Peinture romane

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11e et 12e siècles

 

Ange du Jugement dernier (v. 1080)

Ange du Jugement dernier (v. 1080)

Fresque, Sant'Angelo in Formis, Capoue

 

Les origines de l'art roman

Le terme art roman apparaît au début du 19e siècle pour désigner la production artistique de l'Europe de l'ouest aux 11e et 12e siècles. Jusqu'au 18e siècle, l'art du Moyen Âge était globalement qualifié de gothique. Le mot roman fait référence aux églises de cette époque dont l'architecture s'inspirait des basiliques romaines. Il est employé pour la première fois par l'archéologue et historien français Arcisse de Caumont (1801-1873) dans son Essai sur l'architecture du Moyen Âge, particulièrement en Normandie (1824). Arcisse de Caumont avait repris l'adjectif roman à son ami Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853) qui, dans une lettre de 1818, l'avait utilisé pour dégager le concept de langues romanes.

Le renouveau artistique du 11e siècle correspond à une évolution générale de la société. Après l'arrêt des incursions scandinaves et sarrasines en Occident commence une époque de grands défrichements permettant de mettre en culture de nouvelles terres. Un certain progrès technique, en particulier l'utilisation du collier d'épaule dans les attelages agricoles, améliore la productivité. En utilisant le vocabulaire actuel, nous pourrions dire que l'époque connaissait une accélération de la croissance économique et démographique. De telles périodes sont toujours marquées par de nouvelles constructions : dans le cas présent, il s'agit de monastères, d'abbayes ou de lieux de cultes qui nécessitent une décoration. Le renouveau architectural est donc l'élément initial de l'art roman. La caractéristique la plus connue des édifices romans est la voûte en plein cintre c'est-à-dire en demi-cercle, par opposition aux voûtes en ogive du gothique.

Outre l'architecture, l'art roman comporte les vitraux, la sculpture, l'orfèvrerie et le travail de l'ivoire, la peinture, la broderie et l'enluminure. Seules ces trois dernières techniques seront abordées ici.

 

Un art ornemental et didactique

Qu'il s'agisse de peinture, de broderie ou d'enluminure, l'art roman poursuit deux objectifs : décorer et enseigner.

 

1. Un art ornemental

Depuis la préhistoire, les hommes décorent leur environnement de peintures pariétales puis murales. Les immenses murs de pierre et les voûtes des églises romanes se prêtent bien à la technique de la fresque. Bien entendu, la plupart de ces fresques ont aujourd'hui disparu, mais nous disposons de suffisamment d'exemples pour nous représenter clairement la peinture romane. La peinture sur bois n'est pas absente mais beaucoup plus rare. Elle peut être utilisée pour réaliser des retables destinés à décorer l'autel. Les murs peuvent aussi être décorés de tapisseries, la plus célèbre étant la Tapisserie de Bayeux, broderie de soixante-dix mètres de long.

 

Tapisserie de Bayeux, Guillaume (1066-1082)

Tapisserie de Bayeux (1066-1082). Guillaume le Conquérant

Broderie laine sur toile de lin

 

La décoration concerne également les manuscrits qui sont richement enluminés. L'enluminure est l'art de décorer un manuscrit avec des images peintes.

 

2. Un art didactique

Alors que dans une religion comme l'Islam, la question de la représentation de la divinité a été résolue de façon très restrictive, le christianisme a admis très tôt le rôle didactique de l'image. C'est un paradoxe, car la Bible (Ancien Testament) est plus sévère que le Coran dans ce domaine. Un échange de lettres entre Serenus, dixième évêque de Marseille, et le pape Grégoire 1er, dit le Grand (v. 540-604), est resté célèbre. Serenus avait appliqué strictement à Marseille le commandement de Dieu à Moïse :

« Tu ne feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point. » (Exode 3-5).

