L'archaïsme politicien sous contrôle

13/06/2013

Chacun sait que l'un des maîtres de François Hollande en politique fut François Mitterrand. La timidité du nouveau président devant les réformes de structure indispensables provient sans doute en partie des leçons de l'ancien. Mitterrand gouvernait le pays avec l'esprit politicien qu'il avait hérité des combinaisons politiques de la IVe République. Le meilleur exemple fut l'instauration du scrutin proportionnel aux législatives afin de renforcer le Front National et d'affaiblir la droite classique. Ces petites manœuvres sont le propre de tous les politiciens, de droite comme de gauche, mais sont encore plus choquantes de la part de ceux qui se posent volontiers en parangon de vertu. En vérité, la responsabilité historique de la gauche est écrasante pour expliquer notre déclin. Mitterrand est un politicien très représentatif de la IVe République, élu tardivement président de la Ve avec l'appui nécessaire des communistes. Il est très cultivé, au sens archaïque précisément, connaît merveilleusement la diplomatie et la littérature française, mais ne comprend rien à l'économie et aux techniques financières. Le contraire de Giscard et Barre qui l'avaient précédé au pouvoir. Au lieu de traiter les problèmes émergeant après la fin des trente glorieuses, il raconte des bobards au petit peuple. Il n'a strictement aucune conscience de l'ampleur des problèmes économiques qui vont surgir du fait du ralentissement de la croissance, et d'ailleurs il s'en fiche. L'intendance doit suivre. L'archaïsme se situe dans cette approche politique à l'ancienne. Il suffit de dévaluer la monnaie pour traiter les problèmes de compétitivité. Il suffit d'augmenter les impôts pour combler les déficits. Il suffit d'emprunter si, politiquement, on ne peut plus augmenter les impôts. Pour ces gens-là, tout est politique, au sens le plus médiocre : politicien, électoraliste.
Sortir de l'archaïsme, c'est remettre la politique à sa juste place, qui n'est pas la première. Si l'onction du suffrage universel représente un progrès par rapport au pouvoir de droit divin, elle ne rehausse pas la fonction politique qui consiste essentiellement à arbitrer entre des intérêts divergents. Notre mode de vie doit beaucoup plus à Watt, Pasteur, Fleming, Marie Curie et autres qu'à Napoléon, Clémenceau, Mitterrand ou Sarkozy. Les premiers ont amené le progrès matériel et celui de la médecine par une meilleure compréhension de notre univers ; les seconds, la guerre ou le surendettement public. Un encadrement juridique plus strict du pouvoir politique est aujourd'hui nécessaire, principalement dans le domaine financier, pour éviter les dérives démagogiques. Il faut pour cela limiter le pouvoir économique et financier que se sont arrogés de façon illégitime les politiciens. Nous voyons clairement qu'ils n'en sont pas dignes puisqu'ils l'ont exercé à leur profit pour se faire réélire sur la base de mensonges et de promesses fallacieuses.
C'est de l'Europe que vient notre salut. L'encadrement budgétaire, la supervision par la Commission européenne des budgets des Etats de la zone euro sont le signe le plus tangible de ce progrès. Les socialistes français se sont opposés il y a quelques années à une règle constitutionnelle limitant le déficit budgétaire (la « règle d'or »). C'est un signe patent de leur archaïsme politique. Ils seront contraints désormais de se plier, bon gré, mal gré, aux observations de la Commission européenne. On ne peut plus être totalement irresponsable quand on fait partie d'une Union européenne car le sort de l'ensemble dépend du comportement de chacun.