Nucléaire et idéologie écologiste

20/07/2017

Patrick AULNAS

En projetant de fermer « peut-être » 17 réacteurs nucléaires pour ramener à 50% la part de l’énergie atomique dans la production d’électricité, Nicolas Hulot a voulu donner des gages à ses amis écologistes. Chacun sait que cela ne pourra pas se faire, du moins avant 2025. Mais les motivations des écologistes dans ce domaine sont purement politiques. D’où cette incantation anti-nucléaire. D’où également la déclaration quasi-religieuse de Nicolas Hulot au journal Ouest France : « Il faut avoir une foi absolue dans les énergies renouvelables.» Il s’agit bien en effet d’une croyance idéologique car dans ce domaine, la réalité constatée ne corrobore nullement les oukases anti-nucléaires.

 

Emissions de gaz à effet de serre : la pollueuse Allemagne

La France est un élève modèle dans ce domaine et elle le doit à son industrie nucléaire, très peu émettrice. Par contre, l’Allemagne obtient de piètres résultats du fait de sa politique énergétique orientée vers les centrales à charbon. Les fameuses énergies renouvelables n’ont pas pu prendre le relai après l’abandon du nucléaire. Voici quelques chiffres extraits d’un tableau plus complet d’Eurostat.

 

Émissions de gaz à effet de serre en Europe en 2013 par activité (milliers de tonnes équivalent CO2)

Pays

Population

(millions)

Émissions de

l’ensemble des secteurs

Émissions pour

la production

et distribution d’énergie (1)

 

 

Total

Tonnes

par habitant

Total

Tonnes

par habitant

France

66,3

479 321

7,3

36 669

0,5

Allemagne

81,1

1 003 117

12,3

364 500

4,5

Pays-Bas

16,9

225 622

13,3

48 154

2,8

Royaume-Uni

64,7

609 349

9,4

154 594

2,4

Italie

60,7

433 349

7,1

104 848

1,7

Suède

9,7

62 148

6.4

7 737

0,8

 

(1) Gaz, électricité, vapeur, air conditionné

 

Les donneurs de leçons dans le domaine écologique (Allemagne et Pays-Bas) se situent en queue de peloton en Europe pour les émissions de gaz à effet de serre. La France réalise une excellente performance écologique pour la production et la distribution d’énergie. Ses émissions par habitant pour ce secteur se situent à 0,5 tonne alors qu’elles sont de 4,5 tonnes pour l’Allemagne et de 0,8 tonne pour la vertueuse Suède.

 

Rien de plus écologique que le nucléaire

Le fait que 76% de la production d’électricité en France provienne du nucléaire et environ 10% de l’hydroélectricité explique l’excellence du pays dans le domaine des émissions. Les sources d’énergie fossile (charbon, gaz, pétrole) ne contribuent que pour 6 à 7% à la production d’électricité. Le modèle énergétique allemand est à l’opposé du modèle français. Les énergies fossiles contribuent pour 52% à la production d’électricité, le nucléaire n’en représentant que 14% et les énergies renouvelables 30%.

Face à ce panorama, une question vient à l’esprit de tous : pourquoi nos militants écologistes refusent-ils le nucléaire, énergie très peu polluante ?

 

Un modèle social à construire

L’argument du risque nucléaire, constamment invoqué, n’est pas sérieux. L’exploitation du charbon a fait beaucoup plus de morts, de blessés et de malades (silicose) que le nucléaire civil. Quant à la production massive de panneaux photovoltaïques en Chine, il faudrait être bien naïf pour penser qu’elle ne s’accompagne pas de conditions de travail désastreuses et de nombreux accidents. Mais la peur du nucléaire est porteuse politiquement du fait de l’image subliminale du nucléaire militaire.

L’opposition au nucléaire résulte en vérité de la volonté de faire émerger un certain type de société. Dans cette société, science et technique ne bénéficieront plus de la liberté dont elles jouissent encore aujourd’hui, quoique de moins en moins. La doxa écologiste veut soumettre la science au politique. Il s’agit là d’un point absolument essentiel. Le chercheur ne doit plus pouvoir chercher librement. L’ingénieur ne doit plus pouvoir développer à sa guise. Dans tous les domaines, le politique doit dominer. C’est le propre d’une société totalitaire.

Une telle idéologie proscrit nécessairement l’énergie nucléaire dont le contrôle ne peut être assuré que par des organismes composés de spécialistes de haut niveau (en France, l’Autorité de sûreté nucléaire comportant presque 500 agents). Le contrôle échappe largement au politique et appartient aux scientifiques et aux techniciens.

L’énergie nucléaire présente un autre inconvénient pour l’écologie politique. La centralisation de la production est inéluctable puisque ce sont des centrales très puissantes qui produisent d’énormes quantités d’énergie. Or, les écologistes chérissent les énergies décentralisées produites par des dispositifs techniquement simples et en petite quantité. L’éolienne, le panneau solaire conduisent donc au paradis écologiste quand la centrale nucléaire mène tout droit en enfer. Avec quelques éoliennes dans une petite commune de dix-mille habitants, le conseil municipal (à sensibilité écologiste) peut faire la loi sur la politique énergétique de la commune. Avec le nucléaire, il n’a rien à dire.

La suppression des centrales nucléaires et celle du moteur à explosion, également annoncée, ne sont ainsi que les prolégomènes du totalitarisme écologiste.

Commentaires (1)

Rivier
  • 1. Rivier | 25/07/2017

Vous affaiblissez votre argument en melangeant
"La suppression des centrales nucléaires et celle du moteur à explosion, également annoncée, ne sont ainsi que les prolégomènes du totalitarisme écologiste."

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