Grégoire 1er avait alors fait remettre à Serenus la lettre suivante :

« J'ai appris, il y a longtemps, que voyant quelques personnes adorer les images de l'église vous les aviez brisées et jetées dehors. Je loue votre zèle pour empêcher que ce qui est fait de main d'homme ne soit adoré : mais je crois que vous ne deviez pas briser ces images. Car on met des peintures dans les églises afin que ceux qui ne savent pas lire voient sur les murailles ce qu'ils ne peuvent apprendre dans les livres. Vous deviez donc les garder et détourner le peuple de pécher en adorant la peinture. »

Le texte de la Bible est en fait une réaction contre l'adoration des idoles qui prévalait avant l'apparition des monothéismes. Son application stricte a intelligemment été jugée inopportune par le pape. Cette position n'a jamais été remise en cause par l'Eglise catholique : si les images ne doivent pas être adorées, elles permettent aux illettrés d'apprendre ce qu'ils sont incapables de lire.

 

La chute (1225-1250)

 La chute (1225-1250)

Tempera sur bois, Saint-Michel de Hildesheim.

 

La peinture murale

 

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, nef

Nef de l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe (v. 1100)

 Fresque

 

La peinture murale nécessite de fréquents déplacements des artistes. Des artisans-peintres spécialisés parcouraient donc les chemins pour réaliser les décors des églises. Il est probable qu'ils se différenciaient complètement des moines ou des laïcs enlumineurs ornementant les manuscrits dans les monastères. La stabilité était nécessaire pour ces derniers. La peinture murale romane est assez rarement une véritable fresque sur le plan technique. La technique de la fresque consiste à peindre sur un enduit frais (mélange de sable et de chaux) de telle sorte que la peinture s'incorpore à l'enduit et devient aussi dure en séchant que l'enduit lui-même. Il en résulte une stabilité remarquable. Mais pour l'artiste, un inconvénient majeur apparaît : il doit travailler très vite (une journée maximum) car après séchage, aucune retouche n'est possible. Une grande maîtrise est nécessaire pour travailler aussi rapidement sans laisser apparaître de défauts majeurs. Cette contrainte conduisait souvent les artisans du Moyen Âge à travailler sur un enduit déjà partiellement ou totalement sec, que l'on remouillait pour étaler la peinture. Il est clair que ce procédé ne permet pas d'obtenir une peinture dans la masse de l'enduit. La couche de peinture reste superficielle et fragile. Cela explique que beaucoup de peintures murales romanes aient totalement disparu et que celles qui subsistent soient fréquemment mal conservées.

D'un point de vue stylistique et thématique, les zones géographiques sont déterminantes. L'influence byzantine est dominante en Italie, l'influence ottonienne dans le Saint-Empire romain germanique et l'influence carolingienne en France.

Nous emploierons ci-après le mot fresque dans son sens générique (peinture appliquée sur un mur) sans tenir compte des subtilités techniques.

 

Italie

Les relations de l'Italie du Nord avec Constantinople restent importantes au 11e siècle, en particulier dans une ville comme Venise qui commerce avec le Moyen-Orient. Mais toute l'Italie du nord est imprégnée de l'esthétique byzantine. C'est seulement au 12e siècle que l'on voit apparaître à Rome un renouveau stylistique sous l'influence d'un groupe d'ecclésiastiques voulant glorifier le passé de la ville éternelle.

 
Abbaye de Sant'Angelo in Formis, vue de la nef (v. 1080)Abbaye de Sant'Angelo in Formis, vue de la nef (v. 1080). Cette église romane, située près de Capoue, est dans un état de conservation exceptionnel. Ses murs entièrement décorés de fresques constituent l'ensemble le plus important que nous possédions du 11e siècle. Probablement peintes par un artiste inconnu de Constantinople, ces fresques s'inspirent de la tradition byzantine.
 
Ange du Jugement dernier (v. 1080)Ange du Jugement dernier (v. 1080). Fresque, Sant'Angelo in Formis, Capoue. Sur l'intérieur du mur d'entrée se trouve une vaste représentation du Jugement dernier. Cet ange est un détail de la fresque.
 
