Émile Friant

 
 

Cliquer sur les images pour les agrandir.

Pour passer directement d'une image agrandie à l'autre, cliquer au centre droit ou gauche de l'image.

______________________________________________________________________

 

Autoportraits

 

Émile Friant. Autoportrait à quinze ans (1878)

Émile Friant. Autoportrait à quinze ans (1878)

Huile sur toile, 46 × 78 cm, musée de la Cour d’Or, Metz.

 

 

Émile Friant. Autoportrait (1887)

Émile Friant. Autoportrait (1887)

Huile sur bois, 35,5 × 28 cm, musée des Beaux-arts de Nancy.

 

 

Biographie

 

1863-1932

Jeunesse à Dieuze et Nancy

Émile Friant naît à Dieuze en Moselle le 16 avril 1863 dans une famille modeste. Son père est serrurier et sa mère couturière. Une cliente de cette dernière, madame Parisot, s’intéresse au jeune Émile et lui permettra par la suite de poursuivre ses études.

A la suite de la guerre franco-prussienne de 1870, une partie du territoire français est annexée par l’Allemagne (« l’Alsace-Lorraine »). Dieuze se situant dans les territoires annexés, la famille se réfugie à Nancy, restée française. De 1874 à 1879, Émile Friant fréquente l’école des Beaux-arts de Nancy. Son professeur, Théodore Devilly (1818-1886) est un peintre du courant romantique, ami d’Eugène Delacroix (1798-1863), le chef de file du mouvement. Friant rencontre à l’école Victor Prouvé (1858-1943) et Camille Martin (1861-1898), deux peintres nancéiens avec lesquels il se lie d’amitié. Friant est aussi un grand sportif qui pratique l’escrime, la marche et le canotage.

 

 

Emile Friant. La porte Saint Georges (1878)

Émile Friant. La porte Saint Georges (1878)

Musée lorrain, Palais des ducs de Lorraine, Nancy.

 

 

Émile Friant est un élève doué. Dès l’âge de quinze ans, en 1878, il expose au salon des Beaux-arts de Nancy un tableau intitulé La porte Saint Georges et son autoportrait (ci-dessus). Pour progresser, le jeune homme doit suivre un enseignement artistique de plus haut niveau à Paris. Ses parents ne pouvant pas financer un séjour dans la capitale, Devilly le recommande aux autorités communales et départementales et il obtient une bourse.

 

Paris et la réussite rapide

En 1879, il entre à l’École des Beaux-arts de Paris dans l’atelier d’Alexandre Cabanel (1823-1889), professeur réputé et l’un des chefs de file du courant académique. Dès cette première année aux Beaux-arts, il expose au Salon officiel et obtient une mention honorable pour L’enfant prodigue.

En 1883, il obtient le Second grand prix de Rome avec un tableau intitulé Œdipe maudit son fils Polynice. En 1885, il rencontre Constant Coquelin (1841-1909), l’un des plus grands comédiens français de l’époque qui créa en 1897 le rôle du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Coquelin devint l’un des principaux mécènes de Friant. Au cours de l’année 1886, Friant voyage à l’étranger, d’abord en Belgique et aux Pays-Bas avec les peintres Henri Royer et Armand Lejeune, puis en Italie avec Constant Coquelin.

 

 

Emile Friant. La Toussaint (1888)

Émile Friant. La Toussaint (1888)

Huile sur toile, 254 × 334 cm, musée des Beaux-arts de Nancy.

 

 

La consécration arrive très vite. En 1889 – il a 26 ans – il présente La Toussaint au Salon des Beaux-arts. Cet immense tableau de de 3,34 × 2,54 mètres, obtient le prix spécial du Salon puis, la même année, la médaille d’or de l’exposition universelle de Paris. Friant est fait Chevalier de la Légion d’honneur.

Le succès de l’artiste ne se démentira plus. En 1900, il reçoit à nouveau la médaille d’or pour l’exposition universelle de Paris. Il est nommé officier de la Légion d’honneur en 1901.

 

 

Emile Friant. Ombres portées (1891)

Émile Friant. Ombres portées (1891)

Huile sur toile, 116 × 67 cm, musée d’Orsay, Paris.

