Caravage

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Portrait

 

Caravage par Ottavio Leoni (1621)

 Caravage par Ottavio Leoni (1621)

Craie sur papier bleu, 23,4 × 16,3 cm, Biblioteca Marucelliana, Florence

 

 Biographie

 

1571-1610

Michelangelo Merisi, dit Caravaggio (en français Caravage), est né à Milan en 1571. Son nom d’artiste provient de la petite commune proche de Bergame (Lombardie) où il passa son enfance : Caravaggio.  Son père y travaillait comme contremaitre, maçon, architecte et intendant du marquis de Caravaggio. En 1584, il entre comme apprenti dans l’atelier du peintre milanais Simone Peterzano (1540-1596) où il reste quatre ans. Il revient ensuite à Caravaggio puis, en 1592, part pour Rome. Il mène dans cette ville une vie difficile, travaillant pour le compte de peintres comme Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin (1568-1640), peintre attitré du pape. Il peint d’abord des scènes de genre comme Garçon avec un panier de fruits (1593) ou Les Musiciens (1595).

 

Caravage. Les musiciens (1595)Caravage. Les musiciens (1595)

 

Remarqué par le cardinal Francesco Maria Borbone del Monte (1549-1626), qui lui achète Les Tricheurs, Caravage loge au palais Madame (actuellement immeuble du Sénat) à partir de 1597. Ce puissant protecteur permettra à Caravage de recevoir des commandes du clergé pour la décoration des édifices religieux : Le Martyre de Saint-Matthieu (1599-1600), La conversion de Saint-Paul sur le chemin de Damas (1600-01). Ces tableaux très novateurs, qui allient mouvement, ombre et lumière, seront très remarqués. Mais Caravage a un tempérament de mauvais garçon, violent et querelleur. Il est mêlé à des affaires de mœurs et à des affaires criminelles et fait plusieurs séjours en prison et à l’hôpital.

Cependant, son génie pictural ne passe pas inaperçu. Sa renommée dépasse les limites de Rome et se répand à toute l’Italie. Son réalisme parfois violent − Judith décapitant Holopherne (1598) − heurte certaines sensibilités ou certains conformismes et nombre de ses tableaux sont refusés.

Le tempérament violent de Caravage va bouleverser sa vie. En 1606, au cours d’une rixe, il tue en duel Ranuccio Tomassoni, le chef de la milice de son quartier. Condamné à mort, il s’enfuit de Rome en 1607. Commence alors une vie errante : Naples, Malte, la Sicile puis à nouveau Naples. Il continue à peindre et à produire des chefs-d’œuvre.  En 1610, il apprend que le pape est disposé à lui accorder sa grâce. Il s’embarque pour Rome, mais lors d’une escale à Palo, il est arrêté et jeté en prison. Relâché quelques jours plus tard, son bateau est déjà reparti. Il décide de faire le trajet à pied et parvient à arriver à Porto Ercole à une centaine de kilomètres. Mais il a contracté la malaria et il décède dans cette ville le 18 juillet 1610 à l’âge de 38 ans.

 

Œuvre

 

Caravage est un des plus grands novateurs de l’époque. Sa peinture tranche avec le maniérisme pour s’orienter vers un réalisme puissant et des évolutions esthétiques majeures.

 1. Le réalisme

 Avec Caravage, nous quittons les représentations idéalisées des personnages bibliques. Il choisit des modèles humains de type populaire, souvent même des marginaux : prostituées, mendiants, enfants des rues. Les corps humains sont naturalistes avec une mise en évidence de la musculature comme dans Le Martyre de Saint-Matthieu, La Mise au tombeau ou David avec la tête de Goliath. L’Eglise catholique, qui cherche à frapper les esprits face au puritanisme protestant, adoptera une politique sélective : des toiles seront refusées comme choquantes, beaucoup d’autres seront acceptées.

 2. Le clair-obscur

 Caravage joue beaucoup avec le contraste lumière-obscurité, grande innovation esthétique, que l’on retrouvera  au 20e siècle dans le cinéma et la photographie. Sur un fond sombre, la scène principale est éclairée comme une scène de théâtre avec un projecteur, ce qui accentue considérablement les contrastes ombre-lumière : Le Martyre de Saint-Matthieu, La vocation de Saint-Matthieu, Amour endormi.