Christ en majesté (v. 1080)Christ en majesté (v. 1080). Fresque, Sant'Angelo in Formis, Capoue. Ce Christ majestueux peint au-dessus de l'autel constitue le sujet principal des fresques. Il s'agit, conformément à la tradition byzantine, d'un Christ pantocrator, c'est-à-dire d'un Christ en gloire, tout-puissant, qui esquisse une bénédiction de la main droite.
 
La Cène. (v. 1080)La Cène. (v. 1080). Fresque, Sant'Angelo in Formis, Capoue. La Cène est le nom donné par les chrétiens au dernier repas pris par Jésus-Christ avec les douze apôtres, la veille de sa crucifixion.
 
Basilique inférieure Saint-ClémentBasilique inférieure Saint-Clément. La Basilique Saint-Clément-du-Latran à Rome comporte plusieurs niveaux. Sur une maison romaine du 1er siècle, où se déroulait un culte chrétien clandestin, a été érigée une église chrétienne dédiée à saint Clément. Elle fut progressivement agrandie. Des restaurations eurent lieu du 9e au 11e siècle. A la fin du 11e siècle, les murs sont décorés de fresques d'une inspiration nouvelle, s'éloignant de la tradition byzantine pour mettre l'accent sur des épisodes légendaires du christianisme à Rome. Cette basilique inférieure ayant été détruite par un incendie, une nouvelle église est construite au début du 12e siècle.
 
Le corps de saint Clément (v. 1100)Le corps de saint Clément (v. 1100). Fresque, Basilique Saint-Clément-du-Latran, Rome. Saint Cyrille et saint Méthode apportent le corps de saint Clément à Rome. Saint Clément de Rome vécut à la fin du 1er siècle. Il est considéré comme le quatrième évêque de Rome. Selon la légende, il est mort en martyr en étant précipité dans la mer Noire avec une ancre attachée au cou. Ses reliques auraient été ramenées de Crimée à Rome par saint Cyrille et saint Méthode. La fresque illustre ce retour.
 
Le sauvetage miraculeux d'un enfant (v. 1100)Le sauvetage miraculeux d'un enfant (v. 1100). Fresque, Basilique Saint-Clément-du-Latran, Rome. Cette scène est consacrée au sauvetage par saint Clément d'un enfant se noyant dans la mer d'Azov . Outre son caractère narratif, la fresque présente un aspect décoratif marqué avec les multiples motifs encadrant la scène principale. Dans la partie inférieure, l'artiste a placé un médaillon de saint Clément encadré par les figures de donateurs.
 
Reliques de saint Cyrille (v. 1100)Reliques de saint Cyrille (v. 1100). Fresque, Basilique Saint-Clément-du-Latran, Rome. Cyrille (v. 827-869) et Méthode (v. 815-885) sont deux frères originaires de Thessalonique (Grèce) considérés comme les évangélisateurs des peuples slaves. Les deux frères ont ramené à Rome les reliques de saint Clément en 868. Cyrille mourut pendant son séjour à Rome et sa sépulture fut placée dans la basilique Saint-Clément. La fresque illustre cet épisode.

  

France

L'art roman prend en France la suite de l'art carolingien qui s'était affirmé sous le règne de Charlemagne (742-814) et de ses successeurs jusqu'à l'aube du 10e siècle. L'exemple le plus significatif est situé dans l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe à proximité de Poitiers. Des peintures murales du début du 12e siècle, consacrées à des épisodes de l'Ancien Testament (la Création et la Chute, Abel et Caïn, Noé, Moïse, Abraham, etc.) recouvrent les murs. Les couleurs utilisées sont peu nombreuses, mais les compositions schématisées ont une remarquable capacité expressive.

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe

Vue extérieure de l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, nefSaint-Savin-sur-Gartempe, nef. L'abbaye a été édifiée, pour l'essentiel aux 11e et 12e siècles. Une visite virtuelle à 360° peut être faite sur : http://saintsavin.panoglobe.com/

La création d'Adam et Eve (v. 1100)La création d'Adam et Eve (v. 1100). Fresque, Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, France. Scène de la voûte à caractère narratif. Dieu fabrique Ève à  partir d'une côte d'Adam (à gauche). Celui-ci est ensuite représenté debout (plusieurs fois) à côté de son créateur duquel il reçoit divers avertissements. A droite, on aperçoit l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

L'arche de Noé (v. 1100)L'arche de Noé (v. 1100). Fresque, Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, France. Scène de la voûte à caractère narratif. La forme de l'arche s'inspire des drakkars des vikings. Les animaux sont relégués au pont inférieur alors que les humains bénéficient de plus de confort...

