Albert Bierstadt

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Patrick AULNAS

Portrait

 

Edward Bierstadt. Photographie de son frère Albert Bierstad (1890-95)Edward Bierstadt. Photographie de son frère Albert Bierstadt (1890-95)

 

Biographie

1830-1902
Albert Bierstadt naît le 7 janvier 1830 à Solingen, ville allemande située à 30 km à l’est de Düsseldorf (Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Ses parents émigrent aux États-Unis en 1832 et il passe son enfance et sa jeunesse à New Bedford, dans le Massachusetts. D’abord autodidacte dans le domaine des arts graphiques, il retourne à Düsseldorf en 1853 pour étudier dans l’atelier de Johann Peter Hasenclever (1810-1853), cousin de sa mère et peintre allemand important. Après la mort de Hasenclever, il reçoit l’enseignement d’Emmanuel Leutze (1816-1868) et de Worthington Whittredge (1820-1910), deux peintres américains installés à Düsseldorf. Il voyage ensuite en Autriche, en Suisse et en Italie.
De retour à New Berdford en 1857, il enseigne brièvement le dessin puis se consacre à la peinture. Dès 1858, il expose avec succès à la National Academy of Design de New York. En 1859, il accompagne le colonel Frederick W. Lander, en mission topographique pour le gouvernement américain, dans les Montagnes Rocheuses, le Nebraska, le Wyoming et l’Utah. Il réalise de nombreux croquis d’Indiens et d’émigrants. Au retour, il s’installe à New York et, en 1860, est élu membre de la National Academy of Design.
Il entreprend en 1863 un second voyage dans l’Ouest avec Fitz Hugh Ludlow (1836-1870), journaliste et écrivain. Ce voyage le mène jusqu’à San Francisco. Sur le parcours, à proximité de San Francisco, il découvre la Yosemite Valley avec ses paysages grandioses. Les paysages de l’ouest américain, en particulier ceux des Montagnes Rocheuses, constitueront par la suite le cœur de l’œuvre picturale d’Albert Bierstadt. La célébrité arrive avec Vue des montagnes Rocheuses : le Lander's Peak, une grande toile de plus de trois mètres, qui est achetée en 1865 pour 25 000 dollars, somme très élevée pour l’époque, par James Mack Henry, un entrepreneur anglais.

 

Albert Bierstadt. The Rocky Mountains, Lander's Peak (1863)Albert Bierstadt. Vue des montagnes Rocheuses : le Lander's Peak (1863)
Huile sur toile, 187 × 307 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

 

En 1866, il épouse Rosalie Osborne (1841-1893), qui venait de divorcer de l’écrivain Fitz Hugh Ludlow, confronté à diverses addictions (drogues, alcool). L’année suivante, le couple voyage en Europe en commençant par l’Angleterre. La reine Victoria propose à Albert Bierstadt de lui présenter deux de ses peintures les plus importantes acquises par des entrepreneurs ferroviaires anglais. Le voyage se poursuit en Allemagne et en Italie et permet, par de multiples rencontres, de consolider la position européenne de l’artiste.
De retour aux États-Unis, Bierstadt et son épouse prennent, en 1871, la direction de San Francisco en utilisant le chemin de fer transcontinental récemment achevé. Ils restent en Californie jusqu’à 1873. Mais à l’automne 1876, la tuberculose est diagnostiquée chez Rosalie Osborne. Il lui est conseillé de passer les mois d’hiver dans un climat chaud. Le couple fera alors de longs séjours à Nassau dans l’archipel des Bahamas. Ce sera aussi l’occasion pour le peintre de traiter de nouveaux sujets à caractère paysager, comme Le rivage de la mer Turquoise (The Shore of Turquoise Sea)

 

Albert Bierstadt. Le rivage de la mer turquoise (1878)Albert Bierstadt. Le rivage de la mer turquoise (1878)
Huile sur toile, 108 × 164 cm, collection particulière.

 

La fin de la carrière de Bierstadt est marquée par la distance croissante des critiques d’art à son égard. Jugé dépassé, le peintre voit sa cote baisser et subit des refus officiels. Ainsi, en 1889, le comité chargé de sélectionner les œuvres pour l’Exposition universelle de Paris rejette sa proposition, Le dernier des bisons (The Last of the Buffalo), tableau jugé trop grand et sans doute démodé.

