L’Etat n’y peut rien

02/06/2012    

En déclarant en 2000 dans une usine Michelin que « l’Etat ne peut pas tout », Lionel Jospin avait évidemment dit la vérité. Les médias et certains politologues ont ensuite considéré que cette phrase avait pesé lourd dans son score à l’élection présidentielle de 2002. Voire. Au moins, il n’a pas menti, ce qui est rarissime chez les politiques et, pour cela, il restera dans l’histoire.

Le résultat de cette pitoyable hypocrisie de la plupart des hommes politiques est aujourd’hui disponible. Pour tout licenciement collectif à caractère économique (que la presse qualifie inexactement « plan social »), les salariés concernés se tournent immédiatement vers l’Etat. Sans doute, des gens comme Arnaud Montebourg n’auront pas volé leur future impopularité lorsque les yeux se seront ouverts sur la réalité actuelle. Mais au-delà de l’aspect anecdotique, le recours à l’Etat en toute circonstance provient d’une dérive qui se développe à la fin du 20e siècle en occident.

Une entreprise privée n’est pas une structure pérenne : elle est vouée à disparaître ou à évoluer profondément en fonction du marché. Avoir transformé le contrat de travail à durée indéterminée en un quasi-fonctionnariat conduit inéluctablement les salariés à penser qu’ils ont un droit moral à rester indéfiniment dans leur entreprise. Cet état d’esprit est en contradiction totale avec le principe même de l’économie de marché. C’est une première responsabilité politique.

Les Etats-nations du début du 21e siècle sont des structures politiques en voie de régression. Pour la régulation planétaire, ils sont désormais en concurrence avec des entités diverses (groupes multinationaux, organisations internationales publiques ou privées, réseaux de communication type internet, etc.). Prétendre, face à cet affaiblissement des Etats, que ceux-ci peuvent encore contrebalancer l’évolution vers la globalisation par des adaptations de leur droit interne est évidemment une absurdité. Quant aux G7, G20 et autres groupes internationaux de palabres, chacun sait que leur efficacité opérationnelle est proche de zéro.  Voilà une deuxième responsabilité politique.

La gouvernance politique promet encore ce qu’il lui est impossible de donner. L’Etat n’y peut rien et certains prétendent qu’il peut tout. Que de désillusions en perspective !