Bartholomeus van Bassen

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Patrick AULNAS

Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une église imaginaire (1639)Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une église imaginaire (1639)
Huile sur bois, 38 × 50 cm, collection particulière.

 

Biographie

1590-1652

Bartholomeus van Bassen est le fils de Cornelis van Bassen, décédé en 1590 à La Haye. On ignore sa date de naissance exacte, de même que son lieu de naissance. La ville d’Anvers était auparavant citée mais des recherches plus récentes conduisent à privilégier La Haye. L’année 1590 est considérée comme son année de naissance. On ne sait rien de sa formation.
Le premier document mentionnant l’activité artistique de Bartholomeus van Bassen est son enregistrement auprès de la Guilde de Saint-Luc de Delft le 21 octobre 1613. Cette guilde est la corporation des peintres et sculpteurs à laquelle il fallait appartenir pour exercer la profession. Van Bassen dut payer pour cet enregistrement 12 florins car il n’était pas né à Delft. Un peintre né à Delft payait seulement 6 florins. Son œuvre connue la plus ancienne date de 1614.

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une cathédrale gothique (1614)Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une cathédrale gothique (1614)
Huile sur toile, 105 × 137 cm, collection particulière.

 

En 1622, van Bassen s’inscrit à la Guilde de Saint-Luc de La Haye. Le 28 janvier 1624, il épouse Aeltje Pieters van Gilst à La Haye. Le couple aura un fils, Arnoud. En 1627, il devient doyen de la guilde de La Haye.
L'association des fonctions d'architecte et de peintre était fréquente aux 16e et 17e siècles. Bartholomeus van Bassen fut un architecte très apprécié dans la décennie 1630. Entre 1629 et 1634, Frédéric-Henri, prince d’Orange (1584-1647), comte de Nassau et stadthouder (dirigeant politique et militaire), lui commande la conception de deux palais situés en Hollande méridionale : le palais Honselaarsdijk (à Honselersdijk) et le palais Ter Nieuwburgh (à Rijswijk). 
Frédéric V du Palatinat (1596-1632), roi de Bohême déchu, fit construire entre 1630 et 1631 à Rhenen un palais selon un projet de van Bassen. Ce palais fut démoli en 1812. La réputation d’architecte de Van Bassen aboutit à sa nomination comme surintendant des bâtiments municipaux de La Haye en 1638 puis comme architecte de la ville en 1639. Il préside également la Guilde de Saint-Luc de La Haye à deux reprises, en 1636 et 1640.
En tant qu’architecte municipal, van Bassen participe à la restauration de l’hôtel de ville et à la construction de la Nieuwe Kerk (nouvelle église). Cette église, construite de 1649 à 1656 et située au centre de la ville, devait remplacer la Grote Kerk, devenue trop petite.

 

La Nieuwe Kerk de La Haye aujourd’huiLa Nieuwe Kerk de La Haye aujourd’hui

 

L’atelier de peinture de Bartholomeus van Bassen à La Haye accueillait des élèves. Les plus connus sont les peintres Gerard Houckgeest (1600-1661) et Jan van der Vucht (1603-1637). Van Bassen meurt La Haye le 28 novembre 1652 et il est inhumé dans la Grote de Sint-Jacobskerk, une très ancienne église se trouvant dans le centre de la ville. 

Œuvre

L’œuvre de Bartholomeus van Bassen est axée sur la peinture d’architecture, apparue aux Pays-Bas à la fin du 16e siècle et qui se développe au 17e siècle. Certains peintres s’accordent une grande liberté et imaginent des architectures, par exemple des intérieurs d’églises. Ils peuvent représenter des constructions réelles, mais sans exactitude géométrique. Van Bassen appartient à cette catégorie d’artistes. D’autres, au contraire, recherchent l’exactitude et passent un temps important à étudier des palais ou églises afin de les représenter de façon réaliste. Pieter Saenredam (1597-1665) appartient à cette seconde catégorie.

 

Bartholomeus van Bassen. Le tombeau de Guillaume le Silencieux dans une église imaginaire (1620)Bartholomeus van Bassen. Le tombeau de Guillaume le Silencieux dans une église imaginaire (1620)
Huile sur toile, 112 × 151 cm, Szépművészeti Múzeum, Budapest.

 

Bartholomeus van Bassen est également l’auteur de scènes de genre, principalement de banquets, se déroulant dans un cadre majestueux lui permettant de mettre en valeur l’architecture de la pièce très vaste où se déroule la scène. Ces tableaux comportent souvent une dimension morale, difficile à analyser aujourd’hui, reposant sur la signification cachée de certains éléments du tableau. Van Bassen réalisait la partie de la composition portant sur l’architecture et la décoration de la pièce. Les figures étaient souvent l’œuvres d’autres artistes.

Bartholomeus van Bassen et Esaias van de Velde. Intérieur Renaissance avec banqueteurs (1618-22)Bartholomeus van Bassen et Esaias van de Velde. Intérieur Renaissance avec banqueteurs (1618-22)
Huile sur bois, 58 × 87 cm, North Carolina Museum of Art, Raleigh.