 

Albert Bierstadt. Le dernier des bisons (1888-89)Albert Bierstadt. Le dernier des bisons (1888-89)
Huile sur toile, 180 × 302 cm, National Gallery of Art, Washington.

 

Albert Bierstadt meurt le 18 février 1902 à New York. Il est inhumé au cimetière de New Bedford dans le Massachusetts. Oublié pendant une soixantaine d’années, un certain intérêt pour son œuvre réapparaît dans la décennie 1960 et plusieurs expositions lui sont consacrées.

 

Œuvre

 

Albert Bierstadt. Printemps californien (1875)Albert Bierstadt. Printemps californien (1875)
Huile sur toile, 138 × 214 cm, de Young Museum, San Francisco.

 

Albert Bierstadt a réalisé plus de 500 peintures dont un nombre conséquent de paysages monumentaux de l’Ouest américain. Il s’intéresse également aux animaux sauvages et aux tribus amérindiennes. Il est considéré comme un représentant important de l’école de l’Hudson River (Hudson River School), mouvement pictural américain de peintres de paysages fondé par Thomas Cole (1801-1848). Les peintres de l’Hudson River ont une approche romantique des grands espaces de l’Amérique du Nord et en proposent une somptueuse interprétation empruntant au réel tout en le magnifiant. 
Le concept de sublime a été utilisé pour appréhender la peinture de Bierstadt. Cette notion, apparue au 18e siècle, se réfère à l’émerveillement que peut produire le spectacle de la nature sur l’être humain. Etonnement, crainte, incompréhension voire sidération peuvent s’emparer de l’homme face à tant de beauté. Les grandes compostions de Bierstadt visent à restituer cette fascination pour les paysages grandioses de l’Amérique.

 

Paysages

 

Albert Bierstadt. Marché au poisson romain. Arc d'Octave (1858)Albert Bierstadt. Marché au poisson romain. Arc d'Octave (1858). Huile sur toile, 70 × 95 cm, de Young Museum, San Francisco. « Le portique d'Octavie, dans la Rome antique, construit par l'empereur Auguste en 23 av. J.-C., tomba peu à peu en ruine pour devenir un marché aux poissons au XIIe siècle. Lorsqu’Albert Bierstadt se rendit en Italie en 1857, Rome se définissait avant tout par son rôle historique au sein de l'Empire romain et de la Renaissance italienne. C'était également la destination privilégiée des touristes fortunés qui entreprenaient le Grand Tour de l'Europe pour découvrir les racines de la civilisation occidentale.
Les Américains – à l'instar de cet homme serrant contre lui son guide de Rome, accompagné de son épouse à l'air méfiant – se considéraient comme les héritiers des idéaux de la Grèce et de la Rome antiques, s'inspirant de leurs démocraties et de leur architecture. Pourtant, le tableau de Bierstadt témoigne du déclin et de la ruine des monuments de la Rome antique, tandis que deux célèbres statues anciennes – l'Endymion endormi et le Faune Barberini (*) – semblent revivre sous les traits d'un homme assoupi et d'un balayeur de rue. Les motifs d'écailles de poisson et de coquilles Saint-Jacques qui ornent le cadre constituent un jeu de mots malicieux en écho au sujet de l'œuvre. » (Commentaire de Young Museum)
(*) Dans la mythologie grecque, Endymion est un berger réputé pour sa beauté. Séléné, la déesse de la lune, tomba amoureuse d’Endymion et demanda à Zeus de le faire dormir éternellement pour préserver sa beauté. Le Faune Barberini est une statue grecque en marbre de l'époque hellénistique (fin 3e siècle av. J.-C.) conservée à la Glyptothèque de Munich et représentant un satyre endormi.

 

Albert Bierstadt. The Rocky Mountains, Lander's Peak (1863)Albert Bierstadt. Vue des montagnes Rocheuses : le Lander's Peak (1863). Huile sur toile, 187 × 307 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « C’est en peignant les Rocheuses qu'Albert Bierstadt, né en Allemagne, se fit véritablement connaître comme le peintre de l’Ouest américain. Inspirée d’une expédition de 1859 en compagnie du colonel Frederic W. Lander, dans ce qui est de nos jours le Wyoming et l’Utah, cette toile contribua à promouvoir l’idée que la nation américaine avait ses propres frontières à conquérir, alimentant ainsi la conviction déjà très répandue d’une Manifest Destiny, ou destinée manifeste, selon laquelle les États-Unis étaient, par volonté divine, maîtres du continent. La composition symétrique est renforcée par de simples contrastes lumineux. On note au premier plan un campement d’Indiens shoshone. Acclamé par le public, ce grand tableau fit de Bierstadt un rival de Frederic Church, considéré jusque-là comme le premier des paysagistes américains. » (Commentaire MET)

