Jean Hey, Maître de Moulins

 
 

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Jean Hey. Triptyque de Moulins, panneau central, détail 1 (1500-01)Jean Hey. Triptyque de Moulins, panneau central, détail (1500-1501)

 

Biographie

 

v. 1450-1505

Les historiens ont longtemps cherché qui pouvait bien être le Maître de Moulins. Plusieurs hypothèses ont été envisagées, mais une quasi-unanimité se dessine aujourd'hui sur le nom de Jean Hey. On ignore presque tout de la vie de Jean Hey et il a donc fallu en reconstituer des bribes à partir de tableaux qui lui ont été attribués. Leurs commanditaires, leurs dates, leur style peuvent fournir des indications. Il existe également une inscription au revers de Ecce Homo (1494), conservé au Musée de Beaux-arts de Bruxelles, qui permet d'authentifier ce tableau comme une œuvre de Jean Hey. Cette même inscription conduit à penser que ce peintre est originaire des Pays-Bas. Sa période d'activité se situant entre 1480 et 1501 environ, les historiens présument qu'il est né aux environs de 1450.
Jean Hey connaissait l'œuvre du peintre flamand Hugo Van der Goes (1440-1482) car certains de ses tableaux marquent une filiation stylistique. Il aurait même pu être dans sa jeunesse l'élève de Van der Goes. Quand le futur Maître de Moulins arrive-t-il en France ? On l'ignore, mais au début de la décennie 1480, il s'y trouve certainement puisque nous possédons au musée Rolin à Autun une Nativité peinte pour le cardinal Jean Rolin (1408-1483) qui fut auparavant évêque d'Autun. Le commanditaire étant mort en 1483, le tableau a été peint en France antérieurement.
A la fin de la décennie 1480-90, Jean Hey entre à la cour des Bourbons à Moulins. Les Bourbons sont en pleine ascension à cette époque. Pierre II de Bourbon (1438-1503) a épousé en 1474 la fille de Louis XI (branche des Valois), Anne de France dite Anne de Beaujeu (1461-1522). A la mort de Louis XI en 1483, il exerce donc avec elle la régence du royaume de France. La carrière artistique de Jean Hey va dès lors se dérouler à Moulins avec pour principaux commanditaires les membres de la famille de Bourbon.
Ainsi, entre 1490 et 1495, il réalise le portrait de la fille naturelle de Philippe le Bon, Madeleine de Bourgogne. A la même époque, il peint Marguerite d'Autriche enfant, qui était fiancée à Charles VIII de France. L'enfant vivait à Amboise, mais elle avait fait le voyage vers Moulins pour rencontrer Charles VIII. Le peintre bénéficie de nombreuses commandes venant des Bourbons ou de leur entourage. Le fameux Ecce Homo de 1494 est commandé par Jean Cueillette qui était investi de fonctions administratives importantes auprès de Pierre II de Bourbon. Quelques déplacements sont nécessaires pour la réalisation de portraits. Ainsi, en 1494, Jean Hey se rend en Touraine. Anne de Bretagne lui a commandé un portrait du dauphin Charles-Orland qui résidait à Blois et Amboise. Le maître de Moulins peint son chef-d'œuvre, le Triptyque de Moulins, vers 1500-1501. La date exacte de son décès est inconnue mais pourrait se situer vers 1505.

 

Œuvre

 

Le Maître de Moulins est le peintre français le plus important du dernier quart du 15e siècle. Son origine néerlandaise ou flamande lui fournit une base technique très solide qu'il saura utiliser avec talent et habileté pour élaborer en France un style adapté à la demande locale. Il parvient à tempérer la rudesse du réalisme flamand en l'incorporant à des compositions équilibrées dans lesquelles apparaît un raffinement très français. La double influence de la Renaissance italienne et de la formation flamande permet ainsi à ce grand maître de la fin du 15e siècle d'atteindre une exceptionnelle originalité.
On pourra par exemple comparer le volet gauche du Triptyque Portinari d'Hugo Van der Goes et Pierre II de Bourbon présenté par saint Pierre de Jean Hey.

