Les vrais raisons du refus écologiste

29/04/2014

Patrick AULNAS

Les écologistes militants n'ont pas voulu accepter la responsabilité d'un grand ministère de l'écologie. A vrai dire, le refus vient d'une petite cohorte d'apparatchiks appartenant au clan Duflot. L'ancienne ministre veut préparer l'élection présidentielle de 2017 et conserver l'image de la vertu écologiste. En fait de vertu, les plus lucides savent qu'elle est une manipulatrice accomplie, une politicienne qui ne pense qu'à sa carrière. Quelles sont les conséquences de la nouvelle situation politique : le soutien des écologistes au gouvernement sans participation.

Les verts deviennent plus libres de critiquer certaines initiatives gouvernementales dans les médias, ce dont d'ailleurs ils ne se privaient déjà pas. On peut donc s'attendre à des interventions très critiques. Ils peuvent également refuser de voter certains textes à l'Assemblée Nationale. Dans ce cas, la majorité gouvernementale sera seulement de quelques voix et la défection de la gauche du PS entraînerait le rejet de certains textes. Pour les textes jugés importants, comme le fameux « pacte de responsabilité » de François Hollande, il n'est pas envisageable que la gauche du PS manifeste son opposition. Il y aurait alors dissolution de l'Assemblée et les gardiens de l'orthodoxie socialiste à l'ancienne perdraient leur mandat de député. Ils sont dogmatiques à outrance mais pas fous : leur poste d'abord. Pour les textes secondaires, ne justifiant pas une dissolution, le gouvernement devra transiger avec les ayatollahs du socialisme et leur donner au moins un os à ronger. Mais Valls est un politique habile.

En ce qui concerne l'échéance 2017, le calcul des verts, ou du moins du clan Duflot, est-il juste ? On comprend bien la petite tactique politicienne. Cécile Duflot n'a pas réussi en tant que ministre du logement. Elle a au contraire rigidifié le marché locatif et mécontenté les bailleurs et les professions de l'immobilier. A terme, l'encadrement des loyers, s'il est effectif, fera reculer l'investissement car l'épargne se détournera de l'immobilier. En restant au pouvoir, madame Duflot aurait dû assumer la politique énergétique du gouvernement. Pour les verts, la fameuse transition énergétique est un élément fondamental. C'est le cœur même de leur doctrine : le monde écolo du futur fonctionne de façon bucolique avec de belles éoliennes et de jolis panneaux solaires. Or, toutes les personnes sérieusement informées savent que la transition énergétique n'aura pas lieu. Les socialistes ne le diront pas pour des raisons politiciennes : l'électorat de gauche reste sensible au dogme écologiste. Rien ne changera donc au niveau des discours. Mais les dirigeants socialistes et écologistes connaissent la réalité actuelle qui comporte deux aspects essentiels.

1. La transition énergétique est tellement coûteuse et la dette publique tellement lourde qu'il est impossible de s'engager dans cette voie. Les énergies dites renouvelables (éoliennes, panneaux solaires, etc.) ne sont pas compétitives et il faut les subventionner pour maintenir l'illusion d'une soi-disant transition. Il est impossible de consacrer davantage d'argent à ces sources d'énergie coûteuses et inefficaces car la situation budgétaire gravissime du pays ne le permet pas. Quantitativement, les énergies soi-disant renouvelables (1) resteront donc presque symboliques.

