Le triple A et la politique spectacle

14/01/2012    

« La France perd son triple A ». Voilà le titre le plus fréquent que nous offre la presse ce samedi 14 janvier 2012. Quant aux hommes politiques, ils défilent devant les micros pour dire à peu près n’importe quoi, pourvu qu’il s’agisse de politique politicienne, c'est-à-dire de ces puériles petites luttes de clans rivaux pour conquérir le pouvoir.

La vérité est beaucoup plus prosaïque que les ridicules envolées verbales des politiques et des journalistes. Standard & Poor’s, une des trois grandes agences de notation, a légèrement réduit son évaluation de la qualité des créances à long terme sur l’Etat français. Pour les créances à court terme (trésorerie publique) la note est inchangée. La distance entre les commentaires et la réalité est énorme. Ce n’est pas la France (son territoire, sa population, la nation) qui est « dégradée » mais l’Etat en tant que personne morale de droit public susceptible de s’endetter. Ce ne sont pas les français qui sont visés, mais l’incapacité de leurs dirigeants politiques à maîtriser une situation d’endettement préoccupante. Dans son communiqué, S & P met d’ailleurs l’accent, en parlant de la France, sur « son économie riche, diversifiée et solide, ainsi que sa force de travail hautement qualifiée et productive ». Par contre, le communiqué insiste bien sur deux points qui pourraient conduire à une nouvelle réévaluation à la baisse :

- les finances publiques ne doivent pas dévier du « chemin tracé en matière de consolidation budgétaire » ;

- une « intensification des risques financiers et économiques dans la zone euro » ne doit pas conduire à une « augmentation significative des engagements » (c’est-à-dire des dettes de l’Etat).

 

Ainsi, Standard &Poor’s distingue clairement la France « riche, diversifiée et solide » et les incapables qui gèrent ses finances publiques depuis 30 ans, qu’ils soient de gauche, du centre ou de droite.

Tout cela est parfaitement clair : il suffit d’une bonne gestion sur quelques années pour stabiliser la situation. Mais c’est là que le bât blesse : nos affabulateurs politiques préfèrent dépenser à tout va sans augmenter les impôts car les dépenses sont productives électoralement alors que les augmentations d’impôts sont très pénalisantes. Voilà la raison profonde de notre situation calamiteuse : la démagogie dépensière s’est substituée depuis 30 ans au sens de l’intérêt général.

Ils le savent tous. Mais le spectacle continue : c’est à celui ou celle qui promettra le plus.