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Patrick AULNAS
Biographie
Entre 1320 et 1330-vers 1390
Selon un document trouvé à Padoue et daté de 1375, Giusto de Menabuoi est le fils de Giovani. Selon ce même document, Giusto est originaire de Florence. On ignore sa date de naissance, mais les historiens la fixent entre 1320 et 1330 en tenant compte de ses premières productions dans la décennie 1340.
Ses maîtres ne sont pas connus et seules des hypothèses basées sur son style ont été formulées. Un assez large consensus lui attribue une formation à Florence dans des ateliers non déterminés. Les noms de Taddeo Gaddi (v. 1300-1366), Bernardo Daddi (1290-1348), Giotto (v. 1267-1337) et Maso di Banco (v. 1300-1348) sont cités. Une seule œuvre, une Vierge à L’Enfant de 1345, permet de confirmer la présence à Florence du peintre dans sa jeunesse, avec des doutes sur l’attribution :
Giusto de Menabuoi. Vierge à l'Enfant en majesté avec des saints (1345)
Tempera et or sur bois, 62 × 30 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest.
Entre 1345 et 1350, Giusto de Menabuoi s’installe à Milan, mais aucun document ne le confirme. Des fresques réalisées dans l’église Sainte-Marie de Brera pour l’Ordre des Humiliés lui sont attribuées ; d’autres fresques sont situées dans l’Abbaye de Viboldone à proximité de Milan. Le séjour à Milan se poursuit jusqu’à la décennie 1360. La dernière œuvre milanaise de l’artiste est un polyptyque de 1363 portant le nom de sa commanditaire, sœur Isotta Terzago (ou Terzaghi), une religieuse. Ce polyptyque a été démembré au fil des siècles et le principal élément en provenant est une représentation de deux saints :
Giusto de Menabuoi. Saint Paul et saint Augustin (1363)
Tempera sur bois, 58 × 33 cm, Georgia Museum of Art Athens, Georgia, Kress Collection.
Vers 1370, Giusto de Menabuoi quitte Milan pour Padoue. Il réalise dans cette ville ou à proximité de nombreuses fresques.
- Dans l’église des Eremitani en 1370 (représentations des Vertus et des Arts libéraux).
- Dans la chapelle du capitaine allemand Enrico Spisser, toujours dans l’église des Eremitani, en 1373 (largement détruites).
- Dans le château de Pavie (quelques vestiges subsistent). Une toile de la Vierge à l’Enfant date aussi de cette période :
Giusto de Menabuoi. Vierge à l’Enfant (v. 1380)
Tempera sur toile avec décoration en plâtre en pastille, 102 × 70 cm, Museo Diocesano, Padoue.
Mais l’œuvre majeure de Giusto de Menabuoi à Padoue est la décoration à fresques du baptistère de la cathédrale. Ces fresques ont été commandées par Fina Buzzaccarini, épouse de Francesco da Carrara (1325-1393), seigneur de Padoue. Cette partie de la cathédrale devait servir de tombeau familial.
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, vue d’ensemble (1378)
Cathédrale de Padoue
Ces travaux permettent au peintre d’accéder à l’aisance financière puisqu’il acquiert des immeubles à Padoue en 1377. Dès 1375, il avait obtenu la citoyenneté de la ville. Le dernier document concernant Giusto de Menabuoi date du 19 mai 1391 et comporte la mention de ses héritiers. On considère donc qu’il est mort avant cette date, probablement à Padoue au cours de l’année 1390.
Œuvre
La peinture de Giusto de Menabuoi peut être considérée comme transitoire. Figurant parmi les successeurs de Giotto, il reste fortement influencé par le modèle hiératique byzantin qui évoluera progressivement vers une humanisation complète des figures religieuses au cours du 15e siècle.
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, Christ pantocrator (1378)
Cathédrale de Padoue
L’influence de Giotto est particulièrement marquée dans la conception des figures, dont le volume très apparent induit une présence et donc une proximité ignorée de l’art de Byzance qui imposait la distance.
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, le baptême du Christ (1378)
Cathédrale de Padoue
La grande richesse chromatique de la peinture de Menabuoi doit être soulignée. Le triptyque de la National Gallery en fournit un exemple.
Giusto de Menabuoi. Le couronnement de la Vierge et autres scènes (1367)
Tempera sur bois, 48 × 25 cm, National Gallery, Londres.
L’œuvre majeure du peintre, les fresques du baptistère de Padoue, est considérée comme l’un des sommets de la décoration par fresques du 14e siècle italien. Ces fresques font partie des huit ensembles de fresques padouanes élevées par l’Unesco au rang du patrimoine mondial de l’humanité et comprenant également les fresques de Giotto dans la chapelle des Scrovegni.
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, le Paradis (1378)
Cathédrale de Padoue
Œuvres à la tempera sur bois
Giusto de Menabuoi. Vierge à l'Enfant en majesté avec des saints (1345). Tempera et or sur bois, 62 × 30 cm, musée des Beaux-Arts de Budapest. Le musée donne le titre suivant : Vierge à l'Enfant trônant avec un saint pape, un saint homme, saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Évangéliste (?), un saint cardinal, saint Pierre et douze anges.
