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Matthias Grünewald. Le Christ outragé (1503-04). Huile sur bois, 109 × 73,5 cm, Alte Pinakothek, Munich. Le Christ, les yeux bandés, a été battu par une bande d'individus dont le peintre souligne la bassesse inscrite sur les visages. On pourra comparer ce tableau avec Le portement de croix de Jérôme Bosch. Le Christ montre un visage paisible car il appartient au divin. Les personnages qui l'entourent expriment des sentiments orientés vers l'agressivité : ils appartiennent à l'humanité pécheresse.
« Après son arrestation, le Christ fut interrogé par Caïphe. À la question affirmative de savoir s'il était le Fils de Dieu, l'indignation s'empara de lui (Marc 14,65 ; Matthieu 26,67) : les personnes présentes lui crachèrent dessus, lui couvrirent le visage et le rouèrent de coups. Courbé et endurant en silence, le Christ se recroqueville au milieu de ses bourreaux qui le tourmentent au rythme des tambours et des flûtes. La subtilité de la couleur et le rendu réaliste du tissu, de la corde et des mains délicates révèlent déjà le talent du grand coloriste dans cette œuvre de jeunesse. » (Commentaire Alte Pinakothek)
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Matthias Grünewald. Crucifixion (1509-11). Huile sur bois, 61,5 × 46 cm, National Gallery of Art, Washington. L'une des premières crucifixions de Grünewald. Les caractéristiques essentielles du réalisme du peintre sont présentes : corps supplicié avec plaies apparentes, tête qui tombe, clous transperçant mains et pieds. La croix elle-même fléchit sous le poids. Il s'agit d'une croix construite sommairement avec une grosse branche.
« La Petite Crucifixion de Matthias Grünewald est un exemple magistral de la capacité de l'artiste à traduire sa profonde foi spirituelle en une forme picturale. Selon Grünewald, chaque individu doit revivre en lui-même non seulement la joie immense des triomphes du Christ, mais aussi les douleurs déchirantes de sa crucifixion.
Pour communiquer cette croyance mystique, Grünewald a eu recours à un mélange de réalisme saisissant et d'expressivité colorée. Se détachant sur un ciel bleu-vert et illuminé par une source de lumière indéfinie, le corps émacié du Christ repose mollement sur la croix. Ses pieds et ses mains tordus, sa couronne d'épines, son expression d'agonie et son pagne déchiré traduisent les terribles souffrances physiques et morales qu'il a endurées. Cette atmosphère de profonde détresse est intensifiée par les expressions angoissées et les gestes expressifs de Jean l'Évangéliste, de la Vierge Marie et de Marie-Madeleine agenouillée.
Les couleurs dissonantes et inquiétantes de Grünewald puisent également leur inspiration dans des faits bibliques. Le ciel obscur, par exemple, correspond à la description faite par saint Luc des "ténèbres qui recouvraient toute la terre" au moment de la crucifixion. Grünewald, qui fut lui-même témoin d'une éclipse totale en 1502, a recréé ici les tonalités sombres et profondes associées à de tels phénomènes naturels. » (Commentaire NGA)
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Matthias Grünewald. Retable d'Issenheim, vue d'ensemble (1512-16). musée d'Unterlinden, Colmar. Ce polyptyque de 3,30 m de haut et 5,90 m de large ornait à l'origine le maître-autel de l'église du couvent des Antonins à Colmar (France). Matthias Grünewald en a réalisé les peintures tandis que Nicolas de Haguenau (1445/60-1538) est l'auteur des sculptures de la caisse supportant l'ensemble. Il s'agit d'une structure complexe comprenant une double série de volets autorisant trois configurations : retable fermé, première ouverture, deuxième ouverture. L'ouverture n'avait lieu qu'exceptionnellement pour les jours de fête. Aujourd'hui, les trois ensembles sont présentés séparément. Sur la photographie ci-dessus, le retable est en position fermée. Les panneaux centraux, où se trouve le Christ, peuvent se déployer.
Matthias Grünewald. Retable d'Issenheim, Crucifixion (1512-16). Huile sur bois, 269 × 307 cm, musée d'Unterlinden, Colmar. Retable fermé, panneau central. La crucifixion de Jésus-Christ est traitée de façon beaucoup plus réaliste qu'à l'habitude. L'artiste cherche à montrer un véritable crucifié avec ses plaies et son visage exténué de souffrance. Le corps est déformé par le supplice et le sang coule des mains et des pieds. Les os de la cage thoracique saillissent. Le fond sombre permet d'accentuer la dimension tragique. À gauche, Marie est soutenue par Jean l'Evangéliste et Marie-Madeleine est à genoux. À droite, saint Jean-Baptiste est accompagné de l'agneau, symbolisant le Christ sacrifié.
