Présidentielle 2012 : le désarroi de l'opinion

30/03/2011

Déjà, la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2012 se met en place. Pour le simple observateur de la vie politique, le moment présent fait ressortir le grand désarroi de l’opinion publique. Le renforcement des extrêmes, en particulier du Front national et du Parti de gauche, est le symptôme principal de ce désarroi. Mais au-delà du constat ponctuel, l’observation de l’histoire politique (pour se limiter à l’aspect purement politique) de ces trente dernières années ne pourrait-elle fournir un début d’explication ?

 L’accession au pouvoir de l’Union de la gauche en 1981 est le résultat d’une stratégie politique d’union électorale avec le parti communiste. Ce parti était puissant dans les années 70 et il était nécessaire pour le parti socialiste de rallier l’électorat communiste pour conquérir le pouvoir. Mais la conséquence programmatique de l’union était claire : des propositions archaïques, auxquelles ne pouvait pas adhérer sur le fond l’élite socialiste. Je pense en particulier aux nationalisations. Le « peuple de gauche » était encore imprégné de la mythologie de la première moitié du 20ème siècle sur les lendemains qui chantent et il croyait que la justice sociale passait par ce chemin. Mais pas les dirigeants socialistes ! Qui pourrait penser que François Mitterrand ait été un adepte des nationalisations, eu égard à son parcours politique antérieur ? Il y avait donc une dichotomie conceptuelle : endosser le rêve socialisant du début du 20ème siècle pour des raisons électorales sans pour autant y adhérer sur le plan de la politique économique. Le Florentin connaissait sur le bout des doigts son petit Machiavel illustré.

 La facture a été payée en 2002 par Lionel Jospin, le plus sincère des socialistes, le plus honnête d’entre eux. Le prix : Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle.

 Nul doute que Nicolas Sarkozy soit un libéral tant sur le plan économique que sur le plan politique ; et si on le compare à ce que les anglo-saxons appellent un libéral, au sens économique, il est même très modéré. Pourtant, son accession au pouvoir en 2007 est liée à une campagne électorale mettant au premier plan les préoccupations sécuritaires et la politique d’immigration. Il s’agissait de conquérir une partie de l’électorat de Jean-Marie Le Pen en allant sur son terrain et en parvenant à convaincre qu’une fois élu, on ferait mieux que lui. Bien qu’il n’y ait pas eu d’alliance stratégique avec le Front national, on retrouve la même dichotomie qu’en 1981 : un discours à usage électoraliste éloigné de l’analyse conceptuelle des dirigeants politiques. L’actuel président serait-il lui aussi un familier du Prince ?

 La montée en puissance actuelle du Front national autour de Marine Le Pen pourrait conduire l’UMP à payer la facture plus rapidement que le parti socialiste de la fin du 20ème siècle.

 La dichotomie conceptuelle pratiquée par les partis politiques (ce que l’on dit et ce que l’on pense) se rattache clairement à leurs deux fonctions successives : la conquête du pouvoir (avec les moyens à mettre en œuvre) et l’exercice du pouvoir (avec les contraintes à affronter). On sait « qu’un ministre jacobin n’est pas un jacobin ministre ». Certains ministres communistes ont très bien défendu les intérêts de la France dans les conseils européens. Exercer le pouvoir, c’est prendre le monde tel qu’il est et le faire évoluer difficilement et lentement, ce qui implique souvent de s’éloigner des promesses électorales. Cela est ressenti par l’opinion et plutôt bien accepté par elle. Ce qui ne l’est pas, c’est une construction machiavélique spécifique de conquête du pouvoir reposant sur le mensonge.

 Le désarroi de l’opinion résulte en profondeur de ce machiavélisme. Promettre tout en sachant qu’on ne pourra pas réaliser, autrement dit le manque de sincérité, conduit à éloigner de soi les électeurs les plus fragiles, ceux qui croient (un temps) aux promesses. L’efficacité à court terme se paie par un effet dévastateur à long terme : la perte de crédibilité des partis de gouvernement. A ce jour, rien ne permet de penser que les leçons ont été tirées. On voit se profiler une campagne électorale qui opposera des promesses redistributives intenables, eu égard aux déficits publics, et des promesses sécuritaires démagogiques. Le risque ira croissant après 2012. « Les leçons de l’histoire ne profitent jamais ».