 

Intérieurs d’églises

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une cathédrale gothique (1614)Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une cathédrale gothique (1614). Huile sur toile, 105 × 137 cm, collection particulière. « Cette œuvre datée de 1614 est la plus ancienne peinture connue de l’artiste. Elle est clairement basée sur les œuvres des artistes anversois Pieter Neefs l’Ancien et Hendrick van Steenwijk l’Ancien. L’intérieur représenté est probablement censé représenter la cathédrale d’Anvers. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

Bartholomeus van Bassen. Le tombeau de Guillaume le Silencieux dans une église imaginaire (1620)Bartholomeus van Bassen. Le tombeau de Guillaume le Silencieux dans une église imaginaire (1620). Huile sur toile, 112 × 151 cm, Szépművészeti Múzeum, Budapest. Guillaume Ier d'Orange-Nassau, dit Guillaume le Silencieux ou le Taciturne (1533-1584) est le père fondateur des Pays-Bas et le principal artisan de la révolte des Provinces-Unies contre l'Espagne.
« Dans ce tableau, l'intérieur imaginaire d'une église gothique sert d'écrin au monument funéraire de Guillaume le Taciturne (1533-1584). Vu du chœur, dont les stalles occupent le premier plan à gauche, le monument est placé à la croisée du transept, masquant partiellement la vue sur la nef. À droite du tombeau, le transept s'ouvre sur un bas-côté ou une chapelle. La simplicité des murs blancs et l'absence de toute iconographie religieuse suggèrent qu'il s'agit d'une église protestante. L'homme vêtu d'un élégant costume rouge, au premier plan, tourne le dos au spectateur et fait face au tombeau, nous invitant ainsi à entrer dans la scène, tandis que d'autres personnages richement vêtus déambulent et conversent nonchalamment. Ces figures ont été attribuées à Esaias van de Velde (1587-1630), avec lequel Van Bassen a fréquemment collaboré […]
On a souvent remarqué que les intérieurs de Van Bassen paraissent plus réalistes que ceux de ses prédécesseurs flamands. Cela résulte principalement de sa prise de conscience que la lumière et l'atmosphère sont aussi importantes que les systèmes de perspective pour créer une illusion convaincante d'espace tridimensionnel. La génération suivante de peintres d'architecture de Delft, tels que Gerard Houckgeest, élève de Van Bassen, ainsi que Hendrick van Vliet et Emmanuel de Witte, a développé cette approche plus en profondeur après 1650.
Le tombeau de Guillaume le Taciturne se trouve dans la Nieuwe Kerk de Delft, où le monument est placé dans le chœur et l'effigie du prince assis fait face à la nef. Dans le tableau présenté ici, Van Bassen a fait pivoter le tombeau de 180 degrés et l'a agrandi par rapport à l'intérieur de l'église, lui conférant ainsi une présence plus imposante. Le tombeau fut commandé par les États généraux en mémoire du “Père de la Patrie”, Guillaume le Taciturne, assassiné à sa résidence, le Prinsenhof, à Delft, en 1584. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une église imaginaire (1627)Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une église imaginaire (1627). Huile sur toile, 99 × 123 cm, Brighton & Hove Museums. « Vue de la nef centrale d'une église baroque. Plusieurs personnages masculins richement vêtus et coiffés de chapeaux à larges bords se tiennent sur le sol carrelé. Un prêtre se tient devant un autel à gauche, tandis que deux personnages sont agenouillés. L'église imaginaire est une fantaisie architecturale inspirée des églises italiennes du XVIe siècle et des exercices de perspective de J.V. de Vries publiés en 1604 et 1628. Les personnages pourraient être de Palamedes. » (Commentaire VADS)

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur de Saint Cunerakerk, Rhenen (1638)Bartholomeus van Bassen. Intérieur de Saint Cunerakerk, Rhenen (1638). Huile sur bois, 61 × 86 cm, National Gallery, Londres. « L'église que nous examinons ici, la Cunerakerk, domine toujours la petite ville de Rhenen, aux Pays-Bas. Bartholomeus van Bassen était un expert en peinture d'intérieurs d'églises, y ajoutant souvent des détails inventifs, bien qu'il ait fait appel à d'autres artistes pour peindre les personnages.
La Cunerakerk était bien connue des pèlerins du Moyen Âge, car elle abritait des reliques de la sainte Cunera, une figure obscure mais vénérée. Au XVIIe siècle, l'église devint la chapelle de la cour de Frédéric V, électeur palatin et roi de Bohême en exil, et de son épouse Élisabeth Stuart. Van Bassen, également architecte de talent, fut chargé de transformer le couvent adjacent à la Cunerakerk en un somptueux palais d'hiver pour les souverains exilés. » (Commentaire National Gallery)

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une église imaginaire (1639)Bartholomeus van Bassen. Intérieur d’une église imaginaire (1639). Huile sur bois, 38 × 50 cm, collection particulière. Le peintre laisse vaguer son imagination pour produire un intérieur d’église n’existant nulle part. L’effet de perspective provient de l’alignement des piliers et du dallage au sol, techniques utilisées depuis au moins le 15e siècle. Les personnages permettent de fournir une indication sur la grandeur et la majesté de l’édifice.