 

 

Le 20e siècle et l’art de la gravure

Le début du 20e siècle est marqué par des évolutions importantes de la peinture. Le fauvisme et le cubisme en France, l’expressionnisme en Allemagne constituent des recherches très éloignées de l’académisme qui conserve cependant la faveur d’un large public. Friant est bien entendu conscient de ces évolutions mais reste attaché au naturalisme. Aussi délaisse-t-il progressivement la peinture pour se consacrer à la gravure. En vingt ans, de 1893 à 1913, il crée environ soixante-dix estampes en utilisant de préférence la pointe sèche, plus rarement l’eau forte. Le grand dessinateur est consacré par une nomination comme professeur de dessin à l’École des Beaux-arts de Paris en 1906.

 

 

Emile Friant. Portrait d’Aimé Morot (1905)

Émile Friant. Portrait d’Aimé Morot (1905)

Gravure

 

 

En 1914, Friant a 51 ans. Trop âgé pour la mobilisation, il met son talent au service de l’armée et reste à Nancy pour être au plus près des zones de combat. Il réalise de nombreuses affiches visant à soutenir l’effort de guerre et accepte quatre missions artistiques aux Armées.

En 1923, il devient membre de l’Institut (Académie des Beaux-arts) et en 1931 il est fait commandeur de la Légion d’honneur. Il meurt à Paris le 9 juin 1932, à l’âge de 69 ans. Il est inhumé au cimetière de Préville à Nancy.

 

Œuvre

 

Formé à la peinture académique par Cabanel, Émile Friant lui restera attaché sans pour autant négliger les influences novatrices. Deux mots traduisent son évolution : fidélité et liberté. Fidèle à sa jeunesse d’enfant du peuple, il se consacre en particulier à des scènes de genre où les milieux populaires sont souvent présents. Il n’est pas insensible aux nouvelles tendances picturales comme l’impressionnisme. Pour certains paysages d’arrière-plan, il évoque la nature avec le flou caractéristique des impressionnistes. Mais il ne se rattache nullement à un mouvement quelconque. C’est sa part de liberté. Les diktats esthétiques des novateurs ne le concernent pas. Il observe et s’inspire mais ne s’aligne pas.

Ce lorrain possède le bon sens et la solidité des réalistes. Il utilise la photographie pour peindre des portraits comme le font aujourd’hui les hyperréalistes. Lorsque la peinture s’égarera un temps vers le fauvisme ou le cubisme, il passera à la gravure, mettant ainsi à profit son talent exceptionnel de dessinateur.

Friant est un excellent technicien qui sait tout faire dans le domaine du dessin et de la peinture (paysages, portraits, scènes de genre, natures mortes). Son art provient du regard à la fois tendre et décalé qu’il porte sur le monde. Ses compostions comportent une part d’ironie sans méchanceté, de provocation sans agressivité, de caricature sans trivialité. Aussi son choix de rester à l’écart des grands mouvements de l’art de son époque peut-il être perçu comme de la sagesse. Il ne s’égare pas dans des expériences sans lendemain sans pour autant manquer de lucidité. Ses personnages possèdent une dimension intemporelle allant bien au-delà de beaucoup d’expérimentations formelles.

En 2016-2017, le musée des Beaux-arts de Nancy a consacré une exposition à l’œuvre d’Émile Friant (Émile Friant, le dernier naturaliste ?) Le dossier de presse est accessible en ligne.

 

Peinture

Emile Friant. La porte Saint Georges (1878)

Émile Friant. La porte Saint Georges (1878). Musée lorrain, Palais des ducs de Lorraine, Nancy. Exposé au salon des Beaux-arts de Nancy en 1878 (Friant a quinze ans), ce tableau représente une des anciennes entrées de la ville avec un chromatisme sage aux nuances bien maitrisées.

Émile Friant. Le sculpteur Bussière dans son atelier (v. 1884)

Émile Friant. Le sculpteur Bussière dans son atelier (v. 1884). Huile sur toile, 91 × 45,5 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. Ernest Bussière (1863-1913) est un sculpteur et céramiste nancéien, également professeur à l’École des Beaux-arts de Nancy.

