L'art mexicain

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*ENVIRON 1920-1960

 

Frida Kahlo. Autoportrait au collier d'épines (1940)Frida Kahlo. Autoportrait au collier d'épines (1940)

Huile sur toile, 61 × 47 cm, Harry Ransom Center, Austin, Etats-Unis

 

La peinture mexicaine est d'une exceptionnelle richesse au 20e siècle. Son originalité provient de la liaison étroite entre la création artistique et la vie politique, de la place accordée aux fresques murales et de la dualité d'une société très catholique qui n'oublie pas les cultures précolombiennes aztèque et maya.
La dénonciation de l'autoritarisme du pouvoir politique et des injustices imprègne toute la peinture mexicaine depuis le caricaturiste José Guadalupe Posada (1851-1913) jusqu'à Frida Kahlo (1907-1954). De grandes fresques sont consacrées à l'histoire du pays, aux guerres, aux révolutions et à la critique du capitalisme. Cet engagement politique anticapitaliste s'explique par l'état du monde à cette époque où s'opposaient idéologiquement le capitalisme représenté par les Etats-Unis et le communisme représenté par l'URSS. Au Mexique, comme en Europe, beaucoup d'artistes ont été attirés par l'idéologie marxiste, en grande partie par manque de culture politique : le capitalisme pouvait ainsi être considéré comme la source de tous les maux. En réalité, le sous-développement économique et la corruption sont à la racine des malheurs du peuple mexicain mais l'anticapitalisme un peu naïf a été porteur d'un point de vue artistique.
La tradition des fresques est ancienne puisqu'elle était déjà présente chez les Mayas et qu'elle fut poursuivie par les colons espagnols qui en ornaient les églises baroques. On a appelé muralisme la renaissance de l'art de la fresque à partir de la révolution mexicaine de 1910. Le Mouvement Muraliste est créé en 1922, sous le gouvernement d'Alvaro Obregón (1880-1928), par le Syndicat des Peintres, Sculpteurs et Graveurs Révolutionnaires de Mexico. Il se développe au cours des années 1920 et 1930 avec le soutien gouvernemental qui commandite de nombreuses fresques pour orner les édifices publics. Les trois grands fresquistes mexicains sont José Orozco (1883-1949), David Siqueiros (1896-1974) et Diego Rivera (1886-1957). Leurs fresques, bien que financées par les pouvoirs publics, sont très engagées politiquement et cherchent à mettre en évidence la condition difficile du peuple mexicain. La colonisation espagnole et l'oppression des peuples aztèque et maya font également partie des thèmes traités.
Le troisième aspect de cette peinture est justement la part qu'elle consacre aux cultures précolombiennes. Les grands fresquistes ont toujours laissé une certaine place à l'histoire et aux coutumes précolombiennes, mais certains peintres d'origine indienne en ont fait le cœur même de leur œuvre. C'est le cas de Rufino Tamayo (1899-1991) dont les tableaux présentent une forte originalité par rapport à ceux des peintres dominants de la première moitié du 20e siècle.
La grande artiste Frida Kahlo tient une place éminente dans l'art mexicain du 20e siècle. Sa peinture est plus orientée vers sa vie personnelle. Si les portraits et autoportraits sont nombreux, la vie politique n'est cependant pas absente. Frida Kahlo a été qualifiée de surréaliste mais elle récusait cette étiquette, incontestablement réductrice. Cependant, son travail étant axé sur l'intériorité humaine et chargé de symboles, il apparaît souvent proche du style et des préoccupations des surréalistes.
Le succès international de la peinture mexicaine du 20e siècle ne doit rien au hasard. Les grands artistes précités avaient pour ambition de s'adresser à un large public. Il s'agissait même d'une obligation puisque les grands cycles de fresques ornant les édifices publics, et financés par l'Etat, avaient aussi un rôle éducatif. La largeur de champ de l'inspiration contraste d'ailleurs avec certaines expérimentations confidentielles de la peinture européenne. Les artistes mexicains se veulent à la fois enracinés dans l'histoire de leur pays et complètement universels par le message que porte leur œuvre. Leur style emprunte à la Renaissance et aux mouvements artistiques les plus féconds du 20e siècle comme le cubisme et le surréalisme, associant ainsi la plus haute tradition et la modernité.