Torture des saints Savin et Cyprien (v. 1100)Torture des saints Savin et Cyprien (v. 1100). Fresque, Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, France. Scène de la crypte. Ces deux saints ont vécu au 5e siècle dans le nord de l'Italie. Persécutés du fait de leur conversion au christianisme, ils se réfugient du côté de Gartempe où ils sont torturés et mis à mort. Leurs reliques sont conservées dans la crypte de l'église abbatiale. Le schématisme de la composition ne masque rien de la cruauté du supplice imaginé par l'artiste.

Vierge en majesté (v. 1175-1200)Vierge en majesté (v. 1175-1200). Fresque, Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, France. Cette Vierge en majesté décore un mur de la nef. Elle est plus tardive et représente la transition entre le roman et le gothique.

 

Saint-Empire romain germanique

On a qualifié d'art ottonien la production artistique pré-romane dans l'empire germanique. L'adjectif ottonien vient du nom du roi Otton 1er (912-973). Après le déclin des carolingiens, les souverains ottoniens fondent le Saint-Empire romain germanique censé prolonger politiquement l'Empire romain d'Occident disparu au 5e siècle. Cette période ottonienne s'étend du début du 10e siècle au début du 11e ; elle est très active culturellement et l'art roman qui suit immédiatement l'art ottonien subit son influence.

Eglise Saint-Georges d'Oberzell (v. 900)Eglise Saint-Georges d'Oberzell (v. 900). Située sur l'île de Reichenau sur le lac de Constance (Bade-Wurtemberg), cette église possède un ensemble de fresques du 10e siècle, rattaché à l'art ottonien, mais qui préfigure l'évolution vers l'art roman.

Eglise Saints-Pierre-et-Paul de Niederzell (v. 1200)Eglise Saints-Pierre-et-Paul de Niederzell (v. 1200). Également située sur l'île de Reichenau, cette église est décorée de fresques romanes. L'image ci-contre comporte un Christ en majesté d'inspiration byzantine dans la partie supérieure et un ensemble de saints représentés chacun sous une arcade romane.

Cathédrale Saint-Georges de Limburg (v. 1190)Cathédrale Saint-Georges de Limburg (v. 1190). Cette cathédrale (Georgsdom Limburger Dom en allemand), située dans le land de Hesse, est de style gothique sur le plan architectural. Les fresques qui ornent ses murs peuvent être considérées comme intermédiaires entre le roman et le gothique.

Saint Christophe (1190-1250)Saint Christophe (1190-1250). Fresque, Cathédrale Saint-Georges de Limburg, Allemagne. Selon la légende chrétienne souvent représentée en peinture, saint Christophe, appelé aussi Réprouvé, aurait fait traverser une rivière au Christ enfant. Mais pendant la traversée, le Christ devient de plus en plus lourd. L'enfant explique ce phénomène à Christophe en disant : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu as porté sur tes épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi ».

Crucifixion (1190-1250)Crucifixion (1190-1250). Fresque, Cathédrale Saint-Georges de Limburg, Allemagne. Ce Christ en croix, très schématisé mais très expressif, suppose une grande maîtrise du dessin.

 

Espagne

L'Espagne joue un rôle majeur dans le patrimoine pictural roman. Elle possède les fresques les mieux conservées. L'inspiration byzantine subsiste nettement, comme à Sant Climent de Taüll, mais le talent des artistes locaux, leur maîtrise de la couleur et de l'ornementation impriment aux compositions une puissance particulière.

