Les pays riches sont devenus des social-démocraties

12/04/2011

Patrick AULNAS

Etat-providence, welfare state, social-démocratie, démocratie sociale, peu importent les termes et leurs nuances. Une constatation simple apparaît à l'examen de quelques grands agrégats macro-économiques sur longue période : les pays riches sont devenus des social-démocraties. Le rôle de l'Etat et des institututions sociales (assurance-maladie, assurance chômage, caisses de retraite, etc.) est déterminant non seulement socialement mais économiquement. L'orientation de la demande vers certaines dépenses suppose leur socialisation.

 

1. Quelques chiffres significatifs

 

  • En France, les prélèvements obligatoires (impôts + cotisations sociales) sont passés de 10% du PIB en 1900 à 44% du PIB en 2003
  • L'évolution globale est similaire dans tous les pays de l'OCDE. Les taux de prélèvements obligatoires par rapport au PIB étaient les suivants en 2005 :
Etats-Unis             Japon            Allemagne     Royaume-Uni       Suède         
27,3% 27,4% 34,8% 36,5% 50,7%  

 

  • Les prélèvements destinés à couvrir les dépenses des administrations sociales ont augmenté davantage que les autres prélèvements. Ainsi, pour la France ils sont passés de 13,7% du PIB en 1970 à 21,4% du PIB en l'an 2000. Les autres prélèvements sont passés de de 22% à 23,7% du PIB au cours de cette période.

  • Les dépenses publiques d'éducation ont évolué en France de la façon suivante (chiffres en millions de francs constants 2001):

  • Années 1901 2001 Variation
    Dépense totale 5807 millions 517 803 millions mutiplication par 89
    % du PIB 0,91 5,35 multiplication par 5,9
     
  • Les dépenses de santé constituent un autre indicateur significatif. Elles ont fortement augmenté dans tous les pays développés dans la seconde moitié du 20ème siècle, comme le montre le tableau suivant (pourcentages du PIB) :
Pays 1960 2006 Variation
France 3,8%         11,1%        +7,3       
Allemagne 6% 10,6% +4,6
Royaume-Uni        3,9% 8,4% +4,5
Etats-Unis 5,1% 15,3% +10,2
Japon 3% 8,2% +5,2

 

2. Quelques remarques sur cette évolution

 

  • Les "trentes glorieuses" (1945-1975) ont joué un rôle déterminant dans la construction de l'Etat-providence car la croissance économique élevée permettait de socialiser et d'encadrer certaines dépenses sans risque politique majeur. Seules quelques réticences sans lendemain sont apparues (le poujadisme).

  • Mais la période suivant le premier choc pétrolier de 1973-1974, qui se caractérise par un fléchissement de la croissance, n'a pas entraîné de diminution des prélèvements obligatoires. L'Etat-providence, confronté à des difficultés financières croissantes (déficits publics), subsiste malgré tout.

  • La crise économique et financière qui a débuté en 2008 a creusé de façon abyssale les déficits publics, fragilisant certains Etats (Grèce, Irlande). Mais rien ne permet d'affirmer qu'elle a porté sérieusement atteinte à l'Etat-providence.