Le destin des hommes (2) : le clonage humain

13/02/2012

Patrick AULNAS

La mythologie abonde de créatures issues de façon magique ou religieuse d’un être préexistant. Dans la mythologie chrétienne, Eve est créée par Dieu à partir d’une côte d’Adam (Genèse 2:21,22). Bien sûr, dans les mythes ou les religions, cette création fait intervenir la divinité ou le surnaturel, et nos contemporains croyants considèrent encore, peu ou prou, que toute tentative humaine d’imiter leur dieu relève du sacrilège. Pour un non croyant, cela représente seulement un vieux rêve de l’humanité : pérenniser son existence à travers une sorte de double de soi-même.

Pourra-t-on un jour prolonger la vie en « réparant » un organisme par le biais d’organes créés à partir de cellules souches (clonage thérapeutique) ? Pourra-t-on « dupliquer » entièrement un organisme complexe comme celui de l’homme (clonage reproductif) ? Nous sommes confrontés en ce début du 21ème siècle à ces deux questions qui suscitent des prises de position scientifiques et éthiques ainsi que la mise en place à l’échelle internationale (ONU) et dans un certain nombre de pays de législations visant à définir le champ du possible. Les sciences de la vie sont en effet capables désormais d’agir sur la reproduction humaine au niveau cellulaire et infra-cellulaire [1]. L’homme pourrait quitter le processus darwinien d’évolution des espèces pour le remplacer par une évolution dont il déciderait lui-même. On comprend immédiatement qu’il n’est possible de s’engager dans cette voie qu’avec une extrême prudence. Il est essentiel que des comités d’éthique pluridisciplinaires nous guident et guident les gouvernants. Il convient bien entendu de condamner sans hésitation toute recherche appliquée hasardeuse à visée purement économique. Il est légitime à ce stade de nos connaissances d’interdire le clonage reproductif humain puisque le clonage reproductif animal sur des mammifères n’a donné que des résultats plus que médiocres.

Mais le clivage éthique sur le sujet oppose surtout les croyants et les athées ou agnostiques. Les premiers considèrent que leur dieu est le créateur initial et que l’intervention humaine sur la créature divine ne peut être que limitée. Ainsi selon Marie-Jo Thiel, médecin et théologienne, professeur d’éthique et de théologie morale à la faculté de théologie catholique de l’Université Marc Bloch à Strasbourg : « Tout être humain, quel que soit le stade de son développement, est une créature à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nul ne saurait donc en disposer à sa guise ». Ou encore : « Si l’Eglise catholique ne saurait approuver le clonage qui fait de l’embryon humain une chose, un matériau à la disposition des biologistes et des médecins, elle encourage pourtant vivement la recherche sur les cellules souches adultes » [2]. Il y a donc une limite éthique à ne jamais franchir car en la franchissant on pénètre dans un domaine réservé à la divinité. On retrouve le même schéma éthique en ce qui concerne l’avortement. Pour un non-croyant, le pragmatisme l’emporte : il est impossible d’imaginer ce que seront les connaissances humaines dans l’avenir à long terme et, s’il faut avancer avec prudence, il n’existe aucune raison de fixer une frontière au-delà de laquelle l’homme n’a pas droit de cité. L’humanité ne s’est d’ailleurs jamais soumise aux dogmes religieux lorsqu’ils entravaient son évolution. Ainsi, Aristote pensait que le mouvement des corps célestes provenait de « substances spirituelles » ; Galilée s’est vu interdire par l’Eglise de parler du mouvement de la terre ; aujourd’hui encore, le divorce est refusé par l’Eglise catholique de même que l’avortement. Qui se soucie encore de ces préceptes à part les croyants ? Les sociétés humaines n’ont jamais accepté qu’une axiomatique religieuse assez simpliste les empêche de poursuivre leur chemin. Il en ira de même dans le domaine de la bioéthique : l’expérience accumulée permettra de discerner le futur possible.

Mais si un jour, on parvient à produire un clone humain, il ne sera pas une simple réplique de l’être duquel il provient. S’il possède effectivement le même patrimoine génétique que le donneur des cellules souches, son identité n’est pas réductible à celle du donneur. Les biologistes expliquent que la différence entre deux cellules réside non seulement dans les chromosomes (porteurs de l’information génétique) mais aussi dans le cytoplasme (contenu de la cellule). Un clone n’est donc pas un double biologique parfait. Par ailleurs, l’identité d’un être humain est également psychologique et donc déterminée par son histoire individuelle et ses rapports à autrui. L’être humain est également une mémoire individuelle singulière construite par son parcours existentiel.

Nous ne disposons pas aujourd’hui des connaissances permettant de pratiquer le clonage humain. Nous ne sommes même pas capables d’apprécier finement les risques qu’il présente. Il est donc nécessaire de poursuivre les expériences sur les animaux pour progresser. Mais écarter a priori des possibilités futures, qui restent d’ailleurs vagues, relève du dogmatisme. Il n’est pas exclu qu’il puisse exister un jour lointain un autre moi-même qui ne sera pas tout à fait moi-même.

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