Eglise Sant Climent de Taüll (v. 1123)Eglise Sant Climent de Taüll (v. 1123). Cet édifice roman très bien conservé est situé dans la vallée de Boi, près du village de Taüll en Catalogne. L'intérieur de l'église était orné de fresques du 12e siècle très bien conservées. Ces fresques ont été transférées en 1919 vers le musée national d'art de Catalogne à Barcelone et des reproductions ont été faites sur les murs.

Christ Pantocrator (v. 1123)Christ Pantocrator (v. 1123). Fresque transférée sur toile, Musée national d'art de Catalogne, Barcelone. Cette fresque ornait l'abside de l'église Sant Climent de Taüll en Catalogne. Son auteur, appelé Maître de Taüll, est l'un des peintres les plus importants de l'art roman. Son identité est inconnue. La fresque représente un Christ Pantocrator entouré d'apôtres et de saints. Il tient dans sa main gauche une page de l'Évangile selon saint Jean indiquant : « Je suis la lumière du monde ».

Vierge en Majesté. (v. 1123)Vierge en Majesté. (v. 1123). Fresque transférée sur toile, Musée national d'art de Catalogne, Barcelone. Cette Vierge d'inspiration byzantine (appelée Nikopoia en Grec, soit porteuse de la victoire), parfaitement symétrique, ornait l'église Sant Climent de Taüll en Catalogne. Il s'agit, comme on le voit, d'une Vierge hiératique, presque guerrière. Le Christ n'est pas l'enfant d'une femme mais le symbole de la puissance.

Basilique San Isodoro de Leon, Panthéon royal (v. 1100)Basilique San Isodoro de Leon, Panthéon royal (v. 1100). Construite sur les ruines d'un temple romain, la Real Colegiata Basílica de San Isidoro de León recèle, dans le Panthéon royal, l'un des joyaux de l'art roman, à telle enseigne que ce lieu est parfois qualifié de Chapelle Sixtine de l'art roman. Les fresques sont en effet remarquablement conservées.

L'annonce aux bergers (v. 1180)L'annonce aux bergers (v. 1180). Fresque, Basilique San Isodoro de Leon, Panthéon royal. L'archange Gabriel annonce aux bergers la naissance du Christ. Ils partiront ensuite vers Bethléem pour honorer l'Enfant Jésus (Adoration des bergers, souvent représentée en peinture par la suite). La maîtrise chromatique est exceptionnelle : nuances d'ocre, de brun et de bleu-gris sur fond coquille d'œuf. La composition conjugue la narration et la décoration (animaux, motifs divers) avec un sens de l'équilibre et une justesse qui émanent d'un grand artiste (inconnu).

Le massacre des Innocents (v. 1180)Le massacre des Innocents (v. 1180). Fresque, Basilique San Isodoro de Leon, Panthéon royal. Le roi Hérode Ier de Palestine, ayant appris la naissance à Bethléem du roi des Juifs, donne l'ordre de tuer tous les enfants de moins de deux ans se trouvant dans la ville. Les chrétiens considèrent ces enfants comme des martyrs et les qualifient de Saints Innocents. La fuite en Egypte de Joseph, Marie et de leur enfant permettra de sauver Jésus.

  

La peinture sur bois

 

Le plafond de l'église de Hildesheim (1225-50)

 Le plafond de l'église de Hildesheim (1225-50)

Tempera sur bois de chêne

 

La peinture sur bois est beaucoup plus rare à l'époque romane que la fresque. Elle était couramment utilisée par l'art byzantin pour produire des icônes mais l'objectif essentiel de l'art roman est la décoration des vastes édifices religieux qui se construisent à cette époque. Il n'est donc pas étonnant que le plus remarquable ensemble de peinture sur bois ait été consacré à l'ornementation du plafond d'une église : celle de Saint-Michel à Hildesheim, ville située en Basse-Saxe (Allemagne).

Le Musée national d'art de Catalogne à Barcelone possède également des fragments de retables de l'époque romane en très bon état de conservation.