Il s’agit d’une Maestà (Vierge en majesté), thème majeur de l’époque, avec une Vierge représentée sur un trône, tenant l'Enfant Jésus et entourée d'une cour céleste. De chaque côté du trône ont été placées des figures ecclésiastiques ou bibliques (dont saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste) disposées de manière symétrique, tandis que douze anges complètent cette assemblée divine. Cette œuvre de la période succédant à Giotto reflète la transition entre la rigidité byzantine et l’humanisation progressive des thèmes religieux.
Giusto de Menabuoi. Saint Paul et saint Augustin (1363). Tempera sur bois, 58 × 33 cm, Georgia Museum of Art Athens, Georgia, Kress Collection. Ce panneau faisait partie du Polyptyque de Terzaghi réalisé à Milan par l’artiste. Ce polyptyque a été démembré à une date indéterminée. Quatorze fragments sont désormais connus, dont le plus important est ce panneau représentant Paul et Augustin. A gauche, Paul de Tarse (environ 8-67) est l’un des apôtres accompagnant Jésus-Christ. Treize épitres (court traité de philosophie sous forme de lettres) sont attribuées à Paul, ce qui explique l’attribut dont il est souvent doté : le livre. A droite, Augustin d’Hippone (354-430) est un philosophe et théologien chrétien dont l’œuvre exerça une influence déterminante sur le christianisme occidental.
Giusto de Menabuoi. Crucifixion (1360-70). Tempera sur bois, 58 × 35 cm, collection particulière. Selon Sotheby’s, cette œuvre a été attribuée à Manabuoi par le professeur Andrea De Marchi qui la date du séjour lombard de l’artiste dans les années 1360. Le revers, représentant saint Antoine Abbé dans le désert, est attribué à un autre artiste, le peintre lombard Giovan Mauro della Rovere, connu sous le nom de il Fiamminghino (1575-1640).
Giusto de Menabuoi. Le couronnement de la Vierge et autres scènes (1367). Tempera sur bois, 48 × 25 cm, National Gallery, Londres.
Giusto de Menabuoi. Le couronnement de la Vierge, revers (1367)
« Ce triptyque – un tableau plié en trois parties – était très probablement destiné à la contemplation et à la prière privées. L'image centrale représente le Christ couronnant la Vierge Marie après son Ascension. Des rangées ordonnées de chérubins et de séraphins (les créatures ailées bleues et rouges tout en haut), d'anges et de saints sont disposées autour du trône. En dessous, deux groupes de saints contemplent avec dévotion la Vierge et le Christ.
Les panneaux de part et d'autre de cette scène représentent la Nativité du Christ à gauche et la Crucifixion à droite. Les parties supérieures, réunies, illustrent l'Annonciation – le moment où l'ange Gabriel annonça à la Vierge Marie qu'elle concevrait le Fils de Dieu.
Le revers des deux volets extérieurs est orné de scènes de la vie de la Vierge, depuis sa conception jusqu'à son mariage avec Joseph. » (Commentaire National Gallery)
Giusto de Menabuoi. Vierge à l’Enfant (v. 1380). Tempera sur toile avec décoration en plâtre en pastille, 102 × 70 cm, Museo Diocesano, Padoue. Cette Vierge hiératique présentant son enfant a peut-être été exposée au 14e siècle dans la crèche aménagée dans la cathédrale de Padoue à l’occasion des célébrations de Noël. Le thème de l'enfant emmailloté évoque à la fois sa naissance récente et son vêtement funéraire futur. Il est en adéquation avec le thème de la crèche, très répandu en Italie centrale.
Les fresques du baptistère de Padoue (1375-1378)
« Le baptistère de la cathédrale de Padoue, un lieu de culte construit au XIIe siècle et rénové au XIIIe, fut consacré en 1281 et dédié à saint Jean-Baptiste […]
À l’intérieur du baptistère est conservé l’un des chefs-d’œuvre de la peinture padouane de la seconde moitié du XIVe siècle : le cycle de fresques de Giusto de Menabuoi, sur le thème de l’Histoire du Salut, commencé en 1375 et achevé trois ans plus tard.
La décoration intérieure fut commandée à Giusto de Menabuoi, un peintre florentin arrivé à Padoue vers 1370, par Fina Buzzaccarini, épouse de Francesco da Carrara l’Ancien, seigneur de Padoue de 1350 à 1380 et figure d’une grande importance pour la culture de la ville. Fina Buzzaccarini est connue comme une femme cultivée et raffinée, une source d’inspiration pour les poètes et les artistes.
Ce cycle exceptionnel de fresques couvre toute la surface murale intérieure du bâtiment : un ensemble d’environ cent scènes avec les récits de la Genèse, de l’Apocalypse et de saint Jean-Baptiste.
