Vittore Carpaccio

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Biographie

v. 1465 – v. 1525

On ignore presque tout de la vie de Vittore Carpaccio. Sa date et son lieu de naissance ne sont pas connu de façon certaine. Vasari fait rapidement allusion à lui sous le nom de Vittore Scarpaccia (*). Il naît vers 1465 et pourrait être le fils de Pietro Scarpazza, maroquinier de Venise. La famille semble être originaire de l’île de Mazzorbo dans la lagune de Venise.

Sa formation se situe évidemment à la fin du 15e siècle, entre 1485 et 1495. Les historiens considèrent en analysant son œuvre qu’il a subi l’influence de Gentile Bellini (1429-1507), portraitiste célèbre et peintre de la vie quotidienne et de l’architecture vénitiennes. Un autre artiste, Antonello de Messine (v. 1430-1479), est couramment cité pour situer le travail de Carpaccio.

Ayant subi l’influence flamande, Carpaccio s’est probablement déplacé en Italie, en dehors de la Vénétie (Rome, Florence), pour étudier le réalisme de la peinture de l’Europe du nord. Certains auteurs ont également évoqué un séjour au Proche-Orient (Constantinople) avec Gentile Bellini, mais cela reste conjectural.

Le travail pour les scuole (école) caractérise la pratique artistique de Carpaccio tout au long de sa vie. Une scuola est une sorte de confrérie regroupant les individus en fonction de critères complexes et variés. Elles ont un caractère mi-laïc, mi-religieux. L’activité des scuole a une dimension sociale (charité, philanthropie, solidarité) et artistique (mécénat, commandes d’œuvres d’art). Les scuole grandi, les plus riches et les plus prestigieuses, regroupent les notables et les patriciens. Les scuole piccole regroupent les artisans par spécialité, les étrangers par origine géographique ou encore des personnes vénérant un saint. Le nombre de scuole a explosé au 15e siècle pour atteindre presque 300.

Il est donc possible de retracer les étapes de l’activité de Carpaccio en suivant les travaux réalisés pour les scuole. Ainsi, entre 1490 et 1496 il peint pour la Scuola di Sant’Orsola huit toiles représentant des épisodes de la vie de sainte Ursule.

 

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés, détail (1495)

Vittore Carpaccio. La légende de sainte Ursule. Rencontre des fiancés, détail (1495)

Huile sur toile, 280 × 611 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise.

 

A partir de 1494, il collabore avec Gentile Bellini, Lazzaro Bastiani et Giovanni Mansueti pour réaliser la décoration des somptueux locaux de la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista. Voici une image de la salle capitulaire qui accueillait les assemblées générales de la confrérie. Elle permet d’apprécier les moyens financiers des scuole grande.

 

Scuola Grande di San Giovanni Evangelista. Salle capitulaire

Scuola Grande di San Giovanni Evangelista. Salle capitulaire

 

Entre 1501 et 1503, Carpaccio travaille pour la Scuola Dalmata di San Giorgio degli Schiavoni pour laquelle il réalise sept tableaux de grandes dimensions, dont une Vision de saint Augustin, chef d’œuvre de pureté et d’harmonie.

 

Vittore Carpaccio. La vision de saint Augustin (1502)

Vittore Carpaccio. La vision de saint Augustin (1502)

Huile sur toile, 141 × 210 cm, Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, Venise.

 

Entre 1504 et 1508, il traite les Histoires de la Vierge pour la Scuola di Santa Maria degli Albanesi. Ce cycle de cinq toiles est en général jugé inférieur aux travaux précédents car l’intervention des collaborateurs de l’atelier de Carpaccio est devenue prépondérante et apparente. Entre 1510 et 1520, le peintre se consacre à des retables d’autels. Les dernières œuvres restent imprégnées du style de la fin du 15e siècle et ne peuvent rivaliser avec les innovations de la peinture vénitienne de l’époque (Giorgione, Titien).

Vittore Carpaccio meurt à Venise ou à Capo d’Istria (aujourd’hui Koper en Slovénie) vers 1525.

 

Œuvre

Vittore Carpaccio est un peintre qui ne peut être rattaché aux dominantes picturales de son époque. Sa profonde originalité résulte de quelques caractéristiques essentielles de son œuvre que l’on peut tenter de schématiser.

  • Les épisodes religieux, qui constituent le thème omniprésent de la peinture de l’époque, sont souvent placés dans un environnement urbain réaliste directement inspiré de la Venise de la fin du 15e siècle. Cette préfiguration lointaine des vedute du 18e siècle ne trouve d’équivalent que dans la peinture de Gentile Bellini, qui influença Carpaccio.