 

José Orozco (1883-1949)

José Orozco a reçu une formation d'agronome, mais il étudie la peinture à partir de 1908. Ses premiers tableaux se rattachent au postimpressionnisme, puis dans les années 1920, il s'oriente vers la réalisation de fresques d'inspiration politique axées sur la violence et la souffrance subies par le peuple mexicain. Sa célébrité le conduit aux Etats-Unis où il réalise son œuvre la plus ambitieuse : Épopée de la civilisation américaine. Il s'agit d'une fresque composée de 24 panneaux, d'une dimension totale de 28 mètres environ, peinte au Dartmouth College de Hanover dans le New Hampshire. A son retour au Mexique, il reçoit de nombreuses commandes publiques (Université de Guadalajara, Palais du gouvernement du Jalisco, Hôpital Cabañas).

 

José Orozco. L'épopée de la civilisation américaine, détail ( 1932-34)

José Orozco. L'épopée de la civilisation américaine, détail (1932-34)

Fresque. Dartmouth College, Hanover, New Hampshire

Le détail représente le départ de Quetzalcóatl (soit le serpent à plumes de Quetzal) une divinité de l'époque précolombienne.

José Orozco. Catharsis (1934)

José Orozco. Catharsis (1934)

Fresque, Palacio de Bellas Artes, Mexico.

 

 

David Siqueiros (1896-1974)

José de Jesús Alfaro Siqueiros, dit David Siqueiros, est un grand fresquiste mexicain et un militant politique. Il adhère au parti communiste en 1923 et en restera membre jusqu'à sa mort. Ses fresques illustrent cet engagement politique. Siqueiros utilise des couleurs contrastantes et des jeux de lumière pour accentuer les effets dramatiques. Les fresques murales peuvent être extérieures et donc exposées aux intempéries. Les artistes mexicains ont cherché des techniques permettant d'accroître la résistance des peintures. On s'oriente alors vers des peintures industrielles conçues spécifiquement pour des produits devant résister aux agressions climatiques. C'est ainsi qu'à partir de 1933, Siqueiros utilise des peintures à base de pyroxyline (solution organique de nitrocellulose) employées pour la protection des bâtiments industriels.

 

David Siqueiros. Mère prolétarienne (1929)

David Siqueiros. Mère prolétarienne (1929)

Huile sur toile de jute, 249 × 180 cm, Museum of Modern Art, New York

David Siqueiros. Portrait de Margarita Urueta (1947)

David Siqueiros. Portrait de Margarita Urueta (1947)

Pyroxyline, 142 × 117 cm, collection privée

Margarita Urueta, née en 1918, est une écrivaine mexicaine.

 

 

Diego Rivera (1886-1957)

Diego Rivera est, avec Frida Kahlo, le peintre mexicain le plus connu du grand public à l'échelle internationale. Il vient d'une famille d'instituteurs et a très tôt la vocation de peintre. A partir de 1896, il suit les cours de l'Académie des Beaux-arts de San Carlos. De 1907 à 1921, il vit en Europe, dans différents pays, et subit l'influence des cubistes comme en témoignent ses tableaux de l'époque. Dans les années 1920, il s'engage politiquement à gauche et devient l'un des chefs de file du muralisme. Sa maîtrise technique exceptionnelle lui permet de peindre les fresques les plus ambitieuses de la peinture mexicaine. Les plus célèbres ornent les murs du Palais National et retracent les grands épisodes de l'histoire du Mexique depuis l'époque précolombienne (voir ci-dessous). La peinture de Rivera ne se limite pas aux fresques ; elle est très diversifiée et ses nombreux portraits de femmes en sont un aspect essentiel.
Diego Rivera eut une vie particulièrement agitée tant sur le plan politique que sentimental. En 1922, il épouse Guadalupe Marin, l'un de ses modèles. Ils se séparent en 1928 car il a rencontré Frida Kahlo qu'il épouse en 1929. Ils divorceront en 1939 et se remarieront un an plus tard. Les mariages n'empêchent pas Rivera d'avoir de nombreuses maîtresses et des enfants qu'il ne reconnaît pas.