 3. L’érotisme

 

Caravage. Amour victorieux (1602)Caravage. Amour victorieux (1602) 

 

Le regard de Caravage se porte principalement sur les corps masculins et on a donc beaucoup commenté sa probable homosexualité. Le corps des femmes (Judith décapitant Holopherne) ne semble pas désirable pour le peintre et par conséquent pour le spectateur, même si le décolleté de la Vierge (La Madone des palefreniers) avait été condamné à l’époque. Ce sont de toute évidence les garçons qui intéressent Caravage, il suffit de regarder : Garçon avec un panier de fruits, Les musiciens, Bacchus, Amour victorieux. Bien entendu, cet aspect de la personnalité du peintre ne pouvait pas être abordé aux 16e et 17e siècles, ni même au cours des siècles suivants. Le plus étrange est que certains évoquent encore aujourd’hui « l’érotisme ambigu » de l’artiste.

 

Caravage. Garçon avec un panier de fruits (1593)Garçon avec un panier de fruits (1593). Huile sur toile, 70 × 67 cm, Galleria Borghese, Rome. L'un des premiers tableaux de Caravage concilie le portrait et la nature morte. Un jeune garçon vêtu « à l'Antique » serre contre sa poitrine une corbeille de fruits. Celle-ci permet au jeune artiste d'utiliser de multiples couleurs pour représenter raisins, pommes, poires, abricots, figues, grenades, feuilles de vigne, de poirier et de citronnier.

 
Caravage. Les Tricheurs (1594-95).
Les Tricheurs (1594-95). Huile sur toile, 92 × 129 cm, Kimbell Art Museum, Fort Worth. Trois personnages sont absorbés par une partie de cartes. Le joueur honnête, à gauche, est opposé à un tricheur qui cache des cartes dans sa ceinture. Un acolyte le renseigne sur le jeu de son adversaire. Le fond uni et le traitement de la lumière sur les visages permettent de souligner les attitudes.
 
Caravage. Les musiciens (1595)
Les musiciens (1595). Huile sur toile, 92 × 118,5 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Caravage cherche à représenter un groupe de personnes en vue d'une association allégorique musique-amour. Le joueur de luth accorde son instrument. Le personnage se trouvant derrière lui pourrait être un autoportrait du jeune Caravage. Le musicien vu de dos déchiffre une partition. Enfin, à gauche, un Cupidon ailé tient une grappe de raisin.
 
Caravage. Bacchus (1596-97)
Bacchus (1596-97). Huile sur toile, 95 × 85 cm, Galerie des Offices, Florence. Bacchus est un Dieu romain correspondant à Dionysos dans la mythologie grecque. C'est le dieu du vin, de l'ivresse, des débordements, notamment sexuels, ainsi que de la nature. La Bacchus de Caravage est totalement atypique car, visiblement, il s'agit d'un jeune garçon au regard triste, déguisé pour la circonstance. Le style vestimentaire se veut antique mais semble artificiel. Caravage utilisait comme modèles les voyous des rues de Rome, dont il édulcorait sans doute les imperfections physiques.
 
Caravage. Judith décapitant Holopherne (1598)
Judith décapitant Holopherne (1598). Huile sur toile, 145 × 195 cm, Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome. Scène issue de l'Ancien Testament. Judith, après avoir séduit le général assyrien Holopherne, l'assassine dans son sommeil pour sauver son peuple du tyran pendant le siège de Béthulie. Une servante l'accompagne portant le sac pour emmener la tête quand elle sera coupée. Artemisia Gentileschi reprendra le thème en 1620
 
Caravage. Corbeille de fruits (1599)
Corbeille de fruits (1599). Huile sur toile, 31 × 47 cm, Pinacoteca Ambrosiana, Milan. La nature morte, genre jugé inférieur à l'époque, semble intéresser Caravage. Il avait déjà traité une corbeille de fruits avec un portrait en 1593 (voir ci-dessus). Il réitère l'expérience, mais donne à ses fruits et à sa corbeille elle-même une réalité qui semble palpable.
 

Caravage. La vocation de saint Matthieu  (1599-1600)

La vocation de saint Matthieu  (1599-1600). Huile sur toile, 322 × 340 cm, chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français, Rome. A gauche, le percepteur Levi (le nom de saint Matthieu avant qu'il ne devienne apôtre) est assis à une table avec ses quatre aides, comptant les revenus du jour. Le Christ (à droite, qui tend le bras) entre avec Saint-Pierre (au premier plan à droite). D’un geste il appelle Levi (barbu). Étonné par l’intrusion, Levi semble dire, "Qui, moi ?", sa main droite restant sur la pièce de monnaie qu'il avait comptée avant l'entrée de Christ.