 

Van der Goes. Triptyque Portinari, volet gauche (1475-77) Van der Goes. Triptyque Portinari, volet gauche (1475-77)
Jean Hey. Pierre II de Bourbon, présenté par saint Pierre (1492-93) Jean Hey. Pierre II de Bourbon, présenté par saint Pierre (1492-93)

 

La similitude des couleurs choisies est frappante pour le saint Thomas de Van der Goes et le saint Pierre de Hey : le rouge et le vert. La composition d'ensemble comprend dans les deux cas : personnages, structure architecturale et paysage d'arrière-plan. Le Maître de Moulins a adouci la rudesse de l'arrière-plan en choisissant un paysage méditerranéen comme pouvaient le faire les peintres florentins. L'architecture, qui est une ruine chez le flamand, devient très raffinée chez le français. Les visages ont plus de quiétude et moins de dureté chez Jean Hey.

L'art de la synthèse qui imprègne l'œuvre du Maître de Moulins n'aura pas de postérité. La peinture française du 16e siècle, a fortiori celle du 17e, sera surtout influencée par l'Italie, très peu par la Flandre.

 

Jean Hey. Nativité (1480)

Nativité (1480). Bois, 55 x 71 cm, musée Rolin, Autun. Episode mythique de la naissance de Jésus-Christ. Marie (mère), Joseph (époux de Marie) et quelques personnages saints ainsi que des anges sont en général représentés. Commandée par le cardinal Jean Rolin (1408-1483), cette nativité s'inspire directement du style d'Hugo Van der Goes, en particulier pour le paysage en arrière-plan et les deux bergers. Le personnage agenouillé à droite est le cardinal Rolin. 
 
Jean Hey. Portrait de Charles II de Bourbon (v. 1485)Portrait de Charles II de Bourbon (v. 1485). Tempera sur bois, 35 × 27 cm, Alte Pinakothek, Munich. Ce prélat français (1433-1488) de la famille de Bourbon fut archevêque de Lyon. Il a une cinquantaine d'années au moment du portrait : le peintre atténue nettement les imperfections du visage sans idéaliser outre mesure. La dignité ecclésiastique est, comme il se doit, bien présente.
 
Jean Hey. Portrait de Marguerite d'Autriche (1490-91)Portrait de Marguerite d'Autriche (1490-91). Tempera et huile sur bois, 32,7 × 23 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Marguerite d'Autriche (1480-1530), fille de l'empereur Maximilien Ier (1459-1519), fut fiancée à l'âge de trois ans à Charles VIII de France (1470-1498) qui la répudia en 1491. Elle a ici dix ans et le portrait a été réalisé peu avant sa répudiation. Ce magnifique portrait d'une enfant triste est à mi-chemin entre le réalisme flamand et une certaine idéalisation à l'italienne. C'est ce qui lui donne une mélancolique douceur accentuée par le paysage à l'arrière-plan.
 
Jean Hey. Pierre II de Bourbon, présenté par saint Pierre (1492-93)Pierre II de Bourbon, présenté par saint Pierre (1492-93). Huile sur bois, 84 × 77 cm, musée du Louvre, Paris. Pierre II de Bourbon (1438-1503) est seigneur de Beaujeu, duc de Bourbon et d'Auvergne. La seigneurie de Beaujeu est située au nord de Lyon. Ce tableau appartenait au triptyque des Bourbons avec Anne de France présentée par saint Jean et le Portrait de Suzanne de Bourbon enfant (ci-après)
 
 Jean Hey. Anne de France, présentée par saint Jean l'Evangéliste (1492-93)Anne de France, présentée par saint Jean l'Evangéliste (1492-93). Huile sur bois, 73 x 53 cm, musée du Louvre, Paris. Anne de France, dite Anne de Beaujeu (1461-1522) est la fille aînée de Louis XI (1423-1483) et de Charlotte de Savoie (1441-1483). Elle sera mariée à Pierre II de Bourbon en 1474 (elle a treize ans) et deviendra régente de France de 1483 à 1491 du fait de la minorité de son frère Charles VIII (1470-1498), futur roi de France. L'appellation Anne de Beaujeu provient du titre de son mari qui était seigneur de Beaujeu.
 
