La classe politique en chiffres

05/01/2014

Patrick AULNAS

Le nombre d'adhérents des partis politiques
Les chiffres sont inconnus et il faut se baser sur les affirmations des dirigeants des partis qui sont évidemment peu objectives.
Les adhérents des principaux partis politiques revendiqués par leurs dirigeants sont environ 660 000 selon le JDD (UMP : 261 000, PS : 200 000, EELV : 35 000, PC : 130 000, FN : 40 000)
Il reste à prendre en considération les radicaux (de gauche ou d'ailleurs), les centristes, le parti de gauche, et les innombrables groupuscules régionalistes et extrémistes. Ce ne sont pas des partis de masse. Soyons très, très généreux et accordons-leur 150 000 adhérents au total. Le total général des adhérents des partis oscille alors autour de 800 000 personnes.
Deux remarques s'imposent :
- Ce chiffre est très optimiste puisque les évaluations proviennent des partis eux-mêmes pour les principales organisations. La réalité est certainement nettement inférieure.
- Il s'agit du nombre d'adhérents et non du nombre de militants vraiment actifs, qu'il est impossible d'apprécier. Mais ils doivent être fort peu nombreux.

Le nombre d'élus
Le nombre d'élus est d'environ 600 000 (députés, sénateurs, députés européens, conseillers régionaux, généraux, municipaux, élus intercommunaux). Pour le détail, voir contrepoints.org. Ces élus étant eux-mêmes membres des partis politiques, à l'exception de certains conseillers municipaux des petites communes, ils ne viennent pas grossir le nombre total de représentants du monde politique.

Le rapport à la population française
La population française est évaluée par l'INSEE à près de 66 millions de personnes. Les 660 000 élus représentent donc exactement un centième de la population française. Mais ce rapport est trompeur. En effet les élus et les adhérents des partis ne jouent pour la plupart qu'un rôle mineur. Le conseiller municipal d'une petite commune n'influe pas du tout sur le destin du pays. Or, il y a environ 540 000 conseillers municipaux. De même, la plupart des adhérents des partis ne jouent pas un rôle vraiment actif dans les orientations politiques. Ce sont les cadres de la politique qui détiennent le pouvoir.

Le nombre de cadres de la politique
Il est assez simple d'évaluer le nombre de personnes responsables des grandes orientations politiques du pays : ce sont les députés (577), les sénateurs (343) et les membres de l'exécutif (Président de la République, Premier Ministre, ministres et secrétaires d'Etat). On peut y ajouter les députés européens (78) et les cadres des partis n'appartenant ni au législatif ni à l'exécutif. Nous aboutissons au maximum à 1 500 à 2 000 personnes. Il ne s'agit plus d'un centième mais d'un trente trois millième de la population française.

Une faible légitimité
Un tout petit nombre de personnes effectue ainsi les choix politiques les plus lourds de conséquences. Aux yeux de beaucoup de citoyens, cette petite élite a perdu une grande partie de sa légitimité. Deux raisons principales expliquent cet isolement du monde politique par rapport à la société.
- La première a été qualifiée de politique-spectacle. La démocratie est ressentie comme une interface de communication entre le petit nombre de ceux qui décident et la foule de ceux qui subissent. Les décideurs ont accès aux grands médias et sont conseillés par des professionnels de la communication. Ils endossent leur costume de communicants pour s'adresser au grand nombre et jouent donc un rôle qui s'apparente à celui d'un comédien. Les destinataires de cette communication ne sont pas dupes. Ils mesurent bien désormais la distance sidérale qui sépare le discours des actes. Les habiletés de présentation sont ressenties comme des tromperies. Le petit monde de la politique, en perdant ses valeurs et en simulant constamment, a aussi perdu sa légitimité.
- La seconde raison est la constatation de l'échec de la gestion des sociétés développées. L'endettement abyssal dans lequel se sont enfoncés les pays les plus riches de la planète (Etats-Unis, Europe, Japon) tient à un facteur principal. Le petit cercle des dirigeants de la politique est constitué de carriéristes qui placent leurs ambitions personnelles avant l'intérêt général. Ils ont donc beaucoup promis depuis trente à quarante ans et ont endetté les collectivités publiques, c'est-à-dire tous les citoyens, au delà de toute raison. Il s'agit d'erreurs massives de gestion qui apparaissent aujourd'hui au grand jour puisqu'elles aboutissent à affaiblir les Etats. Les citoyens, là encore, ne sont plus dupes.

Un risque majeur pour la démocratie
La perte de légitimité des cadres de la politique, c'est-à-dire des élus, constitue un risque majeur pour la démocratie. La seule solution envisageable consiste désormais à dire la vérité au lieu d'accumuler les mensonges pour capter un segment de l'électorat. Mais qui est prêt à dire la vérité ?