Le destin des hommes (4) : technologies et production

02/04/2012

Patrick AULNAS

Des premiers outils de pierre à nos avions et ordinateurs, l’évolution technologique a d’abord été d’une extrême lenteur puis d’une rapidité inouïe depuis deux siècles. Il faut retracer brièvement les grandes étapes de cette évolution pour en prendre toute la dimension.

 Grandes étapes de l’évolution technologique jusqu’au 18e siècle

Technologie

Définition, exemples

Apparition

 Le chopper [1]

 Galet ou bloc anguleux présentant un bord tranchant.

 −2,3 à −2,6 millions d’années

 Le biface 

 Outil en pierre dont deux faces opposées ont été   travaillées afin d’améliorer le tranchant. Ils sont utilisés comme hache.

 −1,3 millions d’années

 Domestication du feu

 Cuisson des aliments, chaleur, lutte contre les animaux sauvages

 −500 000 à 400 000 ans

 Spécialisation progressive des outils en pierre 

 Fabrication de pointes, de disques, de racloirs, de burins

 –200 000 ans (néanderthaliens et premiers homo sapiens)

 Utilisation de l’os concomitamment avec la pierre pour accentuer la spécialisation 

 Couteaux, aiguilles, hameçons, harpons.

 –35 000 ans (homo sapiens)

 Age du cuivre

 Haches, couteaux à manche en os, épingles.

 –4 000

 Age du bronze 

 Alliage cuivre-étain plus résistant. Armes : poignards, épées, lances. Permet de réaliser des objets creux de grande dimension comme des moyeux de roue de char

 –3700

Age du fer

Le travail du fer, nettement plus résistant que le bronze, va se répandre progressivement

– 2 700

Machinisme

Machine à vapeur de James Watt

Fin 18e siècle

 

Jusqu’au 18e siècle de notre ère, les évolutions se limiteront à un développement des techniques apparues au néolithique (bois, métal, textile, construction d’habitations de plus en plus complexes).

La révolution industrielle, aux 18e et 19e siècles, bouleverse l’histoire de l’humanité en multipliant la puissance de travail : la machine à vapeur d’abord, le moteur à explosion puis le moteur électrique permettent d’obtenir une productivité que n’auraient pu imaginer les hommes des siècles antérieurs. L’exemple de l’agriculture est particulièrement significatif : pour produire une tonne de blé il fallait 1200 à 1800 heures de travail avant la révolution industrielle contre 2 heures aujourd’hui. La vie d’un agriculteur de 1900 était encore très proche de celle d’un agriculteur de l’époque gallo-romaine. Elle est aujourd’hui radicalement différente du fait de la mécanisation.

L’évolution de la production globale des pays développés à partir de la fin du 18e siècle peut être appréciée en utilisant le PIB (produit intérieur brut) par habitant en monnaie constante, de façon à éliminer l’effet de l’inflation. Jean Bourgeois-Pichat propose les évaluations suivantes pour la France [2] : 

PIB par habitant en France de 1790 à 1985 (en dollars 1985)

 Année 

 1790 

 1850 

 1913 

 1921 

 1938 

 1944 

 1975 

 1985 

 PIB

 585

 960

 1936

 1595

 2890

 1247

 7153

 8990

 

Ainsi, en deux siècles, la production par habitant en volume a été multipliée par plus de 15. Seules les périodes de guerre ont stoppé cette évolution, la deuxième guerre mondiale ayant eu un impact considérable puisque la production par habitant a été divisée par 2,3 en l’espace de 6 ans. Cette évolution ayant été la même dans tous les pays industrialisés et étant en cours au début du 21e siècle dans les pays dits émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine en particulier) représentant une population de plusieurs milliards d’êtres humains, il est inévitable que l’humanité se heurte à des problèmes de limites physiques des réserves de matières premières et d’énergie. Il faudra nécessairement concilier économie et écologie, mais de quelle manière ?

La troisième révolution technologique, qui a démarré à la fin du 20e siècle sera probablement l’élément clé de cette conciliation. Cette révolution est celle des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des biotechnologies. Les TIC multiplient le potentiel de l’intelligence humaine et permettent des échanges d’informations à travers toute la planète en déplaçant uniquement de la numération binaire sur des réseaux. A terme, elles peuvent aboutir à limiter considérablement les déplacements physiques des êtres humains qui sont aujourd’hui très consommateurs d’énergie. Mais elles permettront certainement aussi, vu le potentiel d’innovations induites par la multiplication de nos capacités intellectuelles, d’adapter la production aux ressources locales et de réduire considérablement les échanges de biens physiques générés par l’économie industrielle. Quant aux biotechnologies, il est bien difficile de prévoir leur impact, mais elles modifieront à tel point l’être humain que les aspirations qui sont les siennes aujourd’hui apparaîtront aussi archaïques que l’est pour nous la focalisation des hommes du paléolithique sur la recherche de la nourriture. La conjonction des technologies de l’information et des biotechnologies sera probablement au cœur de cette troisième révolution technologique dont nous vivons les premiers balbutiements. Le rapport de l’être humain au réel sera entièrement renouvelé. L’être humain lui-même quittera l’évolutionnisme darwinien pour choisir son devenir.

 


[1] Pour les grandes étapes jusqu’à l’âge de fer : http://www.hominides.com/index.php

[2] Bourgeois-Pichat Jean. La France dans le monde. In: Population, 45e année, n°4-5, 1990 pp. 850-864.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1990_num_45_4_3586

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