Enluminures insulaires

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Patrick AULNAS

Livre de Kells, folio 7v (v. 820)

Livre de Kells, folio 7v (v. 820)
Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin

6e au 10e siècle

Une production artistique d'origine celte a caractérisé les Îles Britanniques entre les années 500 et 1 000 environ. Des manuscrits enluminés, des pièces d'orfèvrerie et des sculptures sur pierre ont été conservés. Nous nous intéresserons uniquement aux manuscrits qui sont parfois des chefs-d'œuvre de l'enluminure. La zone géographique concernée est assez étroite : nord de l'Angleterre, Écosse et Irlande.

 

L'art celte et l'art insulaire

Les celtes sont probablement originaires d'Europe centrale. Les plus anciennes traces archéologiques actuellement connues se trouvent à Hallstatt en Autriche. On parle donc d'une civilisation de Hallstatt de 1100 à 400 avant J.-C.. L'expansion de l'Empire romain va entraîner soit une intégration des celtes à l'Empire, soit un rejet au-delà du limes romain (frontière). Les romains n'ayant jamais conquis l'Écosse et l'Irlande, la civilisation celte a pu continuer à s'y développer. L'art celte a donc laissé des empreintes particulièrement intéressantes dans les Îles Britanniques. Il s'agit d'un art décoratif à base de dessins curvilignes semi-abstraits s'inspirant parfois de motifs végétaux ou animaux. Ces motifs peuvent décorer des armes (épée, fourreaux, casques), des bijoux, des vases ou divers récipients métalliques, des stèles ou des manuscrits. Les spécialités artistiques sont donc très diversifiées : travail du métal, orfèvrerie, sculpture sur pierre, enluminures des manuscrits. Le caractère non figuratif de l'art celte lui permet ainsi de s'adapter souplement à tout un ensemble de supports et de techniques.

 

Torque du seigneur glauberg 400

Torque du seigneur Glauberg (-400)
 Or

     

Fourreau d'épée de Cernon-sur-Coole (-280)

Fourreau d'épée (-280)
Cernon-sur-Coole, Marne, France

      

Dalle-croix

Dalle-croix
Cimetière d'Aberlemno, Angus, Écosse

 

L'art dit insulaire, entre 500 et 1 000 après J.-C., représente la dernière période historique de l'influence celte. L'évangélisation des Îles Britanniques se traduit par l'implantation de monastères dans lesquels des manuscrits sont créés et, pour certains d'entre eux, richement enluminés. Les enlumineurs s'inspirent en particulier des motifs qui figuraient sur les pièces d'orfèvrerie celtes : motifs tressés, entrelacs de formes géométriques, végétales ou animales. Les ordres religieux ayant une propension au prosélytisme, des implantations de monastères sur le continent vont progressivement se développer et influencer l'art local. C'est ainsi que l'art mérovingien et l'art carolingien subissent l'influence celte.

  

Les plus beaux manuscrits enluminés insulaires

  Ces manuscrits peuvent être des psautiers ou des évangéliaires. Les psautiers sont des recueils de psaumes (chants religieux) pouvant comprendre aussi un calendrier liturgique (fêtes religieuses) et divers textes, toujours à caractère religieux. Les évangéliaires sont des recueils des Évangiles en latin qui seront lus lors des cérémonies religieuses ou utilisés par les missionnaires pour christianiser les tribus celtes.

Le Cathach de saint Colomba (début 7e siècle)

Il s'agit d'un psautier du début du 7e siècle considéré comme le manuscrit irlandais le plus ancien. Il comporte 58 folios sur les 110 qu'aurait contenus le manuscrit original. Son appellation provient de Colomba d'Iona (521-597), dit saint Colomba par les chrétiens, missionnaire irlandais qui évangélisa l'Écosse et l'Irlande. Il créa un nouvel ordre monastique dont l'établissement principal se trouvait sur l'île d'Iona au nord-ouest de l'Écosse.