Jean Hey. Portrait de Suzanne, duchesse de Bourbon (1492-93)Portrait de Suzanne, duchesse de Bourbon (1492-93). Huile sur bois, 26,8 × 16,2 cm, musée du Louvre, Paris. Ce portrait est aussi appelé L'enfant en prière. Suzanne (1491-1521) est la fille de Pierre II de Bourbon et d'Anne de France.
 
Jean Hey. Portrait de Madeleine de Bourgogne (1490-95)Portrait de Madeleine de Bourgogne (1490-95). Huile sur bois, 56 x 40 cm, musée du Louvre, Paris. On suppose qu'il s'agit de Madeleine de Bourgogne, dame de Laage (agenouillée), qui est présentée par sainte Madeleine. Madeleine de Bourgogne était une fille naturelle de Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon (1396-1467). Sa mère n'est pas connue, pas davantage que ses dates de naissance et de décès. Elle épousa en 1486 Bompar de Laage, chambellan du duc de Bourbon.

Jean Hey. Portrait du dauphin Charles-Orland (1494)

Portrait du dauphin Charles-Orland (1494). Huile sur bois, 39 × 33 cm, musée du Louvre, Paris. Charles-Orland de France (1492-1495) est le fils de Charles VIII de France (1470-1498) et d'Anne de Bretagne (1477-1514). Héritier du trône de France, il meurt de la rougeole à l'âge de 3 ans. Le prénom Orland est une adaptation de l'italien Orlando.
 
 Jean Hey. Ecce Homo (1494)Ecce Homo (1494). Bois, 39 × 30, Musée de Beaux-arts, Bruxelles. Jésus Christ a été battu et couronné d'épines. Il doit être crucifié. Ponce Pilate, préfet de Judée, le présente à la foule en disant : Ecce homo (Voici l'homme). Le commanditaire du tableau est Jean Cueillette qui était investi de fonctions administratives importantes auprès de Pierre II de Bourbon (secrétaire, trésorier, receveur général des finances). Une inscription au dos du tableau indique qu'il a été réalisé par Jean Hey : « Jo . hey . teutoni / cu . pictorem . egregiu .» ; ce qui permet également d'inférer l'origine néerlandaise du peintre.
 
Jean Hey. Charlemagne et la rencontre à la Porte Dorée (v. 1500)Charlemagne et la rencontre à la Porte Dorée (v. 1500). Bois, 72 × 59 cm, National Gallery, Londres. Il s'agit d'un épisode de la mythologie chrétienne. Anne et Joachim, les parents de la Vierge, n'avaient pas d'enfants après vingt ans de mariage. La rencontre à la Porte Dorée à Jérusalem symbolise le moment où Anne est enfin enceinte de la Vierge. Le mythe de l'immaculée conception en résulte. Charlemagne apparaît comme intercesseur entre l'humain et le divin. Ce tableau faisait à l'origine partie d'un retable, d'où le regard de Charlemagne vers la droite c'est-à-dire vers un autre panneau du retable. Giotto avait déjà traité le sujet vers 1303-1305.
 
Jean Hey. Annonciation (v. 1500)Annonciation (v. 1500). Huile sur bois, 72 × 50,2 cm, Art Institute, Chicago. L'archange Gabriel (à gauche) annonce à la Vierge Marie la naissance prochaine du Christ (maternité divine de la Vierge selon le dogme chrétien). Cette Annonciation à l'esthétique très flamande a pour cadre un intérieur de l'aristocratie de l'époque. Le dallage au sol et la voûte à l'arrière-plan permettent de créer un effet de perspective.
 
Jean Hey. Triptyque de Moulins, ouvert (1500-01)Triptyque de Moulins, ouvert (1500-01). Bois, 157 × 283 cm, Cathédrale de Moulins. Commandé par Pierre II de Bourbon, seigneur de Beaujeu, et Anne de France, son épouse, ce triptyque ornait la nouvelle chapelle construite à l'occasion de la rénovation du château de Moulins. Il représente une Vierge de miséricorde au centre et les donateurs sur les ailes latérales.
 
Jean Hey. Triptyque de Moulins, fermé (1500-01)Triptyque de Moulins, fermé (1500-01). Comme il était de coutume, le retable en position fermée laisse apparaître une grisaille représentant une Annonciation (la Vierge à gauche, l'archange Gabriel à droite). La grisaille est une technique picturale utilisant des nuances d'une même couleur avec effets de clair-obscur imitant la pierre.
 
