François Hollande, l’aristocratie républicaine et l’argent des autres

12/11/2014

Patrick AULNAS

Décidément, notre Président n'a pas le sens de la formule. Lors de l'émission télévisée du 6 novembre sur TF1, il répond au journaliste qui remarque que ses propositions vont coûter cher : « Ça ne coûte rien, c'est l'État qui paie ». Au-delà de la maladresse, il y a dans cette expression une certaine arrogance des dirigeants politiques, qui confine parfois à l'aveuglement.

La formule employée révèle que ces gens-là considèrent l'argent public comme le leur. Ils ont été élus démocratiquement, donc ils disposent du pouvoir sur les finances publiques, peuvent augmenter les impôts ici, les diminuer légèrement là, sans jamais évidemment perdre de vue les aspects politiciens et électoralistes de ces ajustements. Avoir placé l'un des pays les plus riches du monde dans une situation de surendettement gravissime, de déséquilibre plus que préoccupant de sa balance commerciale, n'altère en rien leur superbe. Avoir promis pendant plus de trente ans ce que l'on était incapable de financer autrement qu'en alourdissant d'année en année la dette publique, c'est-à-dire le fardeau que supporteront longtemps nos enfants, n'a pas entamé le moins du monde le sens aigu de l'irresponsabilité de ceux qui nous dirigent. L'échec économique et financier de tous ces aristocrates de la monarchie républicaine leur importe peu pourvu que leurs jeux politiciens puissent encore perdurer par des manœuvres d'appareil et des mesures dilatoires.

On a vaguement honte en entendant un Président de la République divulguer lourdement un arrière-plan intellectuel aussi affligeant. Est-ce démagogie ? Est-ce mépris pour ceux qui financent par leur travail l'appareil d'État et les apparatchiks, socialistes ou autres ? Faut-il rappeler à notre Président que l'argent de l'État, c'est le labeur, la créativité, l'ingéniosité, le courage de son peuple ? Faut-il lui apprendre que l'État paie avec l'argent qu'il prend à ceux qui travaillent, à ceux qui chaque jour partent tôt de chez eux pour y revenir tard ? Si tout cela ne coûte rien à l'aristocratie d'État qui se contente de prendre, assurée de sa légitimité pourtant chancelante, cela coûte beaucoup à ceux qui créent les richesses.