 

Vittore Carpaccio. Le Miracle de la Sainte Croix au Rialto (v. 1496)

Vittore Carpaccio. Le Miracle de la Sainte Croix au Rialto (v. 1496)

Huile sur toile, 365 × 389 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise.

 

  • Le paysage est valorisé. Il n’est pas seulement un décor d’arrière-plan mais constitue un élément essentiel de la composition. Traité avec minutie, il est inspiré de la peinture flamande et comporte de nombreux détails réalistes (végétation, animaux, architecture)

 

Vittore Carpaccio. Jeune chevalier dans un paysage (1505)

Vittore Carpaccio. Jeune chevalier dans un paysage (1505)

Huile sur toile, 218 × 151 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid.

 

  • Les grands cycles picturaux réalisés pour les scuole ont un caractère narratif marqué. Une même toile peut comporter plusieurs épisodes successifs représentant les personnages à des moments différents du temps.

 

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés et départ des pèlerins (1495)

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés et départ des pèlerins (1495)

Huile sur toile, 280 × 611 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise.

 

  • D’un point de vue stylistique, Carpaccio possède un sens de l’espace unique à l’époque. Ses vastes compositions s’appuient sur une parfaite maîtrise de la perspective. Il utilise des composantes architecturales pour marquer les lignes de fuite (arcades, pavement). Les tableaux de très grande largeur (plus de six mètres parfois) sont structurés par une géométrisation poussée des édifices faisant ressortir les verticales, de façon à compenser visuellement l’horizontalité du format. Elles baignent dans une lumière atténuée résultant d’un riche chromatisme qui sera l’une des caractéristiques de la peinture vénitienne du 16e siècle.

 

La légende de sainte Ursule (commanditaire : Scuola di Sant’Orsola)

Carpaccio réalise entre 1590 et 1596 pour le Scuola di Sant’Orsola huit toiles de très grandes dimensions représentant des épisodes de la vie de sainte Ursule. La légende de Sainte Ursule a été fixée par Jacques de Voragine (v. 1228-1298), chroniqueur italien du Moyen Âge, archevêque de Gênes, dans son ouvrage La Légende dorée qui retrace la vie de nombreux saints. Ursule est une princesse des Cornouailles (Angleterre) du 3e ou 4e siècle qui fuit son prétendant. Pour cela, elle accomplit un pèlerinage de trois ans auprès de Saint Cyriaque de Rome. Capturée par les Huns à son retour, elle refuse d’épouser leur chef Attila et d’abjurer sa foi. Avec ses suivantes, les onze mille vierges, elle est alors criblée de flèches par les Huns qui assiègent Cologne.

Les tableaux de Carpaccio n’ont pas été réalisés chronologiquement en respectant les étapes de la légende.

Vittore Carpaccio. Arrivée des ambassadeurs anglais (1490-96)

Vittore Carpaccio. Arrivée des ambassadeurs anglais (1490-96). Huile sur toile, 275 × 589 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Il s’agit du premier épisode de la légende. Les ambassadeurs anglais arrivent à la cour du roi de Bretagne (Cornouailles) pour demander la main d’Ursule. Au centre, le roi reçoit les ambassadeurs qui s’agenouillent devant lui. A droite, dans la chambre d’Ursule, le roi et sa fille sont en conversation, tandis qu’une gouvernante garde l’escalier permettant d’accéder à la chambre. Cette narration par l’image est placée dans un cadre architectural typiquement vénitien, bien qu’il soit impossible de retrouver un bâtiment réel. Cette manière unique de conjuguer un épisode religieux et le cadre de la vie quotidienne à Venise constitue l’originalité de Carpaccio.

 

Vittore Carpaccio. Arrivée des ambassadeurs anglais, détail (1490-96)

Vittore Carpaccio. Arrivée des ambassadeurs anglais, détail (1490-96). Carpaccio s’inspire bien entendu de ce qu’il connaît, c'est-à-dire les cérémonies officielles vénitiennes. Comme le doge de Venise, le roi est entouré de ses conseillers. Le mur est recouvert de tentures en cuir ornées de pierres précieuses. Une vaste perspective s’ouvre sur la ville, dominée par une construction surélevée d’un dôme. L’édifice, typiquement vénitien, rappelle la basilique Santa Maria della Salute qui n’a pourtant été construite qu’au 17e siècle.