La tradition rapporte que le Cathach de saint Colomba est une copie, réalisée par saint Colomba lui-même, d'un livre de saint Finian, moine irlandais mort en 552, Mais la rédaction par saint Colomba est aujourd'hui remise en cause et il plutôt daté du début du 7e siècle. Le mot cathach vient du gaélique cath qui signifie lutte, bataille. Cathach signifie littéralement lutteur. Le Cathach est en fait une relique que le puissant clan O'Donnell, dans l'ouest de l'Ulster, utilisait symboliquement avant une bataille. Un ecclésiastique rattaché au clan plaçait le Cathach autour de son cou, dans son cumdach (étui richement décorée), et faisait par trois fois le tour de la troupe du clan O'Donnel. Ce rite devait induire une issue favorable.

Quelques pages du Cathach de saint Colomba (Cathach of St. Columba)

Cathach de saint Colomba (début 7e s.)

Cathach de saint Colomba (début 7e s.). Couverture, Royal Irish Academy, Dublin. Il s'agit du cumdach dans lequel sont placés les folios du manuscrit.

Cathach de saint Colomba, folio 48 (début 7e s.)

Cathach de saint Colomba, folio 48 (début 7e s.). Vélin, 27 × 19 cm, Royal Irish Academy, Dublin. Le Cathach est rédigé en latin et la décoration se limite à la première lettre de chaque psaume. Les lettres majuscules sont systématiquement utilisées : on a qualifié cette calligraphie de majuscule insulaire.

Cathach de saint Colomba, folio 48, détail 1 (début 7e  s.)

Cathach de saint Colomba, folio 48, détail 1 (début 7e  s.). La lettrine de début de psaume est suivie de lettres de taille décroissante.

Cathach de saint Colomba, folio 48, détail 2 (début 7e s.)

Cathach de saint Colomba, folio 48, détail 2 (début 7e s.). La lettrine comporte spirale, trompette et motif guilloché.

Cathach de saint Colomba, folio 35, détail (début 7e s.)

Cathach de saint Colomba, folio 35, détail (début 7e s.). Vélin, 27 × 19 cm, Royal Irish Academy, Dublin. En rouge, avant le texte du psaume écrit en latin, apparaît une ligne en vieil irlandais.

  

Le livre de Durrow (fin 7e siècle)

 

Livre de Durrow, folio 86r

Livre de Durrow, folio 86r
Enluminure sur vélin, 24,5 × 14,5 cm, Trinity College, Dublin

 

Ce manuscrit réalisé entre 650 et 700 est un évangéliaire qui doit son nom à l'abbaye de Durrow située au centre de l'Irlande. Il est aujourd'hui conservé au Trinity College de Dublin. Les spécialistes discutent encore de son lieu de création : l'abbaye de Durrow, l'abbaye d'Iona, sur l'île du même nom à l'ouest de l'Écosse, ou un monastère du Northumbrie, royaume qui était situé au nord-est de l'Angleterre. On sait avec certitude que, dès la fin du 9e siècle, le manuscrit se trouve à l'abbaye de Durrow.

Après quelques textes introductifs et des pages consacrées aux tables des canons (1), le Livre de Durrow contient les Évangiles en latin selon Matthieu, Luc, Marc et Jean. L'ensemble représente 248 folios (496 pages) en vélin de 24,5 × 14,5 cm, dont onze miniatures pleine page. Chaque évangile est précédé de deux pages entièrement enluminées : une page-tapis (2) et une page symbolisant l'évangéliste. La calligraphie utilisée est la majuscule insulaire.

Le Livre de Durrow est le premier manuscrit entièrement enluminé.

Quelques pages du Livre de Durrow (Book of Durrow)

r = recto du folio. v = verso du folio

Livre de Durrow, folio 186v

Livre de Durrow, folio 186v. Enluminure sur vélin, 24,5 × 14,5 cm, Trinity College, Dublin. La page-tapis reproduite ici est constituée d'entrelacs de motifs décoratifs non figuratifs ou d'inspiration zoomorphique. Des formes de reptiles (serpents, couleuvres, vipères ?) sont nettement repérables.

Livre de Durrow, folio 86rLivre de Durrow, folio 86r. Enluminure sur vélin, 24,5 × 14,5 cm, Trinity College, Dublin. Cette page est la première du texte de l'Évangile selon saint Marc. La première lettre (un N) est somptueusement ornementée. Les majuscules dites insulaires sont utilisées pour le texte.