Émile Friant. Les buveurs ou le travail du lundi (1884)

Émile Friant. Les buveurs ou le travail du lundi (1884). Musée des Beaux-arts de Nancy. Une coutume populaire, dite Saint Lundi, voulait que les ouvriers chôment volontairement le lundi. Ils peuvent alors passer la journée en dehors de l’atelier. Friant représente ici deux ouvriers s’adonnant à la boisson. La Saint Lundi a mauvaise réputation et sera remplacée à la fin du 19e siècle par le dimanche chômé, normalement consacré à la religion et à la famille. La scène a donc une connotation morale : le désœuvrement conduit au vice.

Émile Friant. Jeune Nancéienne dans un paysage de neige (1887)

Émile Friant. Jeune Nancéienne dans un paysage de neige (1887). Huile sur bois, 46 × 37 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. Le talent de portraitiste de Friant apparaît dans cette représentation quasi-photographique d’une jeune nancéienne. Le personnage semble cependant plaqué assez artificiellement sur un paysage enneigé traité de façon impressionniste. Le tableau apparaît ainsi comme une photographie prise en atelier avec en arrière-plan un décor de neige. Friant n’est évidemment pas insensible aux évolutions artistiques de son époque mais il choisit la liberté, c’est-à-dire le refus du rattachement à un mouvement quelconque.

Émile Friant. La cuisinière (1887)

Émile Friant. La cuisinière (1887). Huile sur bois, 30 × 26,2 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. Le personnage est la mère du peintre, Catherine, qui épluche des navets. Ce petit tableau a été peint au retour d’un voyage en Belgique et aux Pays-Bas. La sérénité de cette scène d’intérieur évoque certaines œuvres de Vermeer, par exemple La Laitière.

Émile Friant. Les canotiers de la Meurthe (1887)

Émile Friant. Les canotiers de la Meurthe (1887). Huile sur toile, 116 × 170 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. Friant est un grand sportif qui pratique beaucoup les sports nautiques. Il représente ici des camarades partageant un repas après avoir pratiqué le canotage. Mais en choisissant exactement treize personnages, il s’amuse à évoquer la cène (le Christ et les douze apôtres). Ce clin d’œil à la peinture religieuse est confirmé par le pain et le vin au premier plan.

Émile Friant. Les amoureux (1888)

Émile Friant. Les amoureux (1888). Huile sur toile, 111 × 145 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. Cet échange de regards entre deux amoureux laisse planer le mystère sur leur relation. La jeune femme pensive et un peu triste conduit le spectateur à songer à la fin d’une idylle. Le réalisme de Friant suscite des interrogations et joue sur l’ambiguïté de toute représentation.

Emile Friant. La Toussaint (1888)

Émile Friant. La Toussaint (1888). Huile sur toile, 254 × 334 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. Ce tableau a obtenu le prix spécial du Salon des Beaux-arts de 1889.  « "Clou" de ce salon, l'œuvre remporte un immense succès et est largement plébiscitée par la presse, valant ainsi à son auteur une reconnaissance nationale.

La scène de La Toussaint se déroule devant l'entrée du cimetière de Préville à Nancy. Elle nous présente une grande famille lorraine, avec ses rites du deuil, sa conception de la charité et les principes d'éducation qui en découlent. Cette frise est une galerie de portraits, comme le sera dix ans plus tard La Douleur. De la petite fille au vieillard, les personnages sont liés les uns aux autres par la pièce de monnaie, geste de charité et seul échange entre deux classes sociales.

Friant n'est pas insensible aux grandes découvertes de l'époque : la photographie, qu'il utilise pour les portraits, l'impressionnisme pour les arrière-plans.

La jeune femme portant un pot de fleurs sort de ce cadre comme si elle marchait véritablement dans la peinture. » (Commentaire musée des Beaux-arts de Nancy)

Émile Friant. La lutte (1889)

Émile Friant. La lutte (1889). Huile sur toile, 180 × 114 cm, musée Fabre, Montpellier. Friant est un sportif accompli qui représente ici ses camarades au bord d’une rivière, s’entraînant à la lutte. Pour un jeune peintre, l’exercice est difficile : les lutteurs du premier plan doivent s’accorder au paysage. Les baigneurs constituent un élément narratif permettant de situer la scène du premier plan. L’essentiel réside dans le réalisme maîtrisé du mouvement des lutteurs. Friant connait son sujet.