 

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés et départ des pèlerins (1495)

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés et départ des pèlerins (1495). Huile sur toile, 280 × 611 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Le tableau a encore un caractère narratif. Carpaccio a voulu y placer plusieurs scènes successives concernant le départ de sainte Ursule. Au premier plan, les scènes se succèdent de gauche à droite. A gauche du drapeau, le fiancé d’Ursule prend congé de son père. A droite, les deux fiancés se rencontrent pour la première fois. A l’extrême-droite, les fiancés prennent congé des parents d’Ursule. A l’arrière-plan, le bateau quitte le port avec les pèlerins. Le peintre s’est inspiré de l’architecture vénitienne pour les bâtiments situés à droite. L’ambiance générale correspond à une fête populaire avec des rues encombrée par la foule. Tout autant que l’illustration d’une légende, il s’agit d’une représentation d’un évènement important tel qu’il pouvait se dérouler dans la cité des doges, bien que l’épisode ne se situe pas à Venise.

 

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés, détail (1495)

Vittore Carpaccio. Rencontre des fiancés, détail (1495). Huile sur toile, 280 × 611 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Ce détail permet d’apercevoir le minutieux travail de Carpaccio sur les étoffes et les chevelures.


 

Le Miracle de la Sainte Croix (commanditaire : Scuola Grande di San Giovanni Evangelista)

Entre 1496 et 1501, la Scuola Grande San Giovanni Evangelista fait appel à des peintres vénitiens réputés (Pietro Perugino, Vittore Carpaccio, Gentile Bellini, Giovanni Mansueti, Lazzaro Bastiani et Benedetto Diana) pour peindre neuf toiles consacrées aux miracles de la Sainte Croix et destinées à orner la salle capitulaire de la scuola. Selon une légende chrétienne, le bois de la croix sur laquelle Jésus-Christ a été crucifié aurait été retrouvé par sainte Hélène au 4e siècle. Au Moyen Âge, beaucoup de sanctuaires prétendent détenir une relique provenant de cette Vraie Croix et possédant un pouvoir miraculeux.

Outre leur aspect purement pictural, l’intérêt de ces tableaux se situe dans la représentation plus ou moins réussie de la Venise de l’époque. Celui de Carpaccio se distingue par son réalisme et son animation.

Vittore Carpaccio. Le Miracle de la Sainte Croix au Rialto (v. 1496)

Vittore Carpaccio. Le Miracle de la Sainte Croix au Rialto (v. 1496). Huile sur toile, 365 × 389 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Le thème est la guérison d'un possédé par le Patriarche Francesco Querini, dans son palais du Rialto, par l'intercession de la relique de la Sainte Croix. Le miracle a lieu dans la loggia située dans la partie supérieure gauche. Mais cette anecdote a peu d’importance. C'est la vue de Venise en 1492 qui nous intéresse aujourd’hui. Le pont du Rialto est encore en bois. Il sera incendié peu après. Les cheminées à cloche renversée, typiques de Venise, apparaissent sur tous les bâtiments. Les gondoles sont couvertes pour se protéger du soleil de l’été.

 

Histoires des saints Georges, Tryphon et Jérôme (commanditaire : Scuola Dalmata di San Giorgio degli Schiavoni)

Entre 1502 et 1507, Carpaccio est chargé par la Scuola Dalmata di San Giorgio degli Schiavoni de réaliser sept toiles destinées au siège de la scuola où elles sont encore aujourd’hui. Les tableaux doivent illustrer des épisodes de la vie des saints patrons de la confrérie (Georges, Tryphon et Jérôme) tirés d’écrits de la tradition chrétienne comme, par exemple, La légende dorée de Jacques de Voragine.

Vittore Carpaccio. La vision de saint Augustin (1502)

Vittore Carpaccio. La vision de saint Augustin (1502). Huile sur toile, 141 × 210 cm, Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, Venise. Augustin d’Hippone (354-430) est un philosophe et théologien chrétien dont l’œuvre a eu une influence déterminante sur le christianisme occidental. Jérôme de Stridon (vers 347-420), contemporain d’Augustin, est également un lettré, traducteur de la Bible. Les deux hommes ont échangé une correspondance. Le tableau saisit Augustin écrivant à Jérôme pour l’informer de sa mort imminente. A ce moment, il entend la voix de saint Jérôme venant du ciel et se tourne vers la fenêtre. La composition allie une pureté sans égale et un réalisme dans le détail qui signe l’influence flamande. La pièce dans laquelle travaille saint Augustin n’a strictement rien à voir avec la réalité vécue par le théologien, mais représente le lieu idéal de réflexion d’un humaniste et d’un esthète du début du 16e siècle. En conjuguant une géométrisation très réfléchie et un travail des plus délicats sur l’ombre et la lumière, Carpaccio a sans aucun doute réalisé un de ses chefs-d’œuvre.

