La vie en rose

24/06/2012   

Comment expliquer le désintérêt croissant des citoyens pour la vie politique ? Les politologues se sont penchés sur le sujet. Mais au-delà de leur réponse subtile et complexe, il suffit sans doute d’observer le décalage entre prévisions et réalisations depuis le début des années 80 pour comprendre. Les trente glorieuses (1944-1974) offraient de bonnes surprises répétées. La croissance forte (plus de 5% en moyenne annuelle) faisait progresser les salaires et les profits et un modus vivendi tacite syndicat-patronat permettait de satisfaire tout le monde. Les partis promettaient un avenir meilleur et leurs promesses se réalisaient. Optimisme et confiance pouvaient régner.

Depuis 1974, la croissance moyenne se situe autour de 2% par an et la tendance est à la baisse (-2,7% en 2009, 1,5% en 2010, 1,7% en 2011). Mais les prévisions ont presque toujours été trop optimistes, il faut donc constamment les réviser à la baisse. Quant aux promesses politiciennes, elles constituent un mensonge permanent. Tous les partis peignent la vie en rose. En 1981, Mitterrand promet d’endiguer la hausse du chômage : il passe de 6% à plus de 10% de la population active de 1981 à 1995. En 1995, Chirac promet de résorber la « fracture sociale » : le nombre d’exclus et de précaires n’a cessé d’augmenter. En 2007, Nicolas Sarkozy propose de « travailler plus pour gagner plus » : mais le chômage augmente et les salaires stagnent du fait de la profonde crise qui se déclenche à l’été 2007 (subprimes). En 2012, François Hollande fait campagne sur le thème de la relance de la croissance en Europe par l’endettement au niveau européen (euro-obligations) : la promesse est déjà reléguée aux calendes… grecques après à peine deux mois de présidence.

C’est pourtant un politicien, Abraham Lincoln, qui a prononcé les phrases célèbres : « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps. »

Nos gouvernants en ont-ils vraiment pris conscience ?