Matthias Grünewald. Retable d'Issenheim, Crucifixion, détail (1512-16). Huile sur bois, musée d'Unterlinden, Colmar. Grünewald ne cherche nullement à embellir la scène selon la tendance de l'époque. Il ne nous fait grâce d'aucun détail, ce qui le rend effectivement « moderne ». La peinture des 20e et 21e siècles a parfois, elle-aussi, cherché à montrer la laideur, qui n'exclut pas toujours la grandeur. C'est le cas ici. Les contemporains devaient bien entendu être profondément touchés par une telle image.
Matthias Grünewald. Retable d'Issenheim, Résurrection (1512-16). Huile sur bois, musée d'Unterlinden, Colmar. Première ouverture du retable, panneau de droite. Le sujet est traité de façon très dynamique et semble illustrer une phrase de l'Évangile selon Matthieu (17.2) : « Et il fut transfiguré devant eux. Et sa face brilla comme le soleil. »
Matthias Grünewald. Retable d'Issenheim, Saint Paul et Saint Antoine dans le désert (1512-16). Huile sur bois, 265 × 141 cm, musée d'Unterlinden, Colmar. Deuxième ouverture du retable, panneau de gauche. Antoine d'Egypte ou Antoine l'Ermite (à gauche) aurait vécu aux 3e et 4e siècles après J.-C. en Egypte. Il se serait retiré sur le mont Qolzum en Thébaïde (Egypte méridionale) pour vivre en ermite. Saint Paul Ermite est un homme du des 3e et 4e siècles après J.-C., originaire de Thèbes, qui aurait vécu soixante ans dans une grotte. Grünewald illustre ici une légende selon laquelle Antoine, apprenant qu'il n'était pas le premier ermite, partit rencontrer Paul. À l'heure du déjeuner, un corbeau apporta une double ration de pain.
Matthias Grünewald. Retable d'Issenheim, Tentation de Saint Antoine, détail (1512-16). Huile sur bois, musée d'Unterlinden, Colmar. Deuxième ouverture du retable, panneau de droite. L'ordre des Antonins, pour lequel le retable a été réalisé, avait pour vocation de soigner les malades. Grünewald a représenté ici un malade atteint de la peste du feu ou mal des ardents, aussi appelée feu saint Antoine. Il s'agit probablement de la seule représentation réaliste de cette maladie qui entraînait une mortalité élevée.
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Matthias Grünewald. La Vierge de Stuppach (1517-19). Huile sur bois, 186 × 150 cm, église paroissiale, Stuppach. Ce panneau fut l'élément central du retable Notre-Dame des neiges dans l'église abbatiale d'Aschaffenburg. Il s'agit d'une des rares peintures optimistes de Grünewald. La Vierge joue avec l'Enfant Jésus. La scène se situe dans un jardin luxuriant avec en arrière-plan une architecture de l'époque, ce qui était la règle chez la plupart des artistes.
Matthias Grünewald. La Vierge de Stuppach, détail (1517-19). Huile sur bois, 186 × 150 cm, église paroissiale, Stuppach. L'artiste a apporté un soin minutieux à la décoration florale.
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Matthias Grünewald. Le miracle de la neige (1517-19). Huile sur bois, 179 × 91 cm, Städtische Museen, Freiburg im Breisgau. Ce panneau fut l'aile droite du retable Notre-Dame des neiges dans l'église abbatiale d'Aschaffenburg. Le sujet est la fondation légendaire de la basilique Santa Maria Maggiore de Rome encore appelée Santa Maria ad Nives (Sainte-Marie-aux-Neiges). Selon la légende, la Vierge apparut en rêve au pape Saint-Libère, ainsi qu'à un riche romain nommé Jean, dans la nuit du 4 au 5 août 358. Elle demanda d'ériger un sanctuaire. Au matin, constatant qu'il avait neigé en plein mois d'août, le pape ordonna de construire la basilique de Sainte-Marie-aux-Neiges sur le sommet enneigé de l'Esquilin, l'une des sept collines de Rome. Sur le panneau, le pape Libère entame la construction de la basilique sur la neige.
« De l'ancien retable de Maria Schnee [Marie-aux-Neiges] dans la collégiale d'Aschaffenburg, seul le cadre Renaissance, daté de 1519, subsiste. Le panneau central serait issu d'un tableau marial conservé à Stuppach, près de Bad Mergentheim. Le volet droit se trouve au Musée des Augustins, tandis que le volet gauche semble perdu à jamais.
La commande de l'œuvre émanait d'un chanoine de la collégiale nommé Heinrich Reitzmann. À l'église romaine de Santa Maria Maggiore, il s'était familiarisé avec le culte de Maria Schnee [Marie-aux-Neiges], fondé sur la légende fondatrice de l'église, la plus ancienne église mariale du monde occidental [...]
