La mini-affaire Benalla

27/07/2018

Patrick AULNAS

Quelle chance, une affaire ! Les frasques d’Alexandre Benalla tombent à pic. Après la coupe du monde du football, l’actualité marquant un creux, le journal Le Monde s’est chargé de le combler en créant l’évènement. On sait que créer l’avènement constitue le rêve inavoué de tout journaliste, en particulier dans le domaine politique. Benalla est donc pain béni pour les médias et évidemment pour une opposition émiettée et ridiculement insignifiante.

 

La presse exploite la mini-affaire jusqu’à l’écœurement de ses lecteurs

Les unes des quotidiens et hebdomadaires ou des sites d’actualité ont été consacrées à monsieur Benalla pendant une quinzaine de jours. Tous les grands journaux français y sont allés de leurs confidences sur les détails plus ou moins avérés de l’épisode. Un proche de chef de l’État, rendez-vous compte ! Il y avait tant et tant de mois que Macron réalisait un parcours sans faute que la dérive de son garde du corps représentait une opportunité rare.

La concurrence étant très vive entre médias, on comprend que si Le Monde avait découvert une petite faiblesse périphérique du côté de la présidence, il était inenvisageable de ne pas s’engouffrer dans la brèche. L’anticonformisme n’est pas une vertu cardinale dans le milieu médiatique car, pour vendre, il faut attirer le troupeau de moutons de son côté. Le public moutonnier s’est-il vraiment intéressé à cette petite affaire ? On en doute. La lecture d’articles n’est plus une activité courante. On se limite désormais aux textos et aux tweets. Le bruit médiatique ne reflète en rien la vie courante du français moyen, qui a sans doute jeté un regard distrait sur les titres sans chercher à approfondir : « Tous pareils, ces politiciens, rien de nouveau sous le soleil ».

 

Le bon sens populaire

Au demeurant, en passant rapidement sur cette mini-affaire le public fait preuve de bon sens. Une tempête dans un verre d’eau, cela ne se remarque pas nécessairement. Monsieur Benalla a vingt-six ans et a donc encore beaucoup à apprendre. Il ne méritait ni tant d’honneur ni tant d’indignité. Ce post-adolescent s’est laissé griser par le pouvoir comme beaucoup d’autres. A son âge, on peut le lui pardonner, même si d’un point de vue institutionnel et juridique, il est regrettable qu’un garde du corps présidentiel aille casser du manifestant violent. Mais la justice étant saisie, il suffit de la laisser faire son œuvre, dans la sérénité, si possible à l’abri de la folie médiatique.

 

Un os à ronger pour les oppositions

Les oppositions à Emmanuel Macron ne décollent pas. Privées des facilités anciennes, elles ressassent encore et toujours les leçons apprises dans le passé. Les facilités anciennes consistaient à créer fictivement deux camps irréconciliables, mais qui gouvernaient à peu près de la même façon. La gauche continue donc à jouer les parangons de vertu en prétendant représenter, toujours aussi fictivement, la droiture et la justice. Jérôme Cahuzac en connaît un rayon sur cette fiction. La droite feint le libéralisme économique et la défense de l’identité française, mais a toujours oublié les deux promesses dès son arrivée au pouvoir. Il est vrai que Jacques Chirac n’hésitait pas à affirmer que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Cette hauteur morale, de gauche comme de droite, a fini par être connue du grand public. Il s’est donc détourné des traîtres et des félons et a porté Emmanuel Macron au pouvoir. Et jusqu’à présent, miracle, il met en œuvre son programme ! Comment s’opposer à quelqu’un qui dit ce qu’il souhaite faire et qui fait ensuite ce qu’il a dit ? Impardonnable rigueur pour nos politiciens à la manque, qui continuent donc à glapir selon leurs anciennes habitudes.

Dans ce contexte, une petite affaire ne peut pas faire de mal. Malheureusement, les opposants ne font pas le poids et ils se sont totalement ridiculisés. Jean-Luc Mélenchon, qui fut un sage ministre socialiste à l’époque de Lionel Jospin, continue à perdre la tête, l’affaire Benalla se situant selon lui au « niveau du Watergate ». Jusqu’à présent, personne ne se doutait que Macron était le Nixon français. Mais la perspicacité de Mélenchon…

Du côté de la droite, Christian Jacob a déclaré que le groupe parlementaire LR allait déposer une motion de censure afin d’obliger le gouvernement à s’expliquer. Il sera particulièrement amusant d’observer qui votera la motion de censure LR. Les socialistes ? Les Insoumis ? Le Rassemblement National ? Cela promet.

 

L’ironie et la droiture macroniennes

Face à la médiocrité des oppositions, les deux personnalités dominantes du pouvoir actuel ont pu briller sans trop de difficulté. Edouard Philippe a longuement répondu à de nombreuses questions des parlementaires à l’Assemblée nationale. Élégance et aisance ne sont pas des qualificatifs abusifs pour sa performance.

Emmanuel  Macron s’est adressé à des représentants de son mouvement sur un mode qui tranchait avec les postures traditionnelles.

« Celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c’est moi, le Président de la République. Celui qui a été au courant et a validé l’ordre, la sanction de mes subordonnées, c’est moi et personne d’autre […] On ne peut pas être chef par beau temps et se soustraire lorsque le temps est difficile.

[…] Alexandre Benalla n’a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n’a jamais occupé un appartement de 300 m2, Alexandre Benalla n’a jamais eu un salaire de 10 000 euros, Alexandre Benalla n’a jamais été mon amant. »

Jusqu’à présent les gouvernants cherchaient un « fusible » pour se protéger. Un lampiste, haut fonctionnaire ou ministre, endossait la responsabilité d’une affaire gênante politiquement. Les plus hauts responsables estimaient rester ainsi d’une pureté virginale au regard de l’opinion. Pure fiction, encore une fois, qui ne trompait guère les français.

En prenant la responsabilité d’une erreur de casting dans son équipe, Macron montre une droiture qui tranche avec l’hypocrisie traditionnelle. Cette vertu publique s’accompagnant d’une certaine ironie, la lourdeur des opposants n’en paraît que plus pitoyable.

 

Commentaires (1)

christine Bole Richard
  • 1. christine Bole Richard | 01/08/2018
ABSOLUMENT ET TOTALEMENT D'ACCORD AVEC VOUS !!

La presse exploite la mini-affaire jusqu’à l’écœurement de ses lecteurs
ET
Un os à ronger pour les oppositions

c'est exactement ça ..
et pourtant un mari au Monde pendant 33 ans et moi-même ex-journaliste ...

cordialement

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