Émile Friant. La discussion politique (1889)

Émile Friant. La discussion politique (1889). Huile sur toile, 34 × 16 cm, collection particulière. La scène de genre constitue un aspect important de l’œuvre de Friant. Il a le don de saisir les attitudes, les mimiques, l’expression des visages. S’intéressant à la réalité de son époque, il représente ici une discussion animée dans un milieu populaire. L’exceptionnelle justesse de la scène résulte aussi de sa dimension psychologique : la personnalité distincte des quatre hommes les conduit à des postures spécifiques.

Emile Friant. Ombres portées (1891)

Émile Friant. Ombres portées (1891). Huile sur toile, 116 × 67 cm, musée d’Orsay, Paris. « En 1891, Friant présente quatre tableaux au Salon de la Société nationale des Beaux-arts, dont Ombres portées, qu'il prend soin de placer en tête de son envoi. Il a déjà représenté des jeunes couples, en intérieur ou en extérieur, prenant toujours soin de bâtir sa composition sur le jeu des regards et des mains. Il fait de même en 1891, mais avec une mise en scène beaucoup plus radicale. Les protagonistes sont placés devant un mur. La source de lumière frontale et dirigée du bas vers le haut fait ressortir les mains et les visages. Sous leurs vêtements sombres, les corps se réduisent à des silhouettes. » (Commentaire musée d’Orsay)

Émile Friant. Le chapeau à fleurs (1892)

Émile Friant. Le chapeau à fleurs (1892). Huile sur toile, 42,5 × 34 cm, musée des Beaux-arts de Reims. Ce portrait atypique en vue plongeante permet au peintre de capter un regard.

Émile Friant. La Petite barque (1895)

Émile Friant. La Petite barque (1895). Huile sur bois, 49,5 × 61 cm, musée des Beaux-arts de Nancy. L’artiste cherche à traduire la douceur de la promenade amoureuse en barque par une palette réduite à un camaïeu de bruns. Mais c’est la jeune femme qui tient le gouvernail, chose peu courante à l’époque. L’homme, en position semi-allongée, pose délicatement son bras sur les genoux de sa belle. Là encore, Friant inverse les canons de l’époque.

Émile Friant. Chagrin d’enfant (1898)

Émile Friant. Chagrin d’enfant (1898). Huile sur toile, 44 × 69 cm, Frick Art Museum, Pittsburgh. Scène intemporelle d’une mère consolant son enfant. Friant à parfaitement saisi les expressions des visages et les postures. Le fond neutre permet de focaliser sur les personnages.

Émile Friant. Portrait de Guillaume Dubufe (1905)

Émile Friant. Portrait de Guillaume Dubufe (1905). Huile sur bois, 30,5 × 24,8 cm, musée d’Orsay, Paris. Guillaume Dubufe (1853-1909) est un peintre français qui a réalisé de nombreux décors muraux en France et en Italie, par exemple la salle des fêtes du palais de l’Élysée à Paris, la grande salle du restaurant Le Train bleu à la gare de Lyon à Paris, l’hôtel de ville de Saint-Mandé.

Émile Friant. Devant la psyché (1912)

Émile Friant. Devant la psyché (1912). Musée des Beaux-arts de Nancy. L’artiste caricature certains aspects de l’art académique (voir par exemple Bouguereau, La naissance de Vénus, 1879). Les déesses antiques constituaient un prétexte à la représentation de la nudité féminine depuis la Renaissance. L’art académique du 19e siècle maintient cette tradition en utilisant des poses outrées accentuant l’érotisme de la composition. Friant reprend une pose courante de l’académisme, mais il ne s’agit plus d’une déesse…

 

Dessin, gravure

Emile Friant. Portrait d’Aimé Morot (1905)

Émile Friant. Portrait d’Aimé Morot (1905). Gravure. Aimé Moreau (1850-1913) est un peintre et sculpteur français, qui fut, comme Friant, élève de Cabanel. La gravure est extraite de l’ouvrage : L'œuvre d'Aimé Morot : membre de l'Académie des Beaux-Arts par Aimé Nicolas Morot and Charles Moreau-Vauthier (Hachette, 1906).

1906).  Émile Friant. Portrait de Jean Scherbeck (1928)

Émile Friant. Portrait de Jean Scherbeck (1928). Crayon sur papier. Jean Scherbeck (1898-1989) est un photographe, dessinateur et peintre français qui fut élève de Friant