Islamo-gauchisme et islamo-fascisme

08/02/2018

Patrick AULNAS

Les expressions islamo-gauchisme et islamo-fascisme sont de plus en plus couramment utilisées. Recouvrent-elles une réalité politique ?

 

L’islamo-gauchisme, nouveau tiers-mondisme d’extrême-gauche

L’idéologie marxiste (prolétariat contre bourgeoisie) étant en perte de vitesse par obsolescence, les milieux d’extrême-gauche devaient lui trouver un substitut. Ils n’ont pas cherché bien loin. Le tiers-mondisme gauchiste ne date pas d’hier. Cette approche veut que les pauvres de la planète soient exploités par les riches, représentés par le monde occidental dans son ensemble, héraut du capitalisme. Mais comme il faut s’adapter aux réalités et que le terrorisme islamique est quand même ce qui se fait de mieux aujourd’hui comme anti-occidentalisme, nos révolutionnaires de pacotille ont choisi l’islamophilie.

Mansuétude extrême pour l’abaissement des femmes, appui systématique à l’immigration clandestine, regard trouble sur les actes terroristes les plus odieux, antisémitisme affirmé, défense du communautarisme et haine de l’universalisme républicain, voilà les principales caractéristiques de cet islamo-gauchisme.

 

Susciter la peur

La culpabilisation systématique de tous ceux qui revendiquent les valeurs de liberté qui fondent notre civilisation constitue la base du prosélytisme islamo-gauchiste. Toute personnalité connue qui cherche à lui faire face est immédiatement traduite en justice par des associations aux ordres, sous couvert par exemple de diffamation. Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner, entre autres, en ont fait les frais et ont été acquittés. Car peu importe la qualification juridique choisie, il s’agit d’utiliser la peur pour bâillonner la parole. Et l’action en justice d’un groupe contre une personne seule est toujours très éprouvante pour cette dernière.

 

Le féminisme radical aussi

La fraction la plus extrémiste du féminisme possède paradoxalement de fortes affinités avec cet islamo-gauchisme. Dans ce cas, l’ennemi est le mâle Homo sapiens blanc, bien entendu dominateur à l’égard des femmes, mais se rattachant également aux exploiteurs de l’humanité souffrante, c'est-à-dire à la civilisation occidentale. La musulmane voilée est accueilli avec ravissement parce qu’elle appartient aux damnées de la terre, mais la dirigeante d’entreprise occidentalisée, même musulmane, est une adversaire puisqu’elle coopère avec les dominants.

Il ne s’agit pas de défendre le voile islamique mais les opprimées voilées. Nuance de taille. Mais la mise en œuvre pratique d’une telle distinction étant impossible, les compromissions avec l’islamisme radical font florès et sont exploitées par les fondamentalistes.

 

L’opportunisme radical de l’extrême-gauche

Il existe donc des organisations d’extrême-gauche qui ont fait le choix de s’allier avec le fondamentalisme islamique par opportunisme politique. Le choix de la radicalité peut conduire à des alliances apparemment contre nature. Nos révolutionnaires prétendent défendre les opprimés sur toute la planète. Ils voient dans le monde occidental un oppresseur parce qu’il est plus riche et plus puissant à tous égards. Pour certains, il n’en faut pas plus pour lui vouer une haine sans merci.

En France, outre toute une myriade de petites organisations radicales, le Nouveau Parti Anticapitaliste, le Parti Communiste, La France Insoumise peuvent être rattachés à certains égards à cette mouvance. Ils sont relayés par des médias, en particulier le site Médiapart.

 

Qu’est-ce que l’islamo-fascisme ?

L’Islam radical présentant certaines similitudes avec les idéologies d’extrême-droite, certains commentateurs ou politiciens ont employé l’expression islamo-fascisme. Des organisations terroristes comme Daech ou Al-Qaïda rejettent en effet les principes démocratiques et veulent instaurer un pouvoir autoritaire. Comme les fascistes ou les nazis, ils recourent à la violence pour conquérir le pouvoir. Mais le parallèle s’arrête là.