2. Un autre facteur va mettre l'idéologie écologiste en difficulté : la découverte d'abondantes ressources fossiles (2). Des quantités gigantesques de gaz de roche-mère (improprement appelé gaz de schiste) et de pétrole de roche-mère ont été découvertes depuis une dizaine d'années dans le monde. L'exploitation a commencé à l'échelle industrielle aux Etats-Unis, ce qui permet à ce pays d'avoir à sa disposition des ressources considérables de gaz à bon marché. L'industrie chimique et toutes ses dérivées en profitent également (plastique, pharmacie, etc.). L'avantage concurrentiel ainsi obtenu par ce pays est considérable. Les films de propagande concernant les dégâts environnementaux s'appuient sur des subterfuges grotesques (l'eau du robinet qui prend feu : cela n'a rien à voir avec le gaz qui est exploité). Les problèmes environnementaux ne sont en réalité pas plus importants que ceux liés à l'exploitation de la houille ou du pétrole conventionnel. Les ressources gazières et pétrolières de roche-mère sont également présentes en très grande quantité en Asie, en Amérique latine, au Maghreb et probablement dans d'autres régions où les recherches n'ont pas commencé. Il n'y a évidemment dans les pays concernés aucun oukase écologiste interdisant l'exploitation. Dans les deux décennies à venir, la mise en exploitation de ces gisements est certaine car le réalisme économique s'imposera. Le règne sans partage de l'OPEP sur la production pétrolière et gazière, qui aura duré une quarantaine d'années, s'achève donc et nous assisteront à une véritable révolution énergétique qui consistera à exploiter les gisements gaziers et pétroliers découverts depuis dix à quinze ans. L'Europe est totalement isolée à cet égard du fait de la propagande écologiste qui a séduit une partie significative de la population. La France est le seul pays, avec la Bulgarie, qui interdise la recherche du gaz et du pétrole de roche-mère. Il est donc impossible de savoir quelles sont les quantités disponibles dans le sous-sol français. Nous en revenons ainsi en France à un obscurantisme quasiment religieux lié à l'idéologie écologiste : il est interdit de savoir. Les chiffres les plus fantaisistes ont été cités concernant les réserves présentes dans le sous-sol français mais ils résultent de supputations théoriques et non de constatations scientifiques. La France possède le niveau technologique pour la recherche et l'exploitation puisqu'une entreprise comme Total est engagée dans ce domaine aux Etats-Unis. Mais l'interdiction de la recherche fait perdre un temps considérable au pays puisqu'il faut au moins une dizaine d'années entre la découverte d'un gisement et sa mise en exploitation : les investissements sont en effet très importants (forage mais aussi transport). La France s'isole ainsi de l'évolution mondiale et se condamne à la régression et à la pauvreté.

Cet arrière-plan de la géopolitique de l'énergie est parfaitement connu des dirigeants socialistes et écologistes, du moins peut-on l'espérer. Le clan Duflot se prépare donc à jouer un rôle très clair dans les élections futures, celui du chevalier sans peur et sans reproche qui défend l'irréductible village gaulois contre les méchants pollueurs du monde entier. En réalité, ces gens-là coupent le pays de l'évolution mondiale et sapent son potentiel de développement. Politiquement, cela peut fonctionner un temps. Mais l'isolement économique de la France et son inéluctable déclin conduiront tôt ou tard à une prise de conscience de la population. La pureté écologiste sera alors analysée pour ce qu'elle est : une manipulation politicienne au service de l'ambition d'un petit nombre.

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(1) L'expression énergie renouvelable n'a rien de scientifique. Elle est idéologique et fait partie du corps de doctrine des verts. En réalité, bien évidemment, pour construire des panneaux solaires ou même des éoliennes, il faut utiliser des matières premières fossiles, dont certaines très rares. Il est totalement inenvisageable de produire de cette façon les quantités d'énergie qui seront nécessaires dans le futur du fait du développement économique de la Chine, de l'Inde, etc. Les matières premières nécessaires manqueraient. Quand on transforme, rien n'est renouvelable à l'infini. Mais l'intelligence humaine, qui ne s'inscrit pas dans une idéologie à courte vue, trouvera sur le long terme des solutions efficaces que ne n'imaginons même pas aujourd'hui.

(2) Voir à cet égard le dernier livre de Samuele Furfari, La contre-révolution énergétique, édition Texquis, mars 2014.

Samuele Furfari est l'un des meilleurs experts européens de politique énergétique. Docteur en sciences appliquées, ingénieur chimiste, ingénieur industriel, il est fonctionnaire à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne depuis 31 ans. Il a été en charge de diverses politiques énergétiques : technologies, environnement, y compris la négociation du protocole de Kyoto, scénarios prospectifs, énergies renouvelables, efficacité énergétique, politique internationale. Il enseigne la géopolitique de l'énergie à l'École polytechnique de l'Université de Bruxelles.