 

Caravage. Le martyre de saint Matthieu (1599-1600)

Le martyre de saint Matthieu (1599-1600). Huile sur toile, 323 × 343 cm, chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français, Rome. L'apôtre martyrisé, Matthieu, est à terre. Son bourreau, personnage typiquement caravagesque, représenté en pleine lumière, le tient à sa merci, s’apprêtant à lui donne le coup de grâce. Comme le précédent, ce tableau monumental est une affirmation magistrale du style de l’artiste, qui utilise le clair-obscur pour accentuer la dramatisation.

 

Caravage. La conversion de saint Paul (1600-1601)

La conversion de saint Paul (1600-1601). Huile sur bois, 237 × 189 cm, collection Odescalchi, Rome. Suivant les textes évangéliques, Paul est surpris par la voix de Dieu, mais il n'y a pas d'apparition visible dans ce tableau. Caravage scénarise à sa façon l'épisode biblique en plaçant saint Paul à terre, face et bras vers le ciel, la tête au premier plan. Le palefrenier maintient le cheval et observe Paul. Le cheval occupe presque la moitié du tableau.

 
Caravage. Amour victorieux (1602)
Amour victorieux (1602). Huile sur toile, 156 × 113 cm, Staatliche Museen, Berlin. Cupidon est en général un jeune garçon angélique et idéalisé. Il est ici physiquement beaucoup plus réaliste. Le regard narquois et la pose sexuellement provocante ont conduit certains critiques à parler de l’attirance homosexuelle de Caravage pour son modèle. C’est assez évident.
 
Caravage. La mise au tombeau (1602-03)
La mise au tombeau (1602-1603). Huile sur toile, 300 × 203 cm, Pinacoteca, Vatican. Le tableau adopte une composition diagonale avec, en haut, trois Marie dont Marie Cléophas les bras levés. Au centre Joseph d’Arimathie soutient le Christ mort par les jambes, le regard vers le spectateur. A gauche Jean soutient le haut du corps. Tous ces personnages reposent sur la dalle du tombeau.
 
Caravage.La madone des palefreniers ou La madone au serpent (1606)
La madone des palefreniers ou La madone au serpent (1606). Huile sur toile, 292 × 211 cm, Galleria Borghese, Rome. Marie, en rouge, soutient son fils qui appuie son pied sur le sien pour écraser un serpent. Sainte Anne, patronne des palefreniers de Rome (commanditaires de l'œuvre) observe la scène. Le tableau fut refusé en raison de la nudité de l'enfant (jugé trop âgé) et du décolleté de la Vierge.
 
Caravage. David avec la tête de Goliath (1610)
David avec la tête de Goliath (1610). Huile sur bois, 91 × 116 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Selon le récit biblique, Goliath était un géant « de six coudées et un empan » soit environ 2,90 m. Goliath sortit du camp philistin et mit l’armée d’Israël au défi de trouver un homme suffisamment fort pour gagner un duel déterminant l’issue du conflit entre les deux nations. David, jeune berger agréé par Dieu, releva le défi lancé par Goliath. Après avoir déclaré qu’il venait contre lui avec l'appui de Dieu, David lui jeta une pierre avec sa fronde. Celle-ci s'enfonça dans le front de Goliath qui tomba à terre. David lui prit son épée et acheva le géant en lui coupant la tête.
 
Caravage. Portrait d’Alof de Wignacourt (1608)
Portrait d’Alof de Wignacourt (1608). Huile sur toile, 195 × 134 cm, musée du Louvre, Paris. Alof de Wignacourt (1547-1622) est le 54e grand maître de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Il est accompagné d’un jeune page portant son heaume.
 
Caravage. Amour endormi (1608)
Amour endormi (1608). ). Huile sur toile, 71 × 105 cm, Palais Pitti, Florence. Suite de l’Amour victorieux. Mais il n’est plus désirable et il est même laid. A cette date, Caravage appartenait à l’Ordre des Chevaliers de Malte. Pour reprendre le vocabulaire de la morale chrétienne de l’époque, il n’était pas astreint à la chasteté mais ne devait surtout pas sombrer dans la  concupiscence. Par contre, les thèmes de la mort, de la souffrance ou de la punition étaient tout à fait convenables.
 

Caravage. Le martyre de sainte Ursule (1610)

Le martyre de sainte Ursule (1610). Huile sur toile, 140,5 × 170,5 cm, Palais Zevallos Stigliano, Naples. Cette scène est issue de La Légende dorée de Jacques de Voragine : Ursule, fille du roi de Bretagne, a reçu une flèche. Son bourreau, à gauche, tient encore l'arc. Le personnage en armure derrière sainte Ursule a le visage de Caravage.

 

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