Livre de Durrow, folio 21vLivre de Durrow, folio 21v. Enluminure sur vélin, 24,5 × 14,5 cm, Trinity College, Dublin. Chaque évangéliste est représenté par son symbole. Ici, l'homme, symbole de Matthieu.

Livre de Durrow, folio 84vLivre de Durrow, folio 84v. Enluminure sur vélin, 24,5 × 14,5 cm, Trinity College, Dublin. L'aigle, symbole de Jean.

Livre de Durrow, folio 191vLivre de Durrow, folio 191v. Enluminure sur vélin, 24,5 × 14,5 cm, Trinity College, Dublin. Le lion, symbole de Marc.

Livre de Durrow, folio 191v détailLivre de Durrow, folio 191v détail. Évidemment, l'enlumineur n'avait jamais vu de lion. Aussi s'inspire-t-il du chien, animal familier, qu'il embellit en laissant courir son imagination. Il s'agit de décorer, en aucun cas d'être fidèle à un modèle.

  

L'Évangéliaire d'Echternach ou de saint Willibrord (fin 7e - début 8e siècle)

 

Évangéliaire d'Echternach folio 75v détail

Évangéliaire d'Echternach, folio 75v, détail
Le lion, symbole de saint Marc

 

Le lieu de création de ce manuscrit est encore discuté. Les spécialistes se partagent entre le nord de l'Angleterre et l'Irlande. Il semble que l'attribution au prieuré de Lindisfarne (nord-est de l'Angleterre) soit l'opinion majoritaire. L'hypothèse de sa réalisation à Echternach (Luxembourg actuel) a été émise mais paraît peu vraisemblable.

L'opinion dominante est donc que Willibrord, évêque d'Utrecht (v. 657-739), dit saint Willibrord par les chrétiens, aurait apporté le manuscrit de Lindisfarne. Willibrord, né dans le royaume de Northumbrie (nord-est de l'Angleterre), fut envoyé en Frise (Pays-Bas actuels) par la hiérarchie ecclésiastique pour une mission d'évangélisation. Il poursuit ensuite cette mission plus au sud et fonde, en 698, le monastère d'Echternach dont il sera l'abbé jusqu'à sa mort en 739. Le manuscrit reste à Echternach jusqu'à l'époque napoléonienne. La région ayant été annexée par la France, l'Évangéliaire d'Echternach est saisi en 1802 par les autorités françaises et conservé depuis à la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

En ce qui concerne la date de création du manuscrit, un certain consensus existe sur la période 690-705. Son origine stylistique insulaire n'est pas non plus discutable. On retrouve le texte en majuscules insulaires et la présentation type des autres évangéliaires de même origine. Il s'agit d'un ouvrage de 223 folios (446 pages) en parchemin de 33,5 × 26 cm qui contient les Évangiles en latin selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Chaque évangile est introduit par une page enluminée représentant le symbole de l'évangéliste, mais il n'y a pas de pages-tapis (2) comme dans l'Évangéliaire de Durrow. Des tables des canons (1) figurent au début de volume.

Quelques pages de l'Évangéliaire d'Echternach

r = recto du folio. v = verso du folio

Évangéliaire d'Echternach folio 11vÉvangéliaire d'Echternach folio 11v. Enluminures sur parchemin, 33,5 × 26 cm BNF, Paris. Table des canons (extrait)

Évangéliaire d'Echternach folio 18vÉvangéliaire d'Echternach folio 18v. Enluminures sur parchemin, 33,5 × 26 cm BNF, Paris. L'homme, symbole de Matthieu.

Évangéliaire d'Echternach folio 19rÉvangéliaire d'Echternach folio 19r. Enluminures sur parchemin, 33,5 × 26 cm BNF, Paris. Le début de l'Évangile selon saint Matthieu.

Évangéliaire d'Echternach folio 75v

Évangéliaire d'Echternach folio 75v. Le lion, symbole de Marc.

Évangéliaire d'Echternach folio 75v détailÉvangéliaire d'Echternach folio 75v détail. L'enlumineur d'Echternach était un dessinateur de grand talent. On peut comparer ce lion à celui de Durrow ci-dessus. Son expressivité plus forte provient de la posture de l'animal. La sûreté et l'élégance du trait conditionnent une telle réussite.