On peut supposer que le retable fut initialement conçu, dans la plus pure tradition italienne, sans volets, et que la légende fondatrice devait être ajoutée ultérieurement sur un volet fixe. Lorsque les volets durent finalement être conçus pour pivoter et se replier, leur revers nécessita également une représentation picturale. Il s'agissait d'une Adoration des Mages, dont la moitié droite est représentée sur notre panneau. L'artiste de cette peinture demeure inconnu. Grünewald, peintre de la cour de l'archevêque de Mayence, qui résidait à Aschaffenburg, avait peu de temps auparavant créé son chef-d'œuvre, le retable d'Issenheim, qui est aujourd'hui la pièce maîtresse du musée Unterlinden de Colmar. » (Commentaire Städtische Museen)
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Matthias Grünewald. Rencontre de saint Érasme et saint Maurice (1520-25). Huile sur bois, 226 × 176 cm, Alte Pinakothek, Munich. Maurice d'Agaune, dit saint Maurice, est le chef de la légion thébaine, un groupe de soldats égyptiens du 3e siècle après J.-C., au service de l'Empire romain. Ayant reçu l'ordre de tuer tous les habitants d'une bourgade des Alpes convertis au christianisme, Maurice refuse d'obéir car il est copte et chrétien. S'ensuit le massacre de la légion thébaine à Agaune (aujourd'hui Saint-Maurice en Suisse). Érasme de Formia, dit saint Érasme ou saint Elme, est un évêque victime des persécutions de l'empereur Dioclétien au 3e siècle après J.-C. Torturé, il résiste longuement car il est protégé par des anges. Il devint le saint patron des marins. Grünewald fait se rencontrer les deux saints, évènement qui n'a évidemment jamais eu lieu. Le visage de saint Érasme est un portrait d'Albrecht de Brandebourg, le commanditaire du tableau.
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Matthias Grünewald. Le portement de croix (1523-24). Huile sur bois, 193 × 152,5 cm, Kunsthalle, Karlsruhe. Ce panneau constituait l'avers du retable de l'église de Tauberbischofsheim. Il s'agit de la scène la plus mouvementée peinte par Grünewald. L'universalisme de l'œuvre provient du dualisme bien-mal. Le visage du Christ exprime à la foi bonté et souffrance, tandis que ses bourreaux sont affublés de mimiques haineuses et agressives. De même que pour Le Christ outragé (ci-dessus), on pourra établir une comparaison avec Le portement de croix de Jérôme Bosch.
« Ce grand panneau représente une scène de la Passion du Christ : le Portement de Croix. Il sagit du moment où le Christ s'effondre sous le poids de la lourde croix de bois, sur le chemin du lieu d'exécution.
Matthias Grünewald situe l'événement dans l'étroite entrée d'une porte de Jérusalem. Le sommet de la croix, qui menace de glisser de l'épaule du Christ, désigne clairement la destination du cortège de soldats et de bourreaux : le mont Golgotha.
Bien que la séquence spatiale – le départ de la ville pour le Golgotha – soit clairement indiquée, la scène est loin d'être éphémère. Le bref instant où le cortège vacille se prolonge dans l'éternité : l'instant devient un monument. Grünewald parvient à cet effet en s'abstenant en grande partie de détails narratifs et en concentrant sa représentation sur les expressions immédiates des émotions : l'agression des bourreaux et la souffrance physique et mentale du Christ.
L'inscription sur l'entablement, au-dessus de la scène, commente l'événement : la prophétie du prophète Isaïe fait référence au sacrifice expiatoire du Christ pour l'humanité. Il est à noter que l'inscription est rédigée en allemand et non en latin. Le message de l'inscription a acquis une importance contemporaine à la théologie de la croix de Martin Luther. De ce fait, la représentation a souvent été interprétée comme une image confessionnelle de l'époque de la Réforme – lecture qui demeure controversée parmi les spécialistes.
À l'origine, la scène faisait partie d'un panneau peint sur ses deux faces. Elle formait le revers du Christ en croix entre Marie et Jean [Voir Crucifixion ci-après], également de Grünewald et conservé à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe. Ce panneau, peint sur ses deux faces, se trouvait vraisemblablement autrefois sans panneaux latéraux, placé au centre de l'entrée du chœur de l'église Saint-Martin de Tauberbischofsheim.
En 1883, le recto et le verso furent séparés lors d'une restauration – une pratique jugée inappropriée aujourd'hui, mais courante à l'époque. Les deux œuvres rejoignirent la collection de la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe en 1900, sous la direction de Hans Thoma. Dernières œuvres conservées de Matthias Grünewald, elles figurent désormais parmi les pièces maîtresses du musée. » (Commentaire Kunsthalle, Karlsruhe)
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Matthias Grünewald. Crucifixion (1523-24). Huile sur bois, 193 × 152,5 cm, Kunsthalle, Karlsruhe. Cette crucifixion figurait au revers du retable de l'église de Tauberbischofsheim. Le style reste celui de la crucifixion de 1509-11 (Washington) mais le tableau est beaucoup plus grand, ce qui lui donne une puissance considérable. L'artiste a encore accentué la rusticité de l'ensemble (croix, couronne d'épines, etc.).
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