Le grand remplacement, mythe ou réalité ?

22/11/2018

Patrick AULNAS

La théorie du grand remplacement, proposée par Renaud Camus, a rencontré un grand succès dans les milieux de l’extrême-droite française. Selon cette analyse, la population française serait dans un avenir historiquement proche (quelques décennies) remplacée par une population principalement d’origine africaine, venant à la fois du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. On pourrait y ajouter aujourd’hui les migrations récentes en provenance du Moyen-Orient.

 

Pas de base scientifique mais quelques études de spécialistes

Le grand remplacement est une vision de l’avenir qui ne repose pas sur des bases scientifiques solides. D’autant que l’interdiction des « statistiques ethniques » en France rend une telle approche très aléatoire. Cette grave atteinte à la liberté d’expression laisse transparaître le désarroi des gouvernants face à une immigration qu’ils ne maîtrisent pas. Dans une démocratie, les sociologues et les démographes doivent évidemment être totalement libres de leurs recherches. La France n’est pas une démocratie de ce point de vue.

Le tabou français sur les statistiques dites ethniques est à la base de toutes les dérives. Le pouvoir politique semble en effet cacher certaines réalités. La crainte principale de la classe politique concerne le nombre de personnes d’origine étrangère sur deux ou trois générations successives. Ce chiffre pourrait, craignent les politiciens, être exploité à des fins xénophobes. Quelques données déjà anciennes sur la population française d’origine étrangère peuvent en effet alerter. Ainsi, la démographe Michèle Tribabat évoquait en 1991 dans la  revue Economie et Statistiques (N° 242) une proportion de 24 à 26% de la population française pour l’année 1986, en remontant sur trois générations (jusqu’aux grands-parents). L’historien de l’immigration Gérard Noiriel estimait en 2002 la population d'origine étrangère à environ un tiers de la population totale si l'on remonte jusqu'aux arrière-grands- parents.

 

Le remplacement est une constante démographique

Les résultats de recherche indiqués précédemment portent sur l’ensemble de l’immigration, européenne ou extra-européenne. A cette époque, en remontant sur plusieurs générations, l’immigration était principalement d’origine européenne (espagnols, portugais, italiens, polonais, etc.). Il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Mais les flux migratoires n’ayant pas fléchis, il est probable qu’en termes de stocks, le pourcentage actuel de français d’origine étrangère n’ait pas diminué.

Le qualificatif remplacement n’est évidemment pas pertinent, car la population d’origine étrangère reste aujourd’hui minoritaire. Quant à l’expression grand remplacement, elle relève du marketing politique bas de gamme, qualifié désormais populisme.

Plus généralement, sur le très long terme, le maintien d’une population strictement endogène est une chimère. Depuis le néolithique, les mouvements de population sont constants et, en remontant suffisamment loin, nous sommes tous des immigrés. Le remplacement existe donc en permanence dans l’histoire de l’humanité et l’on peut seulement citer quelques exemples de populations insulaires restées isolées pendant des millénaires. Ainsi, les aborigènes de Tasmanie, une île à 250 km de l’Australie, n’ont eu aucun contact avec le reste du monde pendant environ 12 000 ans, depuis la séparation de l’île du continent australien jusqu’à sa découverte par les européens au XVIIIe siècle. Mais statistiquement, ce sont là des exceptions.

 

Des mouvements de population massifs, rapides et inéluctables

Des mouvements de population aussi importants que ceux d’aujourd’hui, en un temps aussi court et sur l’ensemble de la planète, sont inédits dans l’histoire de l’humanité. Selon l’OCDE, on comptait 100 millions de migrants sur la planète en 1980, 150 millions en 1990 et 200 millions en 2005. Selon le journal Le Monde, ils étaient 230 millions en 2013 et les flux ne cessent d’augmenter.

Ces migrations correspondent au phénomène de globalisation de l’espèce humaine, encouragé par les échanges de marchandises et de services qui ont explosé à partir de la fin du 20e siècle. Les transports de personnes sont devenus rapides et peu coûteux alors qu’ils étaient très lents et inaccessibles au plus grand nombre jusqu’au début du 20e siècle.

Les déséquilibres démographiques qui s’accentuent contribuent également à alimenter le phénomène migratoire. Les taux de fécondité très bas observés dans certains pays d’Europe (Allemagne, Italie) imposent une immigration sous peine de voir la population décroître et vieillir dans les prochaines décennies. On estime qu’en 2040 l’Afrique comptera 2 milliards d’êtres humains et l’Europe 500 millions. La population africaine sera beaucoup plus jeune que la population européenne et donc beaucoup plus mobile.

 

L’avenir est écrit

L’avenir est donc à peu près écrit : l’Europe sera terre d’accueil pour un grand nombre de migrants. Toutes les promesses prétendant endiguer les flux migratoires relèvent de la démagogie. Mais nous pouvons instaurer une politique d’immigration choisie qui suppose des contrôles stricts aux frontières. Nous ne pouvons pas stopper mais nous pouvons choisir en fonction de nos besoins en main d’œuvre et de caractéristiques culturelles d’adaptabilité des migrants. Nous devons aussi défendre pied à pied nos valeurs de liberté et notre culture. Les populations nouvelles viennent de pays qui ne connaissent pas la démocratie et dans lesquels l’emprise religieuse autoritaire sur les individus reste forte. C’est le cas en particulier de presque tous les pays où l’Islam domine. Le chemin à parcourir est long et difficile pour passer d’un Islam, religion d’État, déterminant dans une large mesure les règles de droit applicables, à un Islam de société laïque comme la France. Vigilance et fermeté s’imposent. Voilà ce qui a manqué depuis trois décennies.

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