 

Albert Bierstadt. Cho-looke, la chute de Yosemite (1864)Albert Bierstadt. Cho-looke, la chute de Yosemite (1864). Huile sur toile, 87 × 69 cm, Timken Museum of Art, San Diego, California. « Albert Bierstadt a acquis sa première notoriété grâce à une série de paysages représentant les Montagnes Rocheuses. Ces œuvres s'inspiraient d'esquisses réalisées lors d'une expédition du gouvernement américain chargée de cartographier une voie terrestre vers le Pacifique. En 1863, il entreprit un second voyage dans l'Ouest avec un groupe d'artistes pour se rendre dans la vallée de Yosemite. Ce tableau rend compte de l'ampleur spectaculaire et de la majesté naturelle des chutes de Yosemite. Au premier plan, près d'un bosquet de chênes et de cyprès, plusieurs hommes sont réunis autour de leur campement. Dans le coin droit de la toile figurent un parasol de peintre, une boîte de couleurs et d'autres objets que Bierstadt avait emportés lors de l'expédition. » (Commentaire Timken Museum of Art)

 

Albert Bierstadt. Une tempête dans les montagnes Rocheuses, le mont Rosalie (1866)Albert Bierstadt. Une tempête dans les montagnes Rocheuses, le mont Rosalie (1866). Huile sur toile, 211 × 361 cm, Brooklyn Museum, New York. « Albert Bierstadt était un maître de la mise en scène. Ici, il a recomposé les paysages emblématiques des Montagnes Rocheuses, en a amplifié les dimensions et y a ajouté des effets météorologiques spectaculaires pour captiver le public, à une époque où le continent nord-américain connaissait un développement rapide. L’exposition lucrative de grandes toiles aux éclairages théâtraux, comme celle-ci, préfigurait le cinéma d’aujourd’hui.
En 1863, Bierstadt a réalisé des études sur le vif pour cette œuvre, qu’il a achevée dans son atelier new-yorkais. Le tableau revêtait une signification personnelle : le mont Rosalie (aujourd’hui le mont Evans) avait été baptisé ainsi par l’artiste en l’honneur de Rosalie Osborne Ludlow – épouse de son compagnon de voyage –, qu’il épousera en 1866 après le divorce de celle-ci. » (Commentaire Brooklyn Museum)

 

Albert Bierstadt. Le mont Cervin (v. 1867)Albert Bierstadt. Le mont Cervin (v. 1867). Huile sur toile, 55 × 75 cm, Dallas Museum of Art, Texas. « Le sommet déchiqueté et enneigé du Cervin, qui se dresse majestueusement au-dessus d'une vallée peuplée de pins finement détaillés, est caractéristique des paysages très appréciés d'Albert Bierstadt. L'artiste a réalisé cette œuvre alors qu'il profitait de sa célébrité en Europe, après s'être fait connaître à la fin du XIXe siècle pour ses représentations de l'Ouest américain, région qu'il avait visitée lors d'expéditions d'exploration en 1859 et 1863. Fondés sur une expérience directe mais retravaillés en atelier, les paysages spectaculaires de Bierstadt ont suscité l'enthousiasme du public, tant aux États-Unis qu'en Europe, avide de découvrir des lieux inconnus. » (Commentaire Dallas Museum of Art)

 