 

Le fascisme : rejet de l’humanisme et de l’égalité chrétienne

Les fascistes européens contestaient radicalement le message égalitaire du christianisme alors que le fondamentalisme islamique revendique une interprétation littérale du Coran. Les fascistes s’opposaient à l’humanisme occidental qui avait commencé à émerger dès les premiers siècles du christianisme et qui voyait dans chaque homme un être créé à l’image de Dieu : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Genèse). Les hommes, créés à l’image de Dieu, sont par principe fondamentalement égaux et doivent se respecter : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Dix commandements). Cette égale dignité de tous les hommes n’a pas débouché rapidement sur une égalité des droits. Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que cette revendication apparaisse. Mais définir tout être humain comme une personne constituait déjà une rupture philosophique nette par rapport à l’Antiquité.

Le fascisme rejette cet apport fondamental du christianisme. Il repose sur la distinction entre les surhommes et les hommes ordinaires. La démocratie, en accordant des droits égaux à tous, interdit aux meilleurs d’utiliser pleinement leur potentiel. Les forts doivent pouvoir dominer les faibles et l’organisation de la société doit prendre en considération ce principe. L’antisémitisme et la Shoah résultent de ces principes, les juifs étant considérés comme des sous-hommes.

Le fascisme ou le nazisme reviennent ainsi sur un acquis occidental majeur provenant du christianisme. Ces idéologies nous ramènent aux conceptions antiques de l’esclavage. Pour Aristote, par exemple, l’esclave était un être différent par nature d’un homme libre, un sous-homme qu’il était normal de considérer juridiquement somme une chose.

La société fasciste rêvée par les idéologues est donc profondément inégalitaire, autoritaire et laïque. Elle voue un culte aux surhommes et le chef suprême (Führer, Duce) est quasiment déifié.

 

Il n’y a pas d’islamo-fascisme

Au contraire du fascisme, le fondamentalisme islamique ne cherche pas à construire une société nouvelle mais à figer l’histoire au VIIe siècle, celui du Prophète, sur la base d’une interprétation littérale du Coran. C’est aussi la contestation de l’humanisme occidental qui mobilise les fanatiques de l’Islam radical, mais au lieu de proposer pour l’avenir une société mythique dirigée par des surhommes, ils imaginent un âge d’or inscrit dans un passé tout aussi mythique, auquel il faudrait revenir.

La haine vouée aux « mécréants » par les islamistes radicaux n’appartient pas à un corpus philosophique hiérarchisant les êtres humains mais tout simplement aux dérives fanatiques qui n’ont épargné aucune religion au cours de l’histoire.

L’islamo-fascisme n’a pas davantage de pertinence du point de vue de l’action militante. Il n’existe pas vraiment une extrême-droite cherchant à se rapprocher du terrorisme islamique. Elle en fait plutôt son ennemi.

 

L’islamisme radical, allié de l’extrême-gauche et instrument de l’extrême-droite

On observe donc un rapprochement de l’extrême-gauche révolutionnaire et de l’islamisme radical pour tenter de déstabiliser le monde occidental. La radicalité politique les rapproche, la haine de la liberté et du capitalisme également. L’islamo-gauchisme peut être considéré comme une fraternisation de l’extrême-gauche occidentale avec l’extrémisme islamique, censé représenter les damnés de la terre.

Par contre, les mouvements violents d’extrême-droite ne cherchent pas à l’heure actuelle à créer des liens avec le fondamentalisme islamique. Bien au contraire, ils l’instrumentalisent en envisageant un « grand remplacement » des populations chrétiennes d’Occident par des populations musulmanes du fait des migrations. En assimilant immigration et terrorisme islamique, l’extrême-droite suscite la peur dans les populations occidentales et pense en retirer des avantages politiques.

Le terme islamo-fascisme n’est ainsi qu’une grossière approximation permettant la polémique. Lorsqu’il est employé par un politicien connu, il suscite immédiatement des réactions laudatives ou acrimonieuses. Le succès médiatique est garanti, mais le contenu exact du propos reste à préciser.