 

Évangéliaire d'Echternach folio 115v

Évangéliaire d'Echternach folio 115v. Enluminures sur parchemin, 33,5 × 26 cm BNF, Paris. Le taureau, symbole de Luc.

Évangéliaire d'Echternach folio 176v

Évangéliaire d'Echternach folio 176v. Enluminures sur parchemin, 33,5 × 26 cm BNF, Paris. L'aigle, symbole de Jean.

Évangéliaire d'Echternach, folio 177r, détail 1

Évangéliaire d'Echternach folio 177r détail 1. La majuscule du début de l'Évangile selon saint Jean.

Évangéliaire d'Echternach, folio 177r, détail 2

Évangéliaire d'Echternach folio 177r détail 2. Zoom sur la majuscule du début de l'Évangile selon saint Jean. Le corps de la lettre est constitué d'un entrelacs de motifs tressés.

 

Le site en ligne de la BNF, Gallica, propose une version numérisée du manuscrit qui permet d'observer en haute définition les moindres détails. La couverture du manuscrit, aux armes de l'Empire napoléonien, a été ajoutée après 1802.

L'Évangéliaire de Lindisfarne (fin 7e - début 8e siècle)

 

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 95r

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 95r
Enluminures sur vélin, 34 × 24 cm, British Library, Londres

 

Cet évangéliaire est l'un des grands chefs-d'œuvre de l'enluminure. Il fut créé au prieuré de Lindisfarne, implanté sur une petite île de la côte orientale de l'Écosse. Il est en général admis que l'évêque Eadfrith (mort en 721) en fut le créateur. Une inscription plus tardive figure en effet sur le manuscrit, ajoutée vers 970 par un prêtre nommé Aldred : « Eadfrith, évêque de l'église de Lindisfarne, a écrit ce livre pour Dieu et pour saint Cuthbert... ». Le prieuré de Lindisfarne abritait en effet la châsse de saint Cuthbert (634-687), moine puis évêque, qui vécut une partie de sa vie en ermite sur les îles Farne, archipel sur lequel fut ensuite construit le prieuré.

Le manuscrit contient 259 folios (518 pages) de 34 × 24 cm environ. Sa couverture de cuir était à l'origine décorée d'or, d'argent et de pierres précieuses. Le texte en latin comporte les quatre Évangiles et, en préambule, des textes de saint Jérôme (347-420) et Eusèbe de Césarée (265-339). Le manuscrit comporte aussi un certain nombre de pages consacrées aux tables des canons (1). Avant chaque évangile figurent trois pages enluminées : un portrait de l'évangéliste, une page-tapis (2) et une page-incipit calligraphiant les premiers mots de l'évangile en initiales ornementées (3). Par exemple, au début du premier évangile du manuscrit, celui de Matthieu, on trouve les pages ornementales suivantes :

Évangéliaire de Lindisfarne folio 25v (690-721)

Folio 25v
Portrait de saint Matthieu 

         

Évangéliaire de Lindisfarne folio 26v (690-721)

Folio 26v
Page-tapis

         

Évangéliaire de Lindisfarne folio 27r (690-721)

Folio 27r
Incipit de l'Évangile selon saint Matthieu

 

 Étude de quelques pages de l'Évangéliaire de Lindisfarne (Lindisfarne Gospels)

r = recto du folio. v = verso du folio

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 12rÉvangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 12r. Enluminures sur vélin, 34 × 24 cm, British Library, Londres. Cette page représente une table des canons ou tables des concordances (1). Elle renvoie aux folios suivants consacrés aux évangiles.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94vÉvangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v. Enluminures sur vélin, 34 × 24 cm, British Library, Londres. La page-tapis reproduite ici précède l'Évangile selon saint Marc. Elle est constituée d'entrelacs de motifs décoratifs qui semblent au premier abord totalement non figuratifs. Cependant, l'observation attentive fait apparaître de nombreux motifs cruciformes : dans le cercle central par exemple, ou encore les motifs de couleur bleue. La signification religieuse est ainsi clairement indiquée.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v, détail 1Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v, détail 1. Un réseau d'entrelacs remplit les interstices de la page entre les figures géométriques principales. Le motif entrelacé est répétitif.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v, détail 2Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v, détail 2. Dans cette figure apparaissent des entrelacs complexes comportant des oiseaux. Certains spécialistes y voient des cormorans, oiseaux présents dans la région de Lindisfarne.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v, détail 3Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 94v, détail 3. Ce motif en spirale est repris au folio 95 (ci-après) consacré aux initiales.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 95rÉvangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 95r. Enluminures sur vélin, 34 × 24 cm, British Library, Londres. Ce folio figurant en face du folio 94 est l'incipit (3) de l'Évangile selon saint Marc. La lettrine initiale est particulièrement ornée. Les motifs choisis sont en harmonie avec ceux de la page-tapis précédente.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 95r, détailÉvangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 95r, détail. Ce motif en spirale reprend celui de la page-tapis du folio 94v.

Évangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 96rÉvangéliaire de Lindisfarne (v. 690-721) folio 96r. Enluminures sur vélin, 34 × 24 cm, British Library, Londres. Texte en latin du début de l'Évangile selon Marc. La calligraphie utilise la majuscule insulaire.

  

La British Library propose plusieurs moyens de découvrir en ligne l'Évangéliaire de Lindisfarne, dont une remarquable version numérisée permettant d'observer les moindres détails des enluminures.

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Le Livre de Kells (vers 820)

 

Livre de Kells, folio 292r (v. 820)

Livre de Kells, folio 292r (v. 820)
Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin
Cette page est consacrée à l'incipit de saint Jean

 

Le Livre de Kells est un évangéliaire constitué de 340 folios (680 pages) en vélin de 33 × 25,5 cm environ, conservé aujourd'hui au Trinity College de Dublin. On estime que le volume d'origine contenait environ 370 folios. Après quelques textes figurant en préambule, le manuscrit reproduit les Évangiles en latin selon Matthieu, Marc, Luc et une partie de l'Évangile selon saint Jean. Des tables des canons (1) permettent de mettre en relation des passages similaires figurant dans plusieurs évangiles.

La richesse des motifs ornementaux de ce manuscrit a été signalée comme exceptionnelle par les spécialistes. Les couleurs utilisées pour les enluminures (rouge, bleu, jaune vert, violet, rose, blanc) sont plus nombreuses que dans les manuscrits plus anciens comme celui de Lindisfarne. L'ouvrage comporte trente pleines pages d'enluminures et toutes ses pages présentent des initiales plus ou moins ornementées. Comme dans l'Évangéliaire de Lindisfarne, chaque évangile est précédé d'un portrait de l'évangéliste, d'une page-tapis (2) et d'une pleine page d'initiales ornementées (incipit) (3). L'historienne de l'art Françoise Henry (1902-1982), spécialiste des arts celtiques, considérait cet ouvrage comme « le plus splendide » du début du Moyen Âge :

« Le Livre de Kells est le manuscrit occidental datant du début du Moyen Âge le plus splendide. Le texte de l'Évangile est entrecoupé de grandes pages d'enluminures recouvertes d'un entrelacs de motifs ornementaux de couleurs vives et d'étranges créatures hiératiques enveloppées dans les plis quasi-géométriques de leurs draperies. Sur les pages de texte courent des arabesques colorées, des initiales enluminées inspirées des corps étirés et courbés de créatures fantastiques. » (4)

Le Livre de Kells doit son appellation à la ville éponyme située à 60 km au nord de Dublin (Irlande) où s'était établie au début du 9e siècle la communauté religieuse fondée par saint Colomba (521-597) après qu'elle eût quitté l'île d'Iona en 806. Les spécialistes discutent du lieu de rédaction de l'ouvrage (Iona, Kells, ou les deux). Les enlumineurs et les copistes qui ont créé le manuscrit ne sont pas connus, mais les spécialistes distinguent plusieurs enlumineurs et quatre copistes.

Quelques pages du Livre de Kells (Book of Kells)

r = recto du folio. v = verso du folio

Livre de Kells, folio 5r. (v. 820)Livre de Kells, folio 5r. (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin. Cette page représente une table des canons ou table des concordances (1). Elle renvoie aux folios suivants consacrés aux évangiles.