Albert Bierstadt. Paysage des Montagnes Rocheuses (1870)Albert Bierstadt. Paysage des Montagnes Rocheuses (1870). Huile sur toile, 93 × 139 cm, Maison Blanche, Washington. « Bierstadt possédait un sens aigu du spectaculaire et était passé maître dans l’art de transformer de manière créative quelques compositions de base. Il adopte des procédés propres au théâtre. Il met la scène en valeur en faisant contraster le premier plan et les côtés sombres avec le ciel et l’eau baignés de lumière. Le regard se déplace dans l’espace par étapes diagonales, depuis la famille de cerfs (les seuls éléments animés du tableau) située légèrement à droite du centre, jusqu’au bosquet d’arbres, puis vers le rocher en forme de cathédrale qui s’élève de l’autre côté de l’eau. Enfin, les sommets enneigés les plus éloignés sont visibles en haut à gauche, au centre. Sur ce fond, Bierstadt développe un jeu curviligne à travers les courbes en forme de coupe des rochers et des rives du lac. Avec la clarté et la profondeur spatiale d’une vue stéréographique (son utilisation de la photographie est bien documentée), il captive notre regard […]
Les cascades ne suggèrent ni bruit ni mouvement ; les immenses bancs de nuages sont figés dans leur ascension ; l’eau calme du lac reflète les rochers et les ancre à la rive au premier plan à travers un jeu complexe et magnifique de reflets.
Nous n’osons pas bouger, de peur de perdre ce rêve éveillé. Il n’y a personne d’autre que nous ; nous sommes tombés par hasard sur une vallée cachée. Le jeu d’ombre et de lumière renforce cette illusion. Autour d’un noyau de lumière, l’artiste a drapé un manteau sombre, isolant ainsi ce lieu extraordinaire du monde civilisé.
Source : William Kloss, et al., Art in the White House, New York : Abrams, 1992. » (Commentaire The White House Historical Association)

 

Albert Bierstadt. Printemps californien (1875)Albert Bierstadt. Printemps californien (1875). Huile sur toile, 138 × 214 cm, de Young Museum, San Francisco. « California Spring d’Albert Bierstadt était basé sur des croquis qu’il avait réalisés lors de ses visites dans la région de la baie de San Francisco (1871-1873). Cette vue luxuriante sur la vallée de la rivière Sacramento aurait convaincu les spectateurs – et les colons potentiels – que la Californie était propice à la fois à l’habitation et à la culture.
Le climat réel de la Californie a été tourné en dérision dans le poème de Bret Harte California Madrigal : A l'approche du printemps (vers 1871) : “Oh viens, mon bien-aimé ! de ta demeure d'hiver, de ta maison sur la Yuba, ton ranch débordait ; Car les eaux sont tombées, l’hiver s’est enfui, et la rivière est revenue à son lit. Alors vole avec moi, mon amour, avant que l'été ne commence, Et que le mercure monte à cent un ; Avant que l’herbe si verte ne soit fanée et brûlée, au printemps qui ne dure qu’un mois par an. ” [Bret Harte, East and West (Whitefish, MT : Kessinger Publishing, 2004, 65.] » (Commentaire de Young Museum)

 

Albert Bierstadt. Le rivage de la mer turquoise (1878)Albert Bierstadt. Le rivage de la mer turquoise (1878). Huile sur toile, 108 × 164 cm, collection particulière. Son épouse Rosalie étant atteinte de la tuberculose, le couple passe les hivers à Nassau, aux Bahamas. Les paysages maritimes deviennent un sujet pour le peintre et celui-ci figure parmi les plus célèbres. Une énorme vague a renversé une embarcation dont on aperçoit le mât. La composition utilise le contraste entre les tons chauds du rivage au premier plan et les tons froids de la mer sur un arrière-plan de ciel menaçant et très sombre. La lumière du soleil parvient à percer les nuages pour éclairer la mer et faire ressortir sa couleur turquoise. Le tableau évoque ainsi la fragilité de l’être humain confronté à la beauté et à la puissance de la nature.

 

Albert Bierstadt. Chaîne côtière en Alaska (v. 1889)Albert Bierstadt. Chaîne côtière en Alaska (v. 1889). Huile sur papier marouflé sur carton, 35 × 49 cm, Smithsonian American Art Museum, Washington. « En 1889, Albert Bierstadt traverse l'ouest du Canada à bord du Canadian Pacific Railway. Il fait route vers l'Alaska en bateau à vapeur, en quête de “lieux sauvages montagneux”, mais fait naufrage dans la baie de Loring. Il vit alors avec les autres passagers dans des habitations autochtones et remplit deux carnets de dessins et de peintures représentant les paysages environnants. (Anderson et Ferber, Albert Bierstadt : Art and Enterprise, 1990) Cette composition représentant le littoral de l'Alaska est une esquisse à l'huile, probablement réalisée sur le vif en guise d'étude pour une œuvre ultérieure. Les tons froids et les fines couches de peinture évoquent l'atmosphère brute de la nature sauvage où Bierstadt s'est retrouvé bloqué. » (Commentaire Smithsonian American Art Museum)