 

 Diego Rivera. Danseuse au repos (1939)Diego Rivera. Danseuse au repos (1939)

Huile sur toile, 95 × 166 cm, Museo Dolores Olmedo Patino,Mexico

 

Diego Rivera. Mort du capitalisme (1928) 

Diego Rivera. Mort du capitalisme (1928)

Fresque, Cour des Fêtes, ministère de l'Éducation, Mexico

 Diego Rivera. L'histoire du Mexique (1929-51)

Diego Rivera. L'histoire du Mexique (1929-51)

Fresque, Palais National, Mexico

Cette grande fresque orne l'escalier monumental du Palais National et retrace une partie de l'histoire du Mexique. Il y a de nombreuses autres fresques de Rivera dans cet édifice. La réalisation de cet ensemble s'est étalée sur plus de 20 ans, de 1929 à 1951, mais pas de façon continue.

 Diego Rivera. L'histoire du Mexique, détail 1 (1929-51)

Diego Rivera. L'histoire du Mexique, détail 1 (1929-51)

Fresque, Palais National, Mexico

Le marché précolombien de Tlatelolco avec à l'arrière-plan la ville de Tenochtitlan, capitale de l'empire aztèque.

 Diego Rivera. L'histoire du Mexique, détail 2 (1929-51)

Diego Rivera. L'histoire du Mexique, détail 2 (1929-51)

Fresque, Palais National, Mexico

La conquête espagnole et la guerre de libération nationale.

Pour une étude détaillée des fresques du Palacio Nacional, voir le blog lapartmanquante

 Diego Rivera. Portrait de Lupe Marin (1938)

Diego Rivera. Portrait de Lupe Marin (1938)

Huile sur toile, 171,3 cm × 122,3 cm, Museo de Arte Moderno, Mexico

Guadalupe Marin (1895-1983) est une romancière et le seconde épouse de Diego Rivera.

 Diego Rivera. Le jour des morts (1944)

Diego Rivera. Le jour des morts (1944)

Huile sur panneau, 91 × 73,5 cm, Museo de Arte Moderno, Mexico

 Diego Rivera. Portrait de Cuca Bustamante (1946)

Diego Rivera. Portrait de Cuca Bustamante (1946)

Huile sur toile, 158 × 122,5 cm, Museo de Arte Moderno, Mexico

 

 

Frida Kahlo (1907-1954)

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón, dite Frida Kahlo, est issue d'un milieu aisé de la bourgeoisie mexicaine. Sa vie fut remplie de souffrance et la peinture a été pour elle une façon d'exprimer cette souffrance. A 8 ans elle contracte la poliomyélite et sa jambe droite s'atrophie. Elle est régulièrement moquée par ses camarades de classe (« Frida l'estropiée »). A 16 ans, elle entre à l'Escuala Nacional Préparatoria, l'un des meilleurs établissements du Mexique, s'intéresse aux sciences et ambitionne de devenir médecin. En 1925, à l'âge de 18 ans, le bus qui la ramenait chez elle percute en tramway. Frida est grièvement blessée : son abdomen a été transpercé par une barre de métal et on détecte deux vertèbres brisées et onze fractures de la jambe droite. Après de nombreuses opérations, la convalescence nécessite le port de corsets de plâtres pendant de longs mois. Pendant cette convalescence, sa mère lui apporte un chevalet. Frida Kahlo commence à peindre des autoportraits à l'aide d'un miroir accroché au-dessus de son lit. Elle peindra au cours de sa carrière 55 autoportraits symbolisant en général la douleur, l'isolement, le corps brisé. En 1928, elle rencontre Diego Rivera, de 21 ans son aîné, et commence une liaison passionnelle et instable. Elle épouse Rivera en 1929, divorce en 1939 et se remarie avec lui en 1940. Elle a eu une courte liaison, en 1937, avec Léon Trotsky (1879-1940), en exil au Mexique, qui avait été accueilli par le couple de peintres dans leur maison de Mexico, la Casa azul (la Maison bleue). Le couple a également accueilli André Breton, le théoricien du surréalisme, en 1938. Frida Kahlo sera alors considérée comme une surréaliste, mais s'en défendra :
« On me prenait pour une surréaliste. Ce n'est pas juste. Je n'ai jamais peint de rêves. Ce que j'ai représenté était ma réalité. » (1)
Frida Kahlo continuera sa vie durant à subir la douleur physique consécutive à son accident : port d'un corset de fer, opérations de la colonne vertébrale. En 1953, elle doit être amputée de la jambe droite jusqu'au genou car la gangrène avait atteint cette jambe. En 1954, elle meurt d'une pneumonie.

