De la nécessité de « cliver »

7/03/2012    

Le milieu politico-médiatique nous abreuve d’informations ponctuelles concernant la campagne pour l’élection présidentielle. Font débat l’abattage halal ou cacher, tous deux d’ailleurs particulièrement horribles, ou la taxation des très rares revenus supérieurs à un million d’euros. On pourrait citer bien d’autres exemples de cette focalisation sur les détails. Aucune approche globale, aucune conceptualisation ne sont envisagées. Cette malédiction de la pensée touche également les extrêmes. L’extrême-droite ancienne se présentait ouvertement comme réactionnaire, c’est-à-dire adepte d’un retour à la société ancienne (hiérarchisée, non démocratique). L’extrême-gauche du 20ème siècle s’affirmait révolutionnaire et en général marxiste. Elle proposait clairement de réduire le marché à néant et de nationaliser tous les moyens de production. Que proposent aujourd’hui les extrêmes : de fermer les frontières, de confisquer les revenus supérieurs à un certain montant, d’interdire les licenciements. Autrement dit, on cite des exemples, mais on n’énonce pas le concept sous-jacent.

Alors qu’une fraction croissante de chaque classe d’âge fréquente l’enseignement supérieur (presque 1,5 millions d’étudiants en 2010-2011), les grands médias travaillent activement à annihiler toute pensée afin d’élargir au maximum leur audience. Ils délaissent leur fonction éducative. Il appartiendrait aux journalistes qui reçoivent les hommes politiques de donner le ton et d’imposer un certain niveau de débat centré sur les idées. Ce qui apparaîtrait alors, c’est le large consensus des partis de gouvernement sur tous les sujets fondamentaux. Comme disent précisément nos journalistes, il faut alors « cliver », mais sur quelques détails, pour que la politique-spectacle puisse survivre, car ce spectacle-là exige des adversaires.