Le dangereux pacte sur les migrations

16/12/2018

Patrick AULNAS

Le lundi 10 décembre 2018, le pacte sur les migrations de l’ONU a été approuvé par 150 États à Marrakech. Mais de nombreux États ne l’ont pas signé (États-Unis, Autriche, Hongrie, Australie, Suisse, etc.). Et la signature par la Belgique a entraîné la rupture de la coalition gouvernementale. Le Parti flamand NVA refusait ce texte alors que les libéraux et les chrétiens-démocrates l’approuvaient. L’ONU, qui a pour vocation de rassembler, accentue donc avec ce texte les clivages nationaux et internationaux.

 

Un texte non contraignant mais permettant de stigmatiser les fautifs

Il est tout à fait inutile de se plonger dans les dispositions juridiques absconses du pacte pour comprendre la problématique. D’une manière générale, le texte a l’ambition lointaine d’instaurer un ordre juridique migratoire au niveau mondial. Son intitulé officiel est : « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Il s’agit donc d’habituer les États à reconnaître le phénomène migratoire comme un élément permanent et normal et de leur imposer une éthique dans ce domaine.

Les laudateurs du texte insistent beaucoup sur son caractère non contraignant. Et il est vrai qu’aucune sanction n’est prévue à l’encontre des États qui ne respecteraient pas l’esprit du texte. La démarche est donc identique à celle qui a été adoptée pour l’écologie (les fameuses COP). Comme en l’état actuel des relations internationales il n’est pas possible d’imposer à un État souverain des obligations juridiques dans ces domaines du fait de l’absence totale de consensus, une certaine intelligentsia gouvernante se déporte sur le terrain éthique. En acceptant de souscrire à un ensemble de principes généraux, les signataires s’engagent moralement. La transgression ultérieure de leurs engagements pourra être mise en évidence par les médias et les autres États signataires. Les comportements déviants seront considérés comme fautifs. Et les fautifs seront presque toujours les pays riches et ceux où règne la sécurité.

 

Un discours pro-migration extrêmement conflictuel

Les partisans du pacte sur les migrations expliquent pesamment que le phénomène migratoire est une constante de l’histoire de l’humanité et remonte même au-delà de l’apparition d’Homo sapiens. Il convient donc de l’admettre. Ces gens-là sont brillantissimes. Ils ont tout compris !

La situation présente n’a en réalité rien de commun avec les périodes antérieures de l’histoire car le nombre de personnes concernées par an était auparavant très faible. Avec 7,5 milliards d’êtres humains et 258 millions de migrants internationaux en 2017 (selon l’INED) un discours pro-migration devient extrêmement conflictuel. Ce ne sont pas les nombreuses expatriations en provenance des pays riches qui posent problème car elles ne résultent pas de facteurs contraignants mais de la volonté des intéressés. Par contre les migrations des zones de conflits ou d’insécurité vers les zones de stabilité ou des pays pauvres vers les pays riches proviennent de contraintes subies et non de la liberté individuelle.

Pauvreté, guerres, répression politique, catastrophes naturelles induisent des dizaines de millions de migrations forcées et le chiffre augmente chaque année. Cette immigration génère l’instabilité politique dans les pays d’accueil car ces migrants n’ont pas la volonté de s’intégrer, leur culture étant en général profondément différente. Dans le contexte juridique, démographique et géopolitique actuel, il n’y aura pas de « migrations sûres, ordonnées et régulières ». Cela relève de l’utopie. Le pacte onusien n’est qu’une pétition de principe visant à officialiser l’éthique d’une petite intelligentsia dirigeante. Mais le prêchi-prêcha moralisateur ne suffit pas. Un peu de réalisme n’est jamais contre-indiqué.

 

Le cheval de Troie de l’autoritarisme

Cette pression constante de l’intelligentsia béni-oui-oui mondiale pour imposer une éthique non consensuelle commence à indisposer fortement les populations des pays riches. La méthode est extrêmement dangereuse en ce qui concerne l’immigration car elle permet à des partis populistes d’accéder au pouvoir en Occident en se faisant les hérauts de la défense des frontières. Il n’est pas exagéré d’affirmer que la promotion latente du non-respect des frontières par le pacte sur les migrations est le cheval de Troie de l’autoritarisme dans les pays occidentaux.

Paradoxalement donc, ce sont les plus fervents partisans d’un libéralisme dévoyé qui portent indirectement atteinte à nos valeurs de liberté. Ils fragilisent le contrat social et offrent sur un plateau d’argent des arguments difficilement réfutables à leurs adversaires politiques. Emmanuel Macron a commis une nouvelle erreur en signant le pacte sur les migrations. Elle sera portée à son passif en 2022.