(1) Journal de Frida Kahlo, éditions du Chêne.

 

Frida Kahlo. La terre (1949)Frida Kahlo. L'étreinte d'amour de l'Univers, de la Terre (Mexique), Diego, Moi, et Señor Xolotl (1949)

Huile sur toile, 70 × 60,5 cm, collection Jacques & Natasha Gelman, Mexico

 

Frida Kahlo. Autoportrait à la robe de velours (1926)

Frida Kahlo. Autoportrait à la robe de velours (1926)

Huile sur toile, 31 × 23 cm, collection particulière

Frida Kahlo. Deux femmes (1929)

Frida Kahlo. Deux femmes (1929)

Huile sur toile, 69 × 53 cm, collection particulière

Frida Kahlo. Frida et Diego Rivera (1931)

Frida Kahlo. Frida et Diego Rivera (1931)

Huile sur toile, 99 × 78,7 cm. San Francisco Museum of Modern Art, San Francisco

Frida Kahlo. La colonne brisée (1944)

Frida Kahlo. La colonne brisée (1944)

Huile sur masonite (Isorel), 43 × 33 cm, Collection de Dolores Olmedo, Mexico

Frida Kahlo. Magnolias (1945)

Frida Kahlo. Magnolias (1945)

Huile sur masonite (Isorel), 41 × 57 cm, Collection Balbina Azcárraga, Mexico

Frida Kahlo. Nature morte avec perroquet (1951)

Frida Kahlo. Nature morte avec perroquet (1951)

Huile sur toile, 25,4 × 28,9 cm

 

 

Rufino Tamayo (1899-1991)

Rufino Tamayo (1899-1991), d'origine zapotèque, conserve de son enfance le souvenir des légendes indiennes transmises de génération en génération. Il suit les cours de l'Académie des Beaux-arts de San Carlos où il rencontre Frida Kahlo. Il commence à exposer à Mexico dans les années 1920 et sa peinture trouve également un écho à New York. Contrairement aux trois grands muralistes (voir ci-dessus), il n'est pas engagé politiquement, ce qui conduira certains d'entre eux à dénigrer sa peinture. Et il est vrai qu'elle n'a pas du tout l'aspect revendicatif et contestataire qui est la dominante idéologique des artistes mexicains de cette époque.
Tamayo crée un style qui lui est propre en s'inspirant à la fois du cubisme, du surréalisme et de l'art populaire maya et aztèque. Son œuvre très poétique est caractérisée par des couleurs vives et contrastantes et des figures sculpturales inspirées de l'art précolombien. Ce grand artiste a su rester indépendant des courants dominants, ce qui lui a permis de faire éclore, après bien des années, une peinture onirique chargée de toute une symbolique mexicaine mais aspirant à l'universel.

 

 Rufino Tamayo. Le femme avec un masque rouge (1940)Rufino Tamayo. Le femme avec un masque rouge (1940)

 

Rufino Tamayo. Enfants (1924) Rufino Tamayo. Enfants (1924)
Rufino Tamayo. Femme à l'ananas (1941) Rufino Tamayo. Femme à l'ananas (1941)
Rufino Tamayo. Le troubadour (1945) Rufino Tamayo. Le troubadour (1945)
Rufino Tamayo. Enfants jouant avec le feu (1947) Rufino Tamayo. Enfants jouant avec le feu (1947)

 

 

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