Livre de Kells, folio 7v (v. 820)Livre de Kells, folio 7v (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin.  Il s'agit de la plus ancienne représentation de la Vierge dans un manuscrit occidental. Elle se caractérise par son hiératisme et par l'image très peu enfantine de Jésus, traité comme un adulte en miniature. Le regard sur l'enfance a radicalement changé au fil des siècles.

Livre de Kells, folio 27v (v. 820)Livre de Kells, folio 27v (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin. Cette page symbolise les quatre évangélistes : en haut, Mattieu (un homme) et Marc (un lion) ; en bas, Luc (un taureau), et Jean (un aigle).

Livre de Kells, folio 32v (v. 820)Livre de Kells, folio 32v (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin. Ce Christ en majesté, sur un trône, hiératique, est la représentation qui prévaut jusqu'à Giotto (1267-1337) qui humanisera beaucoup la figure du Christ.

Livre de Kells, folio 34r (v. 820)Livre de Kells, folio 34r (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin. Cette page est une ornementation très riche du chrisme, symbole chrétien formé des deux lettres grecques X (chi) et P (rhô), la première étant apposée sur la seconde. Il s'agit des deux premières lettres du mot Christ en grec : Χριστός. Ce symbole est le monogramme du Christ.

Livre de Kells, folio 34r détail (v. 820)Livre de Kells, folio 34r détail (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin.  Les entrelacs sont exécutés avec une extrême minutie et requièrent un temps de travail considérable.

Livre de Kells, folio 291v (v. 820)Livre de Kells, folio 291v (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin. Il s'agit du portrait de saint Jean situé au début de son Évangile.

Livre de Kells, folio 292r (v. 820)Livre de Kells, folio 292r (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin.  Cette page est consacrée à l'incipit de saint Jean. Elle est constituée d'un ensemble de majuscules entrelacées introduisant l'Évangile.

Livre de Kells, folio 309r (v. 820)Livre de Kells, folio 309r (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin.  Il s'agit d'une page de l'Évangile selon saint Jean calligraphiée en latin avec les majuscules insulaires. Les nombreuses initiales enluminées sont une caractéristique le livre de Kells.

Livre de Kells, folio 33r (v. 820)Livre de Kells, folio 33r (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin.  Une des pages-tapis précédant les évangiles.

Livre de Kells, folio 114r (v. 820)Livre de Kells, folio 114r (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin.  Cette enluminure représente l'arrestation du Christ. Le souci du réalisme n'effleure pas l'enlumineur. L'image parfaitement symétrique a une vocation ornementale.

Livre de Kells, initiale enluminée (v. 820)Livre de Kells, initiale enluminée (v. 820). Enluminures sur vélin, 33 × 25,5 cm, Trinity College, Dublin. Presque toutes les pages contiennent des initiales ornementées d'un entrelacs où apparaissent des figures animales fantastiques.

 

 

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(1) Tables des canons ou tables des concordances : les évangéliaires comportaient des tables permettant de mettre en relation des passages similaires figurant dans plusieurs évangiles. Par exemple, le même épisode de la vie du Christ peut être décrit par plusieurs évangélistes. La table permet de retrouver aisément les passages et de les comparer.

(2) Page-tapis : page purement ornementale constituée d'enluminures non figuratives à la manière de certains tapis

(3) Incipit (masculin, du latin incipio, il commence) : premiers mots d'un texte ou d'un ouvrage. Dans la tradition hébraïque ou chrétienne, l'incipit donne souvent son nom au texte tout entier.

(4) Françoise Henry, The Book of Kells, New York, Alfred A. Knopf, 1974. Cité par Registre de la mémoire du monde, Le livre de Kells, Unesco.

  

Commentaires

  • Eric
    • 1. Eric Le 23/08/2019
    Page sympathique.
    Ce que vous nommez "majuscule insulaire" est très souvent nommé "semi-onciale insulaire".
    Pour Kells, et d'autres, vous pourriez indiquer le lien vers la numérisation complète du manuscrit :)
  • Isaac
    • 2. Isaac Le 05/01/2019
    Très intéressant
    Merci
  • Elo
    • 3. Elo Le 26/04/2016
    Des articles très précis et claires. Les multiples illustrations permettent une plus grande compréhension. Merci

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