La déliquescence politique

08/12/2014

Patrick AULNAS

La politique peut être une activité noble lorsqu'un minimum d'altruisme existe chez les leaders. Il faut probablement pour cela que l'activité politique ne soit pas professionnelle, qu'il s'agisse seulement d'un mandat permettant à son titulaire de faire avancer les idées auxquelles il croit. Il n'en va plus ainsi aujourd'hui parce que les problèmes à traiter sont d'une complexité telle qu'une activité à temps plein s'impose. La contrepartie de la professionnalisation des fonctions politiques apparaît clairement : l'ambition personnelle est le moteur essentiel. On objectera sans doute que la politique a toujours été un choix privilégié par les ambitieux. Certes, mais pour quelques opportunistes assoiffés de réussite, il existait par le passé de nombreux militants croyant en des idées et cherchant simplement à les faire prévaloir. Ce temps semble révolu car la plupart des adhérents des partis ont des arrière-pensées utilitaristes. Ils ne sont pas pires que le vulgum pecus sur le plan moral ; ils utilisent simplement une opportunité parmi d'autres.

Au  niveau des leaders, l'effacement des divergences intellectuelles au profit des querelles de leadership devient si voyant que la crédibilité du personnel politique frôle le néant. La déliquescence de l'UMP depuis la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012 constitue l'exemple emblématique de ces luttes de personnes aux égos surdimensionnés. Car presque rien ne sépare les leaders de l'UMP du point de vue programmatique. Ils gouverneraient tous à peu près de la même façon, d'autant que les contraintes internationales, économiques et budgétaires ne laissent pas beaucoup de latitude. Ils s'agit donc purement et simplement de s'affirmer comme dirigeant au détriment de quelques autres ou de placer des pions pour pouvoir le faire dans le futur. Les citoyens ne se font plus aucune illusion à ce sujet et seuls quelques dizaines de milliers de militants ressemblant à des membres d'un fan club expriment leur adhésion. Celle-ci est d'ailleurs émotionnelle plus que rationnelle : on croit en une personne, pas à un programme.

Quant au citoyen lambda, il regarde avec consternation le spectacle de mauvais goût que se complaisent à offrir les belligérants de la politique politicienne. Un sentiment de déréliction peut le saisir et il cherche alors des politiciens capables de s'intéresser à ses inquiétudes en dehors du cercle de ceux qui ne s'intéressent qu'à leur propre réussite. Il les trouve dans les extrêmes, car les extrêmes n'ayant aucune chance d'exercer le pouvoir peuvent feindre de comprendre et promettre beaucoup. Le Front national, le Front de gauche, le NPA et bien d'autres sont ainsi le réceptacle des consciences politiques en déshérence. « C'est la seule chose que nous n'ayons pas encore essayé » disent les électeurs du Front national lorsqu'un journaliste les interroge.

Déboussolé par un monde qu'ils comprennent de moins en moins, ces électeurs traitent la politique comme un jeu de hasard : essayer une combinaison inédite leur semble la moins mauvaise solution. Ils sentent bien que les promesses qui leur sont faites par Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ne seront jamais mises en œuvre. Ils soupçonnent qu'il n'y a là que démagogie outrancière. Mais le discrédit des gouvernants actuels ou potentiels (PS, UMP) est tel que jouer le tout pour le tout sur la table du jeu politique ne leur semble pas vraiment irrationnel.