 

Indiens d’Amérique

 

Albert Bierstadt. Études de chefs amérindiens réalisées à Fort Laramie (v. 1859)Albert Bierstadt. Études de chefs amérindiens réalisées à Fort Laramie (v. 1859). Huile et graphite sur papier, 33 × 43 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Bierstadt arrive à Fort Laramie, dans l'actuel Wyoming, en juin 1859, en tant que membre de l'expédition menée par le colonel Frederic W. Lander vers la partie occidentale du territoire du Nebraska ; cette période est marquée par des tensions entre les Lakotas (Sioux Teton) et le gouvernement des États-Unis. Sur place, Bierstadt réalise des croquis saisissants des populations autochtones qu'il rencontre, dont cette représentation puissante de quatre chefs. L'artiste observe et consigne avec soin l'habillement et la physionomie de chaque homme, inscrivant le nom de chacun sous son visage. Certaines figures masculines situées en bas à droite, au premier plan de la toile majeure issue de ce voyage, Les Montagnes Rocheuses, pic Lander (07.123), pourraient avoir été inspirées par cette étude. » (Commentaire MET)

 

Albert Bierstadt. Indiens à la pêche au harpon (1862)Albert Bierstadt. Indiens à la pêche au harpon (1862). Huile sur toile, 49 × 74 cm, Museum of Fine Arts, Houston, Texas. « Surtout connu pour ses peintures de l'Ouest américain, l'artiste d'origine allemande Albert Bierstadt a créé des paysages devenus des symboles de la grandeur de l'Amérique. Même dans cette œuvre de petit format, Bierstadt confère à la scène une dimension dramatique en mettant en valeur les formations rocheuses, les eaux cristallines et la chute d'eau impétueuse. Les trois Amérindiens installés dans le canoë – seule présence humaine du tableau – paraissent minuscules face à l'immensité du paysage, un parti pris visant à susciter un sentiment de sublime. Cette représentation empreinte de romantisme occulte la réalité de l'époque, marquée par le déplacement forcé de nombreuses populations amérindiennes hors de leurs terres ancestrales, ce qui a failli entraîner leur anéantissement. » (Commentaire Museum of Fine Arts, Houston)

 

Albert Bierstadt. Départ de guerriers indiens (1865)Albert Bierstadt. Départ de guerriers indiens (1865). Huile sur panneau, 44 × 62 cm, Tacoma Art Museum, Etat de Washington. « Paysage boisé traversé par une rivière au premier plan. Un groupe d'hommes amérindiens traverse la rivière à cheval, se dirigeant vers la gauche de l'image. Un groupe de tipis (teepees) est visible à l'arrière-plan. » (Commentaire Tacoma Art Museum)

 

Albert Bierstadt. Conseil des Indiens, Californie (v. 1872)Albert Bierstadt. Conseil des Indiens, Californie (v. 1872). Huile sur toile, 40 × 56 cm, Smithsonian American Art Museum, Washington. « Albert Bierstadt a passé deux ans en Californie au début des années 1870, réalisant des esquisses des paysages de Yosemite et de la Sierra Nevada. Fasciné par les Amérindiens rencontrés au cours de ses voyages, il a multiplié les croquis de leurs habitations, de leurs vêtements et de leurs armes, comme en témoigne ce tableau représentant un groupe de chefs amérindiens. Il estimait que le mode de vie des Amérindiens était “en voie de disparition rapide” et qu'il était de son devoir “de raconter sa part de leur histoire”. (Lettre de l'artiste, 10 juillet 1859, The Crayon, citée dans Anderson et Ferber, Albert Bierstadt: Art and Enterprise, 1990) » (Commentaire Smithsonian American Art Museum)

 

Animaux

 

