Macron, le candidat de l’intelligentsia de gauche

01/04/2017

Patrick AULNAS

L’intelligentsia de gauche parvient de temps à autre à imposer un candidat à l’élection présidentielle. Bien entendu, elle ne le choisit pas, mais elle l’appuie par son influence, qui est importante dans le pays. On l’avait vu avec Ségolène Royal en 2007. C’est à nouveau de cas avec Emmanuel Macron en 2017.

 

Sarkozy, l’ennemi

En 2007, toute la gauche culturelle – écrivains, artistes, journalistes, universitaires – était vent debout contre Nicolas Sarkozy. Le personnage la révulsait et son programme très modérément libéral heurtait ses convictions étatistes. Mais c’est surtout la stratégie de Nicolas Sarkozy qui constituait un casus belli pour la pensée de gauche. Il cherchait en effet à capter une partie des électeurs de Jean-Marie Le Pen en utilisant des thèmes qualifiés d’identitaires. Autrement dit, il valorisait le fait d’être français de souche (expression devenue tabou, ce qui en dit long sur notre déréliction culturelle), et promettait la fermeté en matière d’immigration et de délinquance. Le cosmopolitisme constituant une religion pour tout intellectuel de gauche, la thématique de campagne de Sarkozy représentait une véritable déclaration de guerre.

 

Ségolène Royal puis François Hollande contre le France profonde

S’ensuivirent des regards énamourés, relevant de la théâtralité médiatique, pour Ségolène Royal. Mieux valait une petite politicienne largement incompétente sur les sujets majeurs (économie, finances publiques, diplomatie) qu’un poids lourd de la politique chassant sur les terres de Le Pen. Pendant tout son quinquennat, Sarkozy a subi les offensives d’intellectuels et d’artistes pensant se valoriser en s’opposant au pouvoir, mais se coupant en réalité d’une large partie de la population.

Quant aux électeurs de Sarkozy, ils furent globalement condamnés à une peine afflictive et infâmante. Ils appartenaient à la France moisie, putride ou encore nauséabonde. Artisans, commerçants, ouvriers, employés, professions libérales, agriculteurs, la plupart d’entre eux vivaient en province, aspiraient à l’ordre public, à la maîtrise des flux migratoires et à l’équilibre des finances publiques. Pour l’intelligentsia germanopratine, ces gens-là sont le fond du panier, le dernier degré de la ringardise, la France pétainiste toujours prompte à ressurgir si on lui laisse la bride sur le cou.

En 2007, les intellos de gauche ont eu beaucoup de mal à avaler la défaite de Ségolène Royal sur laquelle ils avaient tout misé. En 2012, après l’éviction de Strauss-Kahn, ils se reportèrent massivement sur François Hollande. Ouf ! L’ancien Premier secrétaire, le champion toutes catégories de la synthèse, parvint à vaincre Sarkozy.

 

Branle-bas de combat contre Fillon

Mais voilà ! L’esprit de synthèse est une condition nécessaire mais pas suffisante pour exercer la fonction politique suprême en France. Il faut aussi l’esprit de décision. Hollande en est totalement dépourvu et il échoue comme aucun autre Président avant lui. Fin 2016 et début 2017, le danger ressurgit. La droite, cette fois-ci filloniste, risque d’accéder au pouvoir. Pour l’intelligentsia branchée, cette droite-là ressemble trait pour trait à celle qui avait gagné en 2007. Branle-bas de combat à gauche : il faut à tout prix empêcher cela. Le plus simple est de révéler au grand public les mœurs financières du Parlement. Tout le monde les connaît dans le milieu politique et journalistique, mais le peuple les ignore. Une aubaine pour la gauche médiatico-culturelle dont le grand-père, François Mitterrand, était surnommé Le Florentin, allusion à son habileté manœuvrière imprégnée de cynisme, voire de machiavélisme.

 

La catéchèse des intellectuels de gauche

Nul besoin de complot, il suffira de laisser filtrer des informations. Les relais politiques, médiatiques et judiciaires s’enclencheront d’eux-mêmes. La tactique est donc élémentaire : ciblons François Fillon et dévoilons quelques platitudes qui heurteront de front la morale commune et obligeront le parquet national financier à s’autosaisir. Envoyons ensuite des bataillons d’intellectuels de gauche catéchiser dans les médias. Ils simuleront l’étonnement sur des pratiques qu’ils connaissent depuis des lustres. La dernière en date, Christine Angot, est vraiment excellente dans cette spécialité car elle dispose d’une longue expérience médiatique du scandale. Elle a bâti sa célébrité sur la provocation facile et la divulgation de sa vie privée. Jouer une fois de plus la comédie à la télé lui sied à merveille.

 

Le mystère Macron

Cela ne suffirait sans doute pas si la conjoncture politique n’avait conduit Emmanuel Macron à la candidature à la présidence. Les historiens diront plus tard si Macron est une créature politique de Hollande. Sans doute pas dans un premier temps, mais sait-on jamais avec les professionnels de la manœuvre politicienne. L’audace de Macron a probablement d’abord sidéré Hollande qui aurait pu lui adresser les paroles de Jules César à Brutus lorsqu’il le découvrit parmi ses assassins : « Tu quoque fili » (Toi aussi, mon fils). Mais ensuite, après sa déclaration de non candidature, Hollande avait tout intérêt à faire prévaloir la ligne Macron contre celle des frondeurs qui avaient gagné la primaire de gauche. Les traîtres aux yeux de Hollande, ce sont eux, puisqu’ils ont accepté des portefeuilles ministériels en refusant les contraintes politiques et économiques les plus élémentaires de l’exercice du pouvoir.

 

Le pays réel, le pays légal et le danger 2022

Nous en sommes là. La double manœuvre politicienne – détruire Fillon et introniser Macron - réussira-t-elle ? François Fillon sera-t-il scandaleusement éliminé du second tour alors qu’il avait toutes les chances de devenir Président ? Il représente la France profonde, les provinces et les campagnes, ce que Maurras appelait le pays réel. Ce pays réel est pragmatique, anti-intellectuel et ne supporte plus le filet législatif et réglementaire de plus en plus dense qui l’emprisonne, ni les impôts et cotisations obligatoires sans cesse croissants. L’intelligentsia de gauche veut absolument un pays légal à son image : étatiste, dessinant l’avenir à coup de constructions législatives et réglementaires instables et constamment réajustées selon les besoins de la caste dirigeante. Si Fillon est éliminé, un risque majeur se profile à l’horizon : le pays réel se vengera cruellement en 2022. On n’élimine pas la réalité d’un peuple par des subterfuges politiciens.