Les caprices infantiles des français

20/05/2016

Patrick AULNAS

 

Les français sont souvent considérés à l’étranger comme un peuple léger et instable. La légèreté apparaît dans le comportement face à l’argent, considéré comme le mal, et à la sexualité, considérée comme un jeu. Les français sont volontiers dispendieux et volages. Les anglo-saxons, du fait de l’influence protestante qui a marqué leur histoire, inversent les propositions : la sexualité est un mal auquel nous succombons par nature (nous sommes des mammifères) et l’argent est une chose sérieuse avec laquelle on ne plaisante pas. Business is business.

Quant à l’instabilité française, elle apparaît dans l’histoire politique et sociale du pays. A partir de 1789, les régimes politiques succèdent aux régimes politiques à vive allure : Première République, Directoire, Premier Empire, Restauration, Monarchie de juillet, Seconde République, Second Empire, Troisième République, Régime de Vichy, Quatrième République et enfin Cinquième République. Ouf ! Peu de peuples ont connu pareille diversité.

 

Des réactions d’enfants gâtés

Les français d’aujourd’hui n’ont pas vraiment changé. Alors que les autres pays d’Europe ont entrepris des réformes de structure pour, enfin, prendre acte de la fin de la période exceptionnelle de forte croissance économique qui a suivi la seconde guerre mondiale, la France renâcle, manœuvre, promet et ne respecte pas ses promesses. Bref, la France ment à ses partenaires européens avec l’aplomb d’un enfant gâté. Les portugais, les espagnols, les italiens ont rencontré des difficultés bien réelles, mais ils ont réformé. Ne parlons pas des irlandais qui, en libéralisant leur économie, connaissent aujourd’hui des taux de croissance dignes des Trente Glorieuses (6,9% en 2015). Ne parlons pas non plus des allemands qui ont accompli des efforts considérables pour réunifier les deux Allemagne tout en réformant leur marché du travail et en rééquilibrant leurs budgets publics.

 

Le maternage étatique

Pendant ce temps, les français manifestent, font grève. Certains rêvent de révolution, manie bien française ! D’autres accusent le gouvernement d’ultra-libéralisme pour une réformette totalement marginale du Code du travail. Les français vivent sur la dette publique depuis des décennies et se plaignent de la stagnation de leurs revenus, de l’absence de perspectives d’avenir et du libéralisme mondial qui les assiège. Ils veulent des salaires plus élevés, des congés plus longs, un âge de la retraite plus bas, des dirigeants d’entreprise moins bien rémunérés. Mais qui doit leur apporter tout cela ? L’État, évidemment. Un enfant capricieux et mal élevé se comporte exactement de la même façon avec papa-maman. Nos concitoyens rêvent ainsi d’un maternage étatique. Des crises de larmes assez violentes et des insomnies surgissent lorsqu’ils se sentent abandonnés. C’est Nuit Debout.

 

Qui sont les riches ?

Nos concitoyens réclament bruyamment confort et sécurité à l’État tutélaire. Au lieu de demander plus de liberté pour pouvoir agir, se prendre en charge, faire face, les français pleurnichent auprès de leurs politiciens pour obtenir de la redistribution. Ils sont entendus cinq sur cinq. Pourquoi voudriez-vous que les politiciens leur fassent la morale ? Les gouvernants ont trop à gagner à être compréhensifs, à se mettre apparemment au service de leurs concitoyens pour accumuler du pouvoir en prétendant les servir. Ainsi va la France. A la fin de l’Ancien Régime, l’aristocratie de cour vivait largement de pensions royales. Aujourd’hui, tout le pays vit de prestations diverses financées sur prélèvements obligatoires. Avec des dépenses publiques représentant 57% du PIB, il faut évidemment une quantité pharamineuse d’allocations, subventions, aides, investissements publics et tutti quanti. Tout le monde en profite. Vous me direz que les heureux bénéficiaires de revenus élevés payent beaucoup plus qu’ils ne reçoivent. Sans aucun doute, mais ils sont si peu nombreux. Selon Le Figaro, 5% des français seulement gagnent plus de 4300 euros par mois. Ce n’est pas la fortune, loin s’en faut, mais ces personnes sont perçues comme des riches par beaucoup d’autres (95% ?). Il en résulte qu’il apparaît tout à fait normal de les ponctionner pour corriger cette insoutenable injustice. Si la justice, c’est l’égalité, pourquoi en effet y aurait-il des riches ? Même des riches aussi modestes.

 

Réglementer et encore réglementer

Vous comprenez donc que tout s’enchaîne. Il est légitime de quémander auprès de l’État, c’est-à-dire des politiciens, puisque le monde est injuste et qu’il appartient aux gouvernants de le rendre juste. On ne leur demande pas de changer la nature humaine, si elle existe, mais tout simplement d’égaliser les revenus et les patrimoines. Il suffit de voter des lois et le tour est joué. Tout cela est archi-simple. Prenez un patron de groupe automobile jugé trop gourmand en termes de rémunération. Vous votez une loi plafonnant les rémunérations des dirigeants d’entreprises françaises et, à l’avenir, tout cet argent gaspillé sera beaucoup mieux employé. Des textes, des lois, des règlements, il n’y que ça de vrai. Les politiciens sont là pour réglementer. Pourquoi donc se posent-ils parfois tant de questions ? Cela, les français ne le comprennent pas bien. Un peu de bonne volonté normative et la société deviendra un éden de justice, un paradis, une société sans classes. De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. Étienne Cabet, Kropotkine et même Karl Marx l’ont écrit. Alors ?

 

Attention à 2017 !

Vous pensez que le raisonnement est un peu généralisateur. Il y a français et français. Tous ne pensent pas ainsi, sans aucun doute, mais globalement, le tableau est plutôt réaliste. Atavisme aristocratique, tradition de l’État fort depuis Louis XIV et même Louis XI, logique cartésienne un peu courte, allez donc chercher dans les profondeurs de l’histoire les dominantes d’un peuple. L’actuel Président de la République sait utiliser à merveille et à son profit les caprices infantiles des français. Il a été élu en 2012 sur la peur de la réélection de Sarkozy. Il prévoit déjà pour 2017 une campagne axée sur la peur du libéralisme. « La droite va casser le modèle social français, alors cessez un instant vos caprices et votez pour moi ». Attention ! La peur est très efficace avec les enfants indisciplinés.

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