Eglise Saint-Michel à Hildesheim (v. 1000)Eglise Saint-Michel à Hildesheim (v. 1000). Edifiée vers l'an mille, cette église constitue le meilleur exemple d'architecture ottonienne. Les murs, hauts et nus, contrastent avec le plafond en bois peint, d'une surface de 240 m2 (27,3 × 8,7 m) composé de 1300 planches de chêne.

Le plafond de l'église de Hildesheim (1225-50)Le plafond de l'église de Hildesheim (1225-50). Tempera sur bois, Saint-Michel de Hildesheim. Le thème de la décoration du plafond est consacré à l'arbre de Jessé qui est une schématisation de l'arbre généalogique présumé de Jésus-Christ à partir de Jessé, le père du roi David. Ce thème est fréquent dans l'iconographie occidentale entre le 12e  et le 15e siècle.

La chute (1225-1250)La chute (1225-1250). Tempera sur bois, Saint-Michel de Hildesheim. Selon la mythologie chrétienne, les premiers humains, Adam et Ève, auraient désobéi aux prescriptions divines en mangeant le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Les successeurs, c'est-à-dire l'humanité entière, se trouvent ainsi en situation de péché. Il faut donc racheter... L'accentuation décorative résulte des différents motifs utilisés : trois arbres stylisés, oculus dans lequel se trouvent Adam et Ève.

Jessé endormi (1225-50)Jessé endormi (1225-50). Tempera sur bois, Saint-Michel de Hildesheim. Jessé ou Isaï est, dans la mythologie hébraïque, le père du roi David. Celui-ci est considéré comme l'élu de Dieu. Ce motif utilise le contraste chromatique ocre-bleu associé à un tracé très recherché des plis du vêtement de Jessé et du rideau.

Ézéchias (1225-50)Ézéchias (1225-50). Tempera sur bois, Saint-Michel de Hildesheim. Ézéchias est, dans la tradition hébraïque, l'un des rois du royaume de Juda. Il s'agit, selon le récit biblique, d'un sage faisant prospérer son royaume et rejetant le culte des idoles pour célébrer celui du vrai Dieu. La parfaite symétrie de la composition suggère la sagesse et l'équilibre du personnage. L'aspect décoratif reste essentiel.

Christ en majesté (1150-1200)Christ en majesté (1150-1200). Tempera et reste de feuille de métal sur bois, 88 × 123 cm, Musée national d'art de Catalogne, Barcelone. Ce panneau provient probablement de l'ancienne église Santa María del castillo de Besora (Catalogne). La composition utilise avec brio le vert, le jaune et l'orange et place la figure centrale du Christ pantocrator dans une mandorle comme il était fréquent dans l'art byzantin.

Retable de La Seu d'Urgell (1125-1150)Retable de La Seu d'Urgell (1125-1150). Tempera et reste de feuille de métal sur bois, 102,5 × 151 cm, Musée national d'art de Catalogne, Barcelone. Ce magistral fronton de retable provient d'une église non déterminée du diocèse de la Seu d'Urgell (Catalogne). « Dans la partie centrale nous trouvons la représentation de la Maiestas Domini, ou Christ en Majesté, placé dans une double mandorle qui rappelle les modèles d'origine carolingienne. De chaque côté se répartissent les douze apôtres en une composition triangulaire très originale qui crée un effet de symétrie et d'espace nettement hiérarchisé. Les trois compartiments rectangulaires, avec leurs couleurs brillantes, rappellent la splendeur des pages enluminées. » (Notice Musée national d'art de Catalogne)

Retable de La Seu d'Urgell, détail 1 (1125-1150)

Retable de La Seu d'Urgell, détail 1 (1125-1150)

Retable de La Seu d'Urgell, détail 2 (1125-1150)

  

Les manuscrits enluminés

 

Psautier de Saint-Alban (v. 1125)

Psautier de Saint-Alban, nativité (v. 1125)

Enluminure sur parchemin 

 

