la classe moyenne occidentale tombe dans le piège de la grandeur d’âme à bon marché. Elle verse une petite larme sur les pseudo-réfugiés de l’Aquarius et retourne tondre sa pelouse. Elle a fait sa BA de la semaine.

 

Il faut cesser les palabres

Les démocraties occidentales ont trop tardé à prendre la mesure du problème. Elles ont atteint la limite extrême, politiquement, sociologiquement, économiquement. Encore dix ans de byzantinisme moralisateur et elles seront submergées par le flot. Rien alors ne tiendra plus. Le peuple votera massivement pour des dictateurs, ce qu’il commence à faire. Les systèmes de protection sociale s’effondreront et ils sont déjà fragilisés. Les guerres civiles intercommunautaires ne seront plus un sujet de dissertation mais une réalité. Il est plus que temps d’agir et de cesser nos palabres, européennes ou nationales.