La défaite de la République face à l’Islam

05/08/2016

Patrick AULNAS

Notre soumission est proche. Ce n’est plus à l’Islam de s’adapter à la République mais à la République de s’adapter à l’Islam. Il y aurait ainsi un Islam de France et plus seulement un Islam en France. Manuel Valls lui-même l’affirme et ajoute logiquement qu’il convient d’être « plus volontaristes sur l’organisation de l’Islam de France ». La religion musulmane étant confrontée aux problèmes majeurs que l’on sait, il appartient ainsi à l’État français de lui venir en aide. En quelques décennies, le chemin parcouru est impressionnant. Nous sommes passés de l’assimilation à l’intégration et nous voilà aujourd’hui à la phase ultime : l’organisation du communautarisme. Cet article n’est qu’un petit rappel historique, essentiel cependant pour bien comprendre la trajectoire historique et le genou à terre socialiste face au terrorisme islamique.

 

De l’assimilation des immigrés à la culpabilisation des nationaux

Le modèle français d’accueil des immigrés est traditionnellement assimilationniste. Cela signifie simplement que les étrangers voulant vivre sur notre territoire doivent en respecter, non seulement les institutions et le droit, mais aussi les coutumes, par exemple en matière vestimentaire. Ils doivent aussi, progressivement, se familiariser avec notre culture. L’abandon de la culture d’origine n’est évidemment pas exigé car la démocratie suppose le respect de toutes les cultures. Mais il n’est pas possible de revendiquer une appartenance culturelle ou religieuse pour former une communauté distincte de la nation d’accueil, ayant ses propres valeurs. La religion, les choix philosophiques ou culturels sont du domaine de la vie privée. L’assimilation repose sur le caractère universaliste des principes de liberté qui fondent la démocratie et notre République. Le communautarisme n’y a pas sa place.

L’assimilation des étrangers fut une réussite à la fin du XIXe et au cours XXe siècle pour l’immigration d’origine européenne (Italiens, portugais, espagnols, polonais). La religion commune facilitait beaucoup l’acceptation des immigrés par les nationaux. Les premières vagues d’immigration magrébines furent également soumises à ce principe et cela fonctionnait correctement. Il n’était pas question par exemple d’accepter des femmes voilées dans les rues dans les années 1960.

La culpabilisation de l’Occident par certains intellectuels abondamment relayés par les médias allait tout changer. Voilà bien l’essentiel. La décolonisation, l’anticapitalisme, les réticences face au progrès technique ont conduit une partie des élites européennes, classées à gauche, à élaborer un discours de dévalorisation de notre culture. Nous sommes coupables ! Coupables d’avoir colonisé l’Afrique et l’Asie, coupables d’avoir organisé l’esclavage des noirs, coupables d’avoir exploité les richesses des autres continents, coupables enfin d’avoir détraqué le climat par notre absurde obsession à produire.

Les immigrés d’origine extra-européenne deviennent alors des victimes de l’Occident dominateur. Il est hors de question de leur demander de faire le moindre effort pour assimiler la culture honnie. Bien au contraire, il appartient aux occidentaux de tenter de comprendre la culture des immigrés et de s’y adapter. Il faut accueillir l’étranger avec toute la mansuétude due aux rescapés, tendre la main pour essayer de se faire pardonner nos crimes. Au diable l’assimilation.

 

De l’intégration à la régression

Dans les années 1980, sous la présidence de François Mitterrand, le concept d’assimilation fut remplacé par celui d’intégration. Mitterrand recherchaient des voix, évidemment. Celles des français d’origine étrangère pouvaient être conquises en renonçant définitivement à la fermeté assimilationniste. L’homme adhérait d’ailleurs au mea culpa occidental à l’égard des pays pauvres. Miraculeusement, valeurs et intérêt électoral coïncidaient. De grand art de politicien, ont dit certains, moins intelligents mais surtout moins cyniques que Mitterrand.

L’intégration est beaucoup moins exigeante que l’assimilation. Il suffit de respecter formellement le droit du pays d’accueil. Il n’est pas nécessaire d’en adopter la culture. Selon les laudateurs du nouveau modèle, il n’est pas interdit de penser qu’à long terme une bonne intégration conduise à une certaine assimilation. Mais il est hors de question de demander à l’immigré de se conformer en public aux coutumes locales. Il peut donc se vêtir de manière traditionnelle, refuser qu’un médecin examine son épouse, lui imposer le voile, exiger des heures d’ouverture des piscines réservées aux femmes, etc. Le pays d’accueil doit faire beaucoup de concessions pour intégrer les immigrés mais ceux-ci n’ont plus l’obligation d’adhérer à ses valeurs.

Chacun comprend que l’intégration conduit tout simplement au communautarisme. Des groupes sociaux aux modes de vie totalement distincts se forment peu à peu puisque la société globale n’impose aucune exigence. La politique d’intégration est le fruit empoisonné de la culpabilité occidentale, comme l’écrit Pascal Bruckner. L’Europe « n’a pas de pire ennemi qu’elle-même, sa culpabilité taraudante, le scrupule poussé jusqu’à la paralysie. Comment voulons-nous être respectés si nous ne nous respectons pas, si nous ne cessons, par médias et littérature interposés, de nous dépeindre sous les traits les plus négatifs ? »

La politique d’intégration est un renoncement honteux conduisant aujourd’hui la France à dissoudre la laïcité en intervenant dans l’organisation d’une religion. Depuis bien longtemps l’Occident coopère d’ailleurs avec ses ennemis, en particulier l’Arabie Saoudite, principal foyer de diffusion du fondamentalisme islamique. Le pétrole saoudien lui est en effet nécessaire. La conjonction d’une géopolitique timorée et de la honte d’être soi-même conduit au déclin.

L’Europe assiste ainsi à la régression de toute une jeunesse de culture musulmane, seule aux prises avec les simplismes du totalitarisme de Daesh. Pourquoi cette jeunesse préfère-t-elle se poser des questions idiotes sur l’interprétation du Coran plutôt que d’affronter les défis du futur ? Pourquoi de jeunes femmes nées en France commence-t-elle à se voiler après avoir parfois porté la mini-jupe ? Parce que certains d’entre nous ont présenté notre civilisation comme le modèle à rejeter. La haine d’une certaine intelligentsia de gauche pour ce qu’elle appelle le capitalisme, sans même vraiment le connaître, est une haine de soi transposée politiquement. Elle conduit aujourd’hui à un pacte qui ressemble à une défaite.