Les enluminures sont de somptueuses compositions peintes qui illustrent les manuscrits à caractère religieux avant l'apparition de l'imprimerie. Il y a très peu de manuscrits car la population est analphabète. Ils sont donc réservés à une petite élite de seigneurs et d'ecclésiastiques de haut rang. La réalisation pouvant s'étaler sur de nombreuses années, le prix des manuscrits est très élevé. Les images peintes illustrant le texte sont qualifiées d'enluminures ou de miniatures. Il peut s'agir d'images pleine page, d'ornementations diverses (végétale, religieuse) incorporées au texte ou encore de lettrines, c'est-à-dire d'une lettre majuscule ornementée placée au début d'un chapitre, d'un psaume, d'une prière, etc. Les manuscrits enluminés ont un caractère religieux : Bibles, psautiers, évangéliaires. Les psautiers sont des recueils de psaumes (chants religieux) pouvant comprendre aussi un calendrier liturgique (fêtes religieuses) et divers textes toujours à caractère religieux. Les évangéliaires sont des recueils des Évangiles en latin qui seront lus lors des cérémonies religieuses.

Les techniques de cette époque sont purement artisanales. Tout est donc fabriqué à la main : couleurs, encres, parchemin, peinture et écriture. Le manuscrit est le plus souvent confectionné dans un scriptorium de monastère par des scribes et des enlumineurs pouvant être clercs ou laïcs. Le texte est d'abord copié sur le parchemin, l'enluminure intervenant ensuite. On utilisait des couleurs d'origine végétale, animale ou minérale mélangées à de la graisse animale. Un liant (blanc d'œuf, colle de poisson) donnait au mélange ses propriétés adhésives et lui permettait de tenir sur le support. Le support est le parchemin, c'est-à-dire une feuille (folio) obtenue à partir de peaux animales (moutons, chèvres, veau). Le vélin (de vélot, veau mort-né) est le parchemin de luxe, très fin et très doux, car provenant d'animaux mort-nés.

 

Les Évangiles d'or d'Henri III, Vierge en majesté (1043-46)Les Évangiles d'or d'Henri III, Vierge en majesté (1043-46). Enluminures sur parchemin, 50 × 33,5 cm, Bibliothèque royale de San Lorenzo, El Escorial. Cette illustration est extraite d'un évangéliaire du 11e siècle appartenant à Henri III (1017-1056), empereur du Saint-Empire romain germanique. La Vierge Marie, très majestueuse, accepte l'évangéliaire d'Henri III en bénissant simultanément son épouse, Agnès. La dissociation est complète entre les humains, pourtant souverains de haut rang, mais représentés humbles et de petite taille, et la Vierge, beaucoup plus grande et impérieuse.

Les Évangiles d'or d'Henri III, Christ en majesté (1043-46)Les Évangiles d'or d'Henri III, Christ en majesté (1043-46). Enluminures sur parchemin, 50 × 33,5 cm, Bibliothèque royale de San Lorenzo, El Escorial. Le Christ, représenté dans une mandorle, reçoit l'hommage des parents de l'empereur Henri III, Conrad II et son épouse Gisela, qui avaient construit la cathédrale de Spire (Rhénanie-Palatinat) et en avaient fait le lieu de sépulture de la dynastie des Saliens.

Psautier de Saint-Alban, nativité (v. 1125)Psautier de Saint-Alban, nativité (v. 1125). Enluminures sur parchemin, 27,6 × 18,4 cm,  209 folios reliés, Bibliothèque de la cathédrale, Hildesheim, Allemagne. Ce manuscrit a été réalisé vers 1125 à l'abbaye Saint-Alban (Hertfordshire, Angleterre) par six scribes, un enlumineur principal appelé Maître d'Alexis et trois enlumineurs secondaires. Outre les psaumes, il contient un calendrier, une vie de saint Alexis (d'où le nom de l'enlumineur) et quarante miniatures pleine page. La miniature ci-contre est une nativité. Cette scène est omniprésente dans l'iconographie chrétienne. Elle concerne l'épisode mythique de la naissance de Jésus-Christ. Marie (mère) et Joseph (époux de Marie) sont représentés avec l'enfant Jésus.