 

Intérieurs de palais et banquets

 

Bartholomeus van Bassen et Esaias van de Velde. Intérieur Renaissance avec banqueteurs (1618-22)Bartholomeus van Bassen et Esaias van de Velde. Intérieur Renaissance avec banqueteurs (1618-22). Huile sur bois, 58 × 87 cm, North Carolina Museum of Art, Raleigh. « Cet intérieur fantaisiste, de style dit de cour hollandaise, est le fruit d'une collaboration entre l'architecte et peintre Bartholomeus van Bassen et le peintre novateur Esaias van de Velde, spécialiste de la figure et du paysage. La perspective exagérée de la pièce, ses détails architecturaux et son mobilier somptueux offrent un cadre saisissant à des convives absorbés par les plaisirs de l'instant.
Cependant, de nombreux motifs symboliques permettaient aux spectateurs de l'époque de s'instruire autant que de se divertir. Le contraste le plus frappant est la rencontre amoureuse d’un homme (le Fils prodigue de la parabole biblique ?) et de deux femmes au premier plan, et le tableau représentant l'adoration des bergers, accroché au mur du fond. Tout aussi instructives sont les références au hasard et à la consommation (les cartes à jouer et les coquilles d'huîtres), au confort et à la lassitude (le coussin), à l'ostentation (la tourte à la paonne), à la luxure (le singe en laisse) et aux bavardages futiles (le perroquet). » (Commentaire North Carolina Museum of Art)

 

Bartholomeus van Bassen. Lazare dans le palais du riche (1620-30)Bartholomeus van Bassen. Lazare dans le palais du riche (1620-30). Huile sur bois, 84 × 111 cm, Alte Pinakothek, Munich. Van Bassen illustre la parabole chrétienne de Lazare et du riche, figurant dans l’Évangile selon Luc, chapitre 16, versets 19 à 31. En voici le début :
« 19 - Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. 20 - Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères, 21 - et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères. 22 - Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. »
Autrement dit, le mauvais riche va en enfer et le bon pauvre au paradis. Van Bassen place Lazare assis sur le sol au premier plan. Le riche, servi à table, ne s’intéresse pas à Lazare. Le palais imaginaire est traité avec une perspective centrale ouverte sur la ville qui apparaît à l’arrière-plan.

 

Bartholomeus van Bassen. Scène de fête (1605-1652)Bartholomeus van Bassen. Scène de fête (1605-1652). Huile sur bois, 94 × 125 cm, Statens Museum for Kunst, Copenhague. Le tableau recèle sans aucun doute une signification morale peu perceptible aujourd’hui. Six couples homme-femme sont en effet en discussion, mais la religion chrétienne était particulièrement obsédée par le “péché de chair”. Un bouquet de fleurs, gigantesque et totalement fictif, a été placé à droite, qui pourrait représenter la prétention excessive liée à la richesse.

 

Autres compositions

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur de la grande salle du Binnenhof (v. 1651)Bartholomeus van Bassen. Intérieur de la grande salle du Binnenhof (v. 1651). Huile sur bois, 52 × 66 cm, Maurtishuis, La Haye. Le tableau représente l’intérieur de la Grande Salle du Binnenhof à La Haye, lors de la Grande Assemblée des États généraux en 1651. Le Binnenhof était et est encore un ensemble de bâtiments abritant les représentants du pouvoir politique néerlandais (législatif et exécutif). Au 17e siècle, la chambre des États généraux abritait les représentants des dix-sept provinces appartenant la République des Provinces-Unies.
Le Rijksmuseum, qui possède aussi un exemplaire de cette œuvre, la commente ainsi :
« Voici la Ridderzaal (Salle des Chevaliers) du Binnenhof à La Haye. Des drapeaux des Pays-Bas méridionaux et d'Espagne, capturés pendant la guerre, sont suspendus au plafond. Les représentants des dix-sept provinces de la République des Provinces-Unies sont réunis dans la salle. À la mort du stathouder Guillaume II, fils de Frédéric Henri, fin 1650, la plupart des provinces décident le 21 août 1651, après de longues délibérations, de ne pas nommer de nouveau stathouder.
La guerre est finie et, selon leur avis, le pays est parfaitement capable d'affronter l'avenir sans les Orange. » 

 

Bartholomeus van Bassen. Intérieur avec cinq femmes (1630-52)Bartholomeus van Bassen. Intérieur avec cinq femmes (1630-52). Huile sur bois, 94 × 142 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. « Dans un intérieur majestueux, cinq femmes confectionnent des décorations florales. Aux Pays-Bas, on appelle klopjes les femmes catholiques ayant fait vœu de chasteté. Contrairement aux religieuses, les klopjes participaient activement à la vie sociale et nombre d’entre elles faisaient carrière dans l’enseignement. Les klopjes choisissaient de ne pas se marier, donnant ainsi un sens différent à leur existence. » (Commentaire Rijksmuseum)

 

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