Jean Hey. Triptyque de Moulins, panneau central (1500-01)Triptyque de Moulins, panneau central (1500-01). Représentation proche du gothique de la Vierge et de l'enfant entouré d'une nuée d'anges. L'influence flamande est nette. Il n'y a rien de la Renaissance italienne dans ce panneau. Le soin remarquable apporté aux couleurs avec d'infinies nuances (voir les anges) permettait certainement de satisfaire les commanditaires. La composition circulaire crée le mouvement avec des anges qui semblent tourner autour de la Vierge, astre central.
 
 Jean Hey. Triptyque de Moulins, panneau central, détail 1 (1500-01)Triptyque de Moulins, panneau central, détail 1 (1500-01). Le visage de la Vierge est particulièrement réussi. Au-delà de la dimension proprement religieuse, qui dominait à l'époque, on peut le voir comme le beau visage d'une femme et d'une mère pensive et sereine, un peu triste.
 
Jean Hey. Triptyque de Moulins, panneau central, détail 2 (1500-01)Triptyque de Moulins, panneau central, détail 2 (1500-01). Les anges sont des adolescents regroupés par trois, qui ont tous le même visage (héritage gothique) mais qui se différencient par leurs mimiques.
 
Jean Hey. Triptyque de Moulins, aile gauche (1500-01)Triptyque de Moulins, aile gauche (1500-01). Le commanditaire agenouillé, Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, est présenté par saint Pierre, son saint patron. Le peintre a apporté beaucoup de raffinement au vêtement de saint Pierre.
 
Jean Hey. Triptyque de Moulins, aile droite (1500-01)Triptyque de Moulins, aile droite (1500-01). Sainte Anne présente Anne de France, dite Anne de Beaujeu, épouse de Pierre de Bourbon, et leur fille Suzanne. Jean Hey a bien saisi les personnalités respectives de Pierre et Anne. Du visage d'Anne de Beaujeu émane autorité et pugnacité alors que celui de Pierre est plein de bonhommie. Anne est bien la digne fille de Louis XI.
 
Jean Hey. Saint Maurice et donateur (v. 1500-05)Saint Maurice et donateur (v. 1500-05). Huile sur bois, 58 × 50 cm, Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow. Le soldat est peut-être saint Maurice. Le donateur du tableau, non identifié, est agenouillé à ses côtés. Maurice d'Agaune (saint Maurice) est un officier romain du 3e siècle d'origine égyptienne qui, avec sa légion, refusa de tuer les chrétiens de la commune d'Octodure (aujourd'hui Martigny, Suisse). Cette légion, dite légion thébaine fut alors massacrée.

 

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Jean Hey

 

Commentaires (2)

Meyer mireille
  • 1. Meyer mireille | 29/07/2015

Magnifique ! Je connaissais le triptyque de Moulins et la nativité d'Autun . Merci pour les autres œuvres. Dans Anne de France présentée par Jean l'évangéliste, Jean tient une coupe contenant des serpents !!! quel est le sens symbolique de cette image ??? Les visages sont superbes et le rendu des plissés et des bijoux aussi. Merci pour cette exposition. M. Meyer

rivagedeboheme
  • 2. rivagedeboheme (site web) | 29/07/2015

Jean aurait, selon la tradition, fini sa vie à Ephèse. Dans cette ville, le grand prêtre du temple d’Artémis voulut tester la foi chétienne de Jean. Il lui proposa le défi suivant : « Si tu veux que je crois en ton Dieu, je te donnerai du poison à boire et s’il ne te fait aucun mal, c’est que ton Dieu sera le vrai Dieu. » Des serpents venimeux sont écrasés dans un mortier afin d'en extraire le poison. Deux condamnés absorbent le poison et meurent. Puis Jean boit le poison sans succomber et réssuscite les deux condamnés.
Dans l'iconographie du Moyen Âge et de la Renaissance, Jean est souvent représenté avec une coupe contenant un serpent par reférence à cette épreuve qu'il accepta de subir.

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