Psautier de Saint-Alban, Tentation du Christ (v. 1125)Psautier de Saint-Alban, Tentation du Christ (v. 1125). Enluminures sur parchemin, 27,6 × 18,4 cm,  209 folios reliés, Bibliothèque de la cathédrale, Hildesheim, Allemagne. Selon les Evangiles, la tentation du Christ est un épisode de la vie de Jésus-Christ au cours duquel celui-ci, s'étant retiré dans le désert, subit pendant quarante jours la tentation émanant du Diable.

Psautier de Saint-Alban, lettrine (v. 1125)Psautier de Saint-Alban, lettrine (v. 1125). Enluminures sur parchemin, 27,6 × 18,4 cm,  209 folios reliés, Bibliothèque de la cathédrale, Hildesheim, Allemagne. Les lettrines et les illustrations du calendrier ont été réalisées par les enlumineurs auxiliaires. Ci-contre, la Lettre D au début du psaume 21.

  

Les tapisseries

 

Tapisserie de Bayeux, Edouard le Confesseur (1066-1082)

Tapisserie de Bayeux, Edouard le Confesseur (1066-1082)

Broderie laine sur toile de lin

 

La plus célèbre tapisserie est celle de la reine Mathilde, dite Tapisserie de Bayeux, car elle est aujourd'hui conservée dans cette ville située en Normandie (France). Il s'agit en réalité d'une broderie de fils de laine sur toile de lin d'environ 70 mètres de long (neuf panneaux) sur 0,5 mètre de large. Elle représente la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant (1027-1087). La bataille d'Hastings (14 octobre 1066) opposant Guillaume à Harold Godwinson (1022-1066), le dernier roi saxon d'Angleterre, est particulièrement illustrée. La tapisserie a été confectionnée entre 1066 et 1082 afin d'être exposée dans la cathédrale de Bayeux. Il s'agit de raconter à la population les exploits de leur souverain Guillaume de Normandie. Le point de vue est donc celui des normands pour lesquels l'invasion de l'Angleterre était légitime.

 

Tapisserie de Bayeux, Edouard le Confesseur (1066-1082)Tapisserie de Bayeux, Edouard le Confesseur (1066-1082). Broderie, Centre Guillaume-le-Conquérant, Bayeux. Edouard le Confesseur (1004-1066) est l'avant-dernier roi saxon d'Angleterre. Il était extrêmement pieux et fut canonisé en 1161. Sa mort en janvier 1066 déclencha une crise de succession et l'accession au trône de Harold Godwinson. Celle-ci, contestée par Guillaume de Normandie, déclencha l'invasion de l'Angleterre par les normands.

Tapisserie de Bayeux, Guillaume (1066-1082)Tapisserie de Bayeux, Guillaume (1066-1082). Broderie, Centre Guillaume-le-Conquérant, Bayeux. Le duc Guillaume de Normandie, dit Guillaume le Conquérant, est un personnage physiquement puissant, jouissant d'une robuste santé, avant tout chasseur et guerrier. En 1050 ou 1051, il épouse Mathilde, la fille du comte de Flandre, qui donna son nom à la tapisserie. Selon les historiens, l'union entre Guillaume et Mathilde est une réussite. Ils sont très attachés l'un à l'autre et Guillaume ne semble avoir eu ni maîtresse, ni enfant illégitime.

Tapisserie de Bayeux, Scène de bataille (1066-1082)Tapisserie de Bayeux, Scène de bataille (1066-1082). Broderie, Centre Guillaume-le-Conquérant, Bayeux. Sur les bords supérieurs et inférieurs de la tapisserie figure une frise comportant des animaux fantastiques et des fables. Les historiens débattent sur la signification de cette frise. Est-elle purement décorative ou avait-elle une signification au 11e siècle ?

Tapisserie de Bayeux, mort de Harold (1066-1082)Tapisserie de Bayeux, mort de Harold (1066-1082). Broderie, Centre Guillaume-le-Conquérant, Bayeux. La scène ci-contre décrit la mort de Harold, roi d'Angleterre. A gauche (deuxième personnage), Harold est atteint à l'œil par une flèche. Au centre et à droite, un chevalier à cheval le tue.

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