Albert Bierstadt. Lumière dans la forêt (v. 1875-80)Albert Bierstadt. Lumière dans la forêt (v. 1875-80). Huile sur toile, 132 × 107 cm, collection particulière. « Bierstadt a probablement peint Lumière dans la forêt (titre moderne) entre le milieu et la fin des années 1870. Œuvre rare par son format vertical, le tableau est encadré par des arbres aux courbes élégantes, traités avec cette touche libre et expressive si caractéristique de ses paysages. Parallèlement, le centre de la toile demeure ouvert et accueillant, véritablement irradié par la lumière dorée d'un coucher de soleil qui se fond dans l'horizon en contrebas tout en s'étirant vers les nuages aux teintes rosées qui le surmontent. À partir de la fin des années 1850, Bierstadt intègre des cervidés dans nombre de ses tableaux américains pour donner une idée de l'échelle et susciter l'émotion, un motif qu'il reprendra sur ses toiles pendant le quart de siècle suivant, voire au-delà. Leur présence trouvait sans doute un écho auprès d'un public déjà familier d'illustrations populaires, telles que le frontispice de 1877 du périodique londonien classique The Family Friend, qui présentait ces animaux comme les symboles des paysages majestueux qu'ils peuplaient. Les cervidés figurant dans ce tableau ont été identifiés comme étant des wapitis, en raison de la fourrure plus sombre et plus longue qui s'étend le long de leur encolure. Si Bierstadt a continué à peindre “des montagnes sur des montagnes et d'innombrables vallées”, il est resté épris des plaines et des forêts américaines, de la faune et des Amérindiens qui les habitaient, ainsi que des levers et couchers de soleil enchanteurs qui élevaient ces paysages au rang de visions sublimes. » (Commentaire Sotheby’s)

 

Albert Bierstadt. Mouflon des Rocheuses ou mouflon canadien, Ovis, Montana (v. 1884)Albert Bierstadt. Mouflon des Rocheuses ou mouflon canadien, Ovis, Montana (v. 1884). Huile sur toile, 128 × 108 cm, collection particulière. « Baignée d'une lumière éclatante et offrant un panorama majestueux, l'œuvre Mouflon des Rocheuses ou mouflon canadien, Ovis, Montana témoigne de la compréhension qu'avait Bierstadt des spectacles grandioses et de la faune associées aux grands espaces sauvages américains. Dans ce tableau, Bierstadt met en scène de façon spectaculaire un magnifique mouflon d'Amérique, accompagné de plusieurs autres congénères en arrière-plan. L'animal adopte une pose royale, juché au sommet d'un rocher. Sa haute stature et son allure altière sont encore accentuées par un point de vue en contre-plongée, qui souligne également le caractère spectaculaire du relief. Tandis que la neige tombe doucement depuis les nuages sombres, des rayons de soleil percent la couverture nuageuse pour effleurer la fourrure du mouflon et frapper avec éclat le paysage enneigé. Cette lueur chaleureuse enveloppe et unifie l'ensemble de la composition, illustrant l'amour bien connu de Bierstadt pour le sublime dans la nature. » (Commentaire Christie’s)
Cette toile a été vendue 542 500 dollars par Christie’s en 2011.

 

Albert Bierstadt. Le dernier des bisons (1888-89)Albert Bierstadt. Le dernier des bisons (1888-89). Huile sur toile, 180 × 302 cm, National Gallery of Art, Washington. « Le dernier des bisons (The Last of the Buffalo) est la dernière grande toile d'Albert Bierstadt consacrée à l'Ouest américain. Avec ses dimensions d'environ 1,80 sur 3 mètres, elle égale en taille sa première œuvre monumentale à l'huile, Le Lac des Quatre-Cantons (1858), également conservée dans les collections de la National Gallery of Art. Ce paysage ambitieux réunit divers éléments esquissés par l'artiste lors de ses multiples expéditions dans l'Ouest. En raison de sa composition composite, la scène intègre de nombreux traits topographiques caractéristiques des Grandes Plaines : au premier plan, des bisons [ou des buffles] morts ou blessés gisent dans une prairie dorée et aride ; au plan intermédiaire, d'autres traversent une large rivière ; enfin, à l'arrière-plan, des troupeaux paissent à perte de vue, tandis que le paysage se déploie en prairies, collines, mesas et sommets enneigés. Ce paysage fertile abrite également une faune abondante, incluant wapitis, coyotes, antilopes d'Amérique (pronghorns), renards, lapins et même un chien de prairie, visible en bas à gauche.
Nombre de ces animaux tournent le regard vers la scène centrale : un homme à cheval engagé dans un combat contre un bison qui charge. Si l'artiste a représenté la flore et la faune avec une grande précision, sa mise en scène de cet affrontement – sur fond de troupeaux apparemment infinis – relève davantage de l'invention romantique que d'une représentation fidèle de la vie à la frontière. À l'époque où Bierstadt peint cette toile, le bison est au bord de l'extinction. Sa population est tombée à environ 1 000 individus, contre 30 millions au début du siècle. En parsemant le sol de crânes et d'ossements de bisons autour de ce combat mortel, Bierstadt crée ce qu'un spécialiste a qualifié de “ fiction magistralement conçue, abordant des enjeux contemporains” ; une œuvre qui évoque, voire déplore, la destruction causée par l'avancée de la colonisation. Toutefois, c'est au cours de cette même période que les initiatives visant à préserver le bison commencent à susciter un soutien croissant. En 1886, William T. Hornaday, taxidermiste à la Smithsonian Institution, se rend dans l'Ouest ; bouleversé par le massacre des bisons, il s'engage alors en faveur de leur préservation. Il rentre à Washington avec des spécimens destinés à la Smithsonian ainsi que des bisons vivants pour le National Zoo, qu'il contribue à fonder en 1889, soit un an après l'achèvement de la toile de Bierstadt. » (Commentaire NGA)

