Campagne officielle et campagne réelle

20/01/2012    

La campagne électorale pour les élections présidentielles n’est pas officiellement ouverte. Les règles sont fixées par une loi organique de façon très précise. La campagne pour le premier tour s'ouvre le deuxième lundi précédant le premier tour de scrutin et s'interrompt la veille du scrutin, à zéro heure. Le scrutin ayant lieu un dimanche, cela fait 15 jours de campagne. La campagne pour le second tour commence le jour de la publication au Journal officiel des noms des deux candidats sélectionnés et s'achève la veille du second tour, à zéro heure. Cela fait à nouveau une quinzaine de jours. La durée totale de cette campagne officielle est donc d'environ 30 jours.

La campagne réelle commence des mois à l’avance et l’innovation que constituent les primaires socialistes en allonge encore la durée. C’est un inconvénient majeur des primaires : le pays se focalise pendant au moins une année sur l’affrontement des partis et surtout de leurs leaders. Ces derniers voient leur positionnement médiatique considérablement amélioré : ce sont des stars. La personnalisation de pouvoir en est évidemment potentiellement renforcée. Les instituts de sondages bénéficient d’un marché supplémentaire. Les journalistes de la télévision et de la radio ont des sujets de débats tout trouvés. Les journalistes de la presse écrite peuvent se consacrer à des articles supputant les chances de chacun. Tous ceux qui ont la parole ont donc intérêt à allonger les campagnes électorales.

Mai sur le long terme, ces incessantes campagnes électorales (présidentielles, législatives, cantonales, municipales) donnent aux citoyens l’impression que la démocratie consiste à passer l’essentiel de son temps à choisir ses dirigeants sans traiter les véritables problèmes. Si la constitution et la loi organique ont prévu une durée de campagne relativement courte, c’est précisément pour éviter de telles dérives. Peut-on continuer longtemps à accroître ainsi la distance entre le droit et les faits ?