À Padoue, Giusto de Menabuoi a fait revivre dans ses peintures la rigueur méthodique des styles roman et byzantin, comme en témoigne le vaste Paradis ornant la coupole : la scène s’organise autour du Christ Pantocrator, entouré d’anges et de saints dont les auréoles, disposées en rangs réguliers, rappellent les poinçons des magnifiques orfèvres padouans du XIVe siècle. » (Museo Diocesano di Padova, présentation des fresques)
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, vue d’ensemble (1378). « Cette image est une vue du baptistère depuis le sud-ouest. Sur le mur nord (à gauche) sont peintes des scènes de la vie du Christ, sur le mur est (à droite) on peut voir la grande scène de la Crucifixion. Dans l'écoinçon est représenté saint Jean l'Évangéliste entre Ézéchiel et Daniel ; dans le dôme se trouvent des scènes de la Genèse. » (Commentaire Web Gallery of Art)
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, le Paradis (1378). « Le baptistère de Padoue est un édifice à plan centré, coiffé d'une voûte en dôme soutenue par des pendentifs (*). Giusto et ses assistants ont orné chaque mur du baptistère de fresques. L'un des thèmes principaux de ce programme est la fin des temps, le Jugement dernier, lorsque les élus rejoindront le Christ dans son royaume. Des rangées concentriques de saints et d'anges entourent le centre du dôme, dont la hauteur est accentuée par la diminution progressive de la taille des figures vers la figure centrale et imposante du Christ bénissant. Juste en dessous de lui, dans l'axe de la porte d'entrée du baptistère, se tient la Vierge Marie, auréolée d'une mandorle dorée. » (Commentaire Web Gallery of Art)
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, Christ Pantocrator (1378). Au centre de la voûte le peintre a placé un Christ Pantocrator (tout-puissant), représentation de Jésus-Christ dominant le monde et le bénissant de sa main droite. Cette image hiératique est celle de l’art byzantin. Elle évoluera vers un Christ souffrant, plus humanisé émotionnellement.
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, Saint Luc entre David et Jérémie (1378). « Chaque écoinçon présente en son centre la figure d'un évangéliste assis à son bureau dans son cabinet de travail, encadré de part et d'autre par des prophètes. À la base de chaque écoinçon, dans un médaillon à fond or, figure le symbole de l'évangéliste correspondant. Les armoiries de Carrare apparaissent aux angles extérieurs des écoinçons.
L'image montre l'écoinçon de la voûte nord-ouest, avec saint Luc entre les prophètes David et Jérémie. » (Commentaire Web Gallery of Art)
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, Adam et Ève chassés du paradis (1378). Détail du dôme. Selon la Bible, les premiers humains, Adam et Ève, auraient désobéi aux prescriptions divines en mangeant le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils sont chassés par Dieu du paradis terrestre. Leurs successeurs, c’est-à-dire l’humanité entière, se trouvent ainsi en situation de péché.
Giusto de Menabuoi. Fresques du baptistère de Padoue, le baptême du Christ (1378). Détail du mur sud. Selon la tradition chrétienne, le Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain par Jean le Baptiste qui est considéré comme un prophète par les chrétiens et les musulmans.
Les fresques de la chapelle Belludi (v. 1382)
Les fresques de la chapelle du Bienheureux Luca Belludi sont situées dans la Basilique Saint-Antoine de Padoue. Luca Belludi (v. 1200-1286) est un religieux franciscain italien, compagnon de saint Antoine de Padoue, qui agit pour libérer Padoue de la tyrannie d’Ezzelino de Romano (1194-1259), condottiere surnommé Le Féroce. Luca Belludi fut béatifié par le pape Pie XI en 1927. Il a été inhumé dans cette chapelle.
Giusto de Menabuoi. Fresques de la chapelle Belludi, vue d’ensemble (1382). Basilique Saint-Antoine de Padoue.
Giusto de Menabuoi. Fresques de la chapelle Belludi, la Vierge à l’Enfant (1382). Basilique Saint-Antoine de Padoue.
Au-dessus de l’autel, une Vierge à l’Enfant est entourée de saints : saint François et saint Louis d'Anjou sur la gauche, saint Antoine et Luca Belludi sur la droite. Les commanditaires de la chapelle (les comtes Laimeri et Manfredino), sont agenouillés. Au-dessus de la Vierge apparaît l’épisode biblique de l’Annonciation.
De part et d'autre de l'autel, des scènes illustrent des épisodes d'intercession du bienheureux Luca Belludi auprès des fidèles et des malades.
Sur les murs latéraux sont représentés des épisodes de la vie des apôtres Philippe et Jacques le Mineur, à partir des récits tirés de la Légende dorée (1261-1266) de Jacques de Voragine.
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(*) Une voûte en dôme soutenue par des pendentifs (ou coupole sur pendentifs) est une innovation architecturale de l'époque byzantine. Elle permet de poser une coupole circulaire sur une base carrée. Le pendentif désigne la section triangulaire concave d'une voûte qui effectue la transition géométrique entre les angles du carré et la base ronde du dôme.