 

Albert Bierstadt. Orignal (après 1880)Albert Bierstadt. Orignal (après 1880). Huile sur toile, 127 × 110 cm, The Haggin Museum, Stockton, Californie. « Ce tableau rappelle que Bierstadt ne limitait pas sa production aux paysages. Au cours de ses voyages, il a réalisé de nombreuses études d'animaux sauvages et, à partir de la fin des années 1870, il en a parfois fait le sujet principal de ses œuvres. Ces créations le rapprochent de Rosa Bonheur, de Sir Edwin Landseer (1802-1873) et d'autres peintres animaliers majeurs du XIXe siècle.
Orignal (Moose) a probablement été peint après 1880, car l'animal au premier plan semble inspiré du mâle abattu par l'artiste cette année-là, près de la frontière du Maine. Fier d'avoir traqué et tué cet orignal mâle dont les bois se classaient au huitième rang mondial dans l'histoire de la chasse sportive, Bierstadt en fit naturaliser la tête pour l'accrocher au mur de son atelier.
Dans cette toile, l'artiste semble vouloir souligner la noblesse des bêtes de la forêt. Le mâle prend une pose majestueuse – rappelant le cerf du célèbre tableau de Landseer, Le Monarque de la vallée (1851) – alors qu'il passe de l'ombre à la lumière. Une douce lueur forme une auréole derrière les bois spectaculaires et, pour plus de réalisme, transparaît à travers les oreilles. La vue de trois quarts atténue les traits les plus disgracieux de l'orignal : son museau massif, son fanon pendant et sa bosse au niveau du garrot. Les pattes et le corps paraissent plus élancés, tandis que la tête conserve sa longueur caractéristique.
Bien qu'il ait conféré une certaine noblesse à l'orignal mâle, l'artiste démontre également sa connaissance approfondie de l'anatomie de ce grand ongulé. Il distingue les bois palmés typiques du mâle adulte des bois en pointe du jeune mâle (d'un an) représenté derrière lui. La femelle présente un profil un peu gauche, avec son nez charnu et sa bosse, bien que Bierstadt ait omis de peindre son fanon, ou cloche. Il place les animaux dans un cadre forestier approprié – l'habitat naturel de l'orignal – et met en scène, au premier plan, un bouleau blanc dont les brindilles et l'écorce constituent une part essentielle du régime alimentaire de l'animal. Il a opté pour un éclairage doux, car cette créature craintive est généralement plus active à l'aube et au crépuscule. Les feuilles rouges éparpillées évoquent l'automne, une saison qui concorde avec le développement complet des bois du mâle (ceux-ci poussent en avril et tombent en décembre ou janvier).
À l'époque où cette œuvre a été peinte, l'orignal était au bord de l'extinction aux États-Unis en raison de la chasse excessive. Vers le milieu des années 1890, un tollé général s'éleva enfin pour sauver ces animaux dont les populations périclitaient rapidement. Il est ironique que Bierstadt, en tant que chasseur, ait contribué à leur déclin spectaculaire, alors qu'en tant que peintre, il les célébrait comme des habitants naturels de la nature sauvage américaine. » (Commentaire The Haggin Museum)

 

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Albert Bierstadt
 

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