 

Vittore Carpaccio. Saint Jérôme et le lion (1502)

Vittore Carpaccio. Saint Jérôme et le lion (1502). Huile sur toile, 141 × 211 cm, Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, Venise. Dans La Légende dorée (1261-1266) Jacques de Voragine raconte que saint Jérôme aurait rencontré dans le désert un lion blessé à la patte par une épine. Le lion laisse Jérôme le soigner et il devient l’animal de compagnie du saint. Carpaccio situe l’épisode légendaire dans un cadre vénitien dont l’architecture forme l’arrière-plan. Le lion apprivoisé de saint Jérôme effraie des moines visiblement contemporains du peintre, mais un peu en retrait, des personnages portant le turban rappellent malgré tout que la scène est censée se dérouler en Orient.

 

Histoires de la Vierge (commanditaire : Scuola di Santa Maria degli Albanesi)

Entre 1504 et 1508, Carpaccio peint six toiles pour la Scuola di Santa Maria degli Albanesi sur le thème des Histoires de la vie de la Vierge. De plus petites dimensions que celles des précédents cycles, ces toiles sont aussi considérées généralement comme de qualité inférieure pour deux raisons. D’une part, les aides de l’atelier du peintre ont beaucoup collaboré à la réalisation, avec un talent inégal. D’autre part, Carpaccio manquait sans doute de motivation face aux innovations picturales apparaissant dans la Venise de l’époque, notamment la peinture de Giorgione, particulièrement appréciée des patriciens. Carpaccio ne parvient pas à se départir d’un style très 15e siècle influencé par l’art flamand. Certains tableaux sont cependant des chefs-d’œuvre, dont voici deux exemples.

Vittore Carpaccio. La naissance de la Vierge (1504-08)

Vittore Carpaccio. La naissance de la Vierge (1504-08). Tempera sur toile, 126 × 128 cm, Accademia Carrara, Bergame. La scène religieuse a été placée dans un intérieur typique de l’époque de Carpaccio. On retrouve bien des constantes de composition déjà utilisées depuis le début du 15e siècle, par exemple le dallage au sol et les solives au plafond, ainsi que la succession de portes, le tout étant destiné à marquer la perspective. Le goût du détail exact, que l’on pourra analyser dans l’attitude de chacun des personnages, reste intact chez Carpaccio. La limpidité de l’ensemble, due à la parfaite maîtrise d’une lumière atténuée, souligne la quiétude de cette scène d’intérieur, qui peut évoquer chez l’observateur une ambiance vermeerienne.

 

Vittore Carpaccio. L’Annonciation (1504)

Vittore Carpaccio. L’Annonciation (1504). Huile et tempera sur toile, 130 × 140 cm, Galleria Franchetti, Ca 'd'Oro, Venise. L’archange Gabriel annonce à la Vierge Marie la naissance prochaine du Christ (maternité divine de la Vierge selon le dogme chrétien). Carpaccio ne renouvelle pas ce thème abondamment traité au 15e siècle, mais réalise une composition à l’architecture brillamment travaillée associée à un paysage donnant de la profondeur et de la clarté au tableau. Les couleurs délicates et la douce luminosité de l’ensemble en font l’une des toiles les plus réussies des Histoires de la Vierge.

 

Portraits

Vittore Carpaccio. L’homme au béret rouge (1490-93)

Vittore Carpaccio. L’homme au béret rouge (1490-93). Tempera sur bois, 35 × 23 cm, Musée Correr, Venise. Ce portrait d’un inconnu a été attribué par le passé à d’autres artistes, mais l’attribution à Carpaccio est désormais généralement acceptée. Le paysage en arrière-plan est inspiré de la peinture flamande et l’expression altière du modèle se retrouve dans d’autres portraits de l’artiste.

 

Vittore Carpaccio. Portrait de femme (1495-98)

Vittore Carpaccio. Portrait de femme (1495-98). Huile sur bois, 29 × 24 cm, Galleria Borghese, Rome. Cette coiffure est caractéristique de la mode vénitienne de la fin du 15e siècle. Le modèle n’est pas connu, mais il pourrait s’agir d’une jeune mariée. Elle porte un collier comportant trois chaînes de mailles d’argent et un collier de perles, symbole de chasteté.

 

Vittore Carpaccio. Le doge Leonardo Loredan (v.1500)

Vittore Carpaccio. Le doge Leonardo Loredan (v.1500). Huile sur bois, 68 × 51 cm, Accademia Carrara, Bergame. Leonardo Loredan (1436-1521) est le 75e doge de Venise. Le doge est le plus haut dirigeant de la République de Venise, élu par un conseil restreint d'une quarantaine de membres. Loredan occupe cette fonction de 1501 à 1521. Ce portrait de profil, dont l’attribution à Carpaccio n’est pas certaine, ne peut pas rivaliser avec le portrait de face réalisé à la même époque par Giovanni Bellini et unanimement considéré comme un chef-d’œuvre.

 

Vittore Carpaccio. Femme tenant un livre (1500-05)

Vittore Carpaccio. Femme tenant un livre (1500-05). Huile sur bois, 43 × 31 cm, Art Museum, Denver. Cette femme n’est pas identifiée, mais eu égard à ses vêtements luxueux, elle appartient à la classe dirigeante et tient probablement dans ses mains un livre pieux.

 

Vittore Carpaccio. Portrait d’un noble vénitien (v. 1510)

Vittore Carpaccio. Portrait d’un noble vénitien (v. 1510). Huile sur bois, 36 × 27 cm, Norton Simon Museum, Pasadena. « Bien qu’il soit endommagé et souffre d’altérations (particulièrement au niveau des cheveux et du col), ce portrait d’un personnage hors du commun constitue un exemple de l’adaptation à Venise du portrait flamand, qui devint la norme en Italie au cours du dernier quart du 15e siècle. Le modèle, placé de trois-quarts, tourne la tête pour croiser le regard du spectateur. Il est placé devant un vaste paysage comportant des tours, des personnages en action et un ciel lumineux contrastant avec les cheveux noirs et le chapeau ; tous ces éléments servent à accentuer sa distinction. » (Commentaire Norton Simon Museum)

 

Autres tableaux

Vittore Carpaccio. La méditation sur la passion (v. 1490)

Vittore Carpaccio. La méditation sur la passion (v. 1490). Huile et tempera sur bois, 67 × 85 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Cette remarquable composition est une méditation sur la mort et la résurrection. Le corps du Christ mort est placé sur un trône brisé comportant des inscriptions hébraïques. Un oiseau – symbole de l'âme – vole au-dessus. Le paysage – à la fois aride et luxuriant – évoque les thèmes de la vie et de la mort, à l'instar des animaux. Job, le prophète de l'Ancien Testament, est assis sur un socle portant des inscriptions en hébreu, tandis que saint Jérôme (environ 347-420), qui a écrit un commentaire sur le livre de Job, lui fait face. Les personnages en turban à l'arrière-plan étaient familiers des vénitiens du fait de leurs échanges commerciaux avec le Moyen-Orient et l'Égypte. » (Commentaire MET)

 

Vittore Carpaccio. Deux dames vénitiennes (1490-95)

Vittore Carpaccio. Deux dames vénitiennes (1490-95). Huile sur bois, 94 × 64 cm, Museo Correr, Venise. Cette peinture est une partie d’une œuvre plus vaste qui a été découpée. La partie supérieure est conservée au J. Paul Getty Museum (voir ci-après, La chasse sur la lagune). Au 19e siècle, les commentateurs voyaient ces dames comme des courtisanes. L’interprétation actuelle les considère comme des patriciennes attendant leurs maris chassant sur la lagune, qui apparaissaient dans la partie supérieure. La coiffure caractéristique et les chaussures à semelles compensées (appelées chopines) étaient à la mode à l’époque à Venise.

 

Vittore Carpaccio. La chasse sur la lagune (1490-95)

Vittore Carpaccio. La chasse sur la lagune (1490-95). Huile sur bois, 76 × 64 cm, J. Paul Getty Museum, Los Angeles. Des patriciens vénitiens chassent le cormoran à l’arc à partir de gondoles navigant sur la lagune. Cette scène constituait l’arrière-plan de Deux dames vénitiennes (voir ci-dessus). La fleur de lys apparaissant au bas de l’image est la partie supérieure de la tige sortant du vase posé sur la balustrade, en haut de Deux dames vénitiennes.

 

Vittore Carpaccio. La Vierge lisant (v. 1505)

Vittore Carpaccio. La Vierge lisant (v. 1505). Huile sur bois transférée sur toile, 78 × 51 cm, National Gallery of Art, Washington. Cette composition reprend le personnage assis sur un muret du tableau consacré à La naissance de la Vierge peint pour la Scuola di Santa Maria degli Albanesi. Il pourrait être un fragment d’une composition plus vaste.

 

Vittore Carpaccio. Vierge à l’Enfant (1505-10)

Vittore Carpaccio. Vierge à l’Enfant (1505-10). Huile sur bois, 85 × 68 cm, National Gallery of Art, Washington. Cette composition est proche de la Madone du pré (1505) de Giovanni Bellini, sans en atteindre le raffinement.

 

Vittore Carpaccio. Jeune chevalier dans un paysage (1505)

Vittore Carpaccio. Jeune chevalier dans un paysage (1505). Huile sur toile, 218 × 151 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid. Le modèle pourrait être Francesco Maria della Rovere, troisième duc d’Urbino. Carpaccio rappelle sur le parchemin placé à gauche du personnage la devise de la chevalerie : MALO MORI QUAM FOEDARI (Mieux vaut mourir que de perdre son honneur). Le paysage n’est pas seulement un arrière-plan. Il est représenté avec un luxe de détails réalistes inspirés de la peinture flamande : animaux, fleurs. Les édifices eux-mêmes illustrent l’architecture de l’époque et comportent une fonction perspectiviste.

 

Vittore Carpaccio. La fuite en Égypte (v. 1515)

Vittore Carpaccio. La fuite en Égypte (v. 1515). Huile sur bois, 72 × 111 cm, National Gallery of Art, Washington. Le roi Hérode Ier de Palestine, ayant appris la naissance à Bethléem du roi des Juifs, donne l’ordre de tuer tous les enfants de moins de deux ans se trouvant dans la ville. Prévenu par un songe, Joseph s’enfuit en Égypte avec l’enfant Jésus et sa mère Marie. Ils y resteront jusqu’à la mort d’Hérode. Sur un arrière-plan paysager servant de décor grandiose à la scène biblique, Carpaccio place au premier plan la Sainte Famille en fuite pour l’Égypte. Les vêtements permettent de libérer la couleur, la tenue somptueuse de la Vierge étant une exception dans la représentation très fréquente de cette scène à la Renaissance.

 

Vittore Carpaccio. Le lion de saint Marc (1516)

Vittore Carpaccio. Le lion de saint Marc (1516). Tempera sur toile, 130 × 368 cm, Palazzo Ducale, Venise. Ce tableau a été réalisé pour les magistrats Camerlenghi du Rialto, hauts-fonctionnaires chargés de la gestion du trésor public (encaissements et décaissements de l’État). La Sérénissime République de Venise avait été vaincue en 1509, à la bataille d’Agnadel, par la ligue de Cambrai, coalition regroupant le roi de France Louis XII, l’empereur Maximilien et le roi d’Aragon, de Naples et de Navarre Ferdinand II. La représentation du majestueux lion de saint Marc, symbole de la puissance de la République de Venise, constitue un acte de patriotisme de l’artiste. Les pattes arrière dans la mer et les pattes avant sur la terre symbolisent la puissance maritime et terrestre de la République. Le lion présente l’inscription traditionnelle PAX TIBI MARCE EVANGELISTA MEVS (Que la paix soit avec toi, Marc, mon évangéliste). Des détails de la ville figurent en arrière-plan.

 

Vittore Carpaccio. Le lion de saint Marc, détail (1516)

Vittore Carpaccio. Le lion de saint Marc, détail (1516). Carpaccio réalise une représentation détaillée du bassin Saint-Marc avec en arrière-plan les plus célèbres édifices de Venise. Sur la gauche apparaissent le campanile de Saint-Marc (tour haute et pointue) et  la tour de l’Horloge (derrière la hampe du drapeau). Le bâtiment massif comportant des arcades à la base est le Palais des Doges. Derrière lui, les dômes de la basilique Saint-Marc sont visibles.

 

Vittore Carpaccio. Le lion de saint Marc, détail (1516)

Vittore Carpaccio. Le lion de saint Marc, détail (1516). A droite des navires apparaît l’île de San Giorgio Maggiore avec sa basilique.

 

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Vittore Carpaccio

 

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(*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (première édition 1550, remaniée en 1568, traduction Leclanché, 1841)

 

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