Migrants : leçons de morale et manipulation

11/09/2015

Patrick AULNAS

Les leçons de morale sont à l’honneur à propos des réfugiés venant d’Orient. L’attitude humanitaro-compassionnelle des politiciens et des journalistes commence à lasser. On le comprend. Il semble de bon ton d’avoir presque la larme à l’œil. Aussi les expressions convenues sur « le drame des migrants », notre « devoir de solidarité » pleuvent-elles de toutes parts. Les européens sont des citoyens libres et ils réagissent comme ils l’entendent. Point n’est besoin de leur susurrer à satiété ce que devrait être le comportement vertueux.

 

La manipulation de l’émotion

Il n’y a pas unanimité sur le sujet mais il convient de paraître « humaniste ». La gauche est à son affaire : elle peut faire montre de générosité en paroles, ce qui est lui est consubstantiel. Elle peut aussi continuer à mentir effrontément, ce qui lui est habituel. Ainsi François Hollande a prétendu que la France allait accueillir 24 000 réfugiés dans les deux années à venir. Douce plaisanterie ! Chacun sait que leur nombre sera infiniment plus important si la guerre se poursuit en Syrie. La droite est assez mal à l’aise sur le sujet car sa base éprouve une certaine réticence face à l’immigration, qu’elle soit économique ou politique. Les positions sont donc diverses, mais une prescription que François Fillon a qualifiée de « sacrée » est constamment rappelée : le respect du droit d’asile. Seule l’extrême-droite se démarque du discours dominant en rappelant que nous ne pourrons pas accueillir des centaines de milliers ou des millions de personnes si la situation se dégrade encore au Moyen-Orient. Ce faisant, elle est la seule à relayer le ressenti de la majorité de la population française qui craint pour l’avenir. Eu égard à l’expérience que l’on possède de l’aveuglement des politiciens, il n’est pas déraisonnable de craindre pour l’avenir. Mais l’émotion et la manipulation politique et médiatique des sentiments l’ont encore une fois emporté sur la raison. Il faut compatir sans trop réfléchir à l’avenir probable.

 

Les flux et les stocks

Un indicateur de la manipulation de l’opinion est constamment utilisé, même par les spécialistes de l’immigration : comparer un flux et un stock. Ainsi ressasse-t-on que l’Union européenne a vu affluer 350 000 migrants (1) depuis le début de l’année 2015, mais que sa population est de plus de 500 millions d’habitants. Moins de un millième, ce n’est vraiment pas beaucoup, n’est-ce-pas ! Il s’agit évidemment d’une scandaleuse désinformation. Les 350 000 réfugiés de 2015 s’ajoutent à ceux des années précédentes et il faudra y ajouter tous ceux des années suivantes. La population européenne est un stock qui ne peut être comparée qu’au stock de réfugiés ou migrants. Mais ces chiffres-là ne sont jamais fournis car ils pourraient heurter les bons sentiments affichés de nos élites.

Pourtant la population ne s’y trompe pas : le ressenti face à l’immigration provient bien de la présence sur le territoire d’un stock important d’immigrés s’étant accumulé depuis plusieurs décennies. Il est inutile et contreproductif de chercher à tromper aussi grossièrement les français. Se sachant pris pour des imbéciles, ils voteront en masse pour Marine Le Pen car son discours rejoint ce que ressent au quotidien une partie de plus en large de la population.

 

Dire la vérité

Depuis des décennies, les dirigeants européens sont incapables d’endiguer les flux migratoires, quels que soient les motifs des migrations. Il vaut donc mieux, sur le plan politicien, mentir effrontément : officiellement, l'immigration économique est un phénomène positif et maîtrisé et l’immigration politique un devoir moral d’accueil ; émettre un léger doute relève de la xénophobie. Mais mentir à ceux dont le ressenti face à l'immigration est négatif ne sert à rien. Ils feront prévaloir leur ressenti sur les mensonges et iront grossir les rangs de l'électorat d'extrême-droite. L'écart croissant entre la perception de la population française et la position des élites, le refus de ces dernières de prendre en considération les problèmes suscités par l'immigration de masse, le moralisme pseudo-progressiste dont elles font preuve augurent de lendemains qui déchantent.

 

(1) Les chiffres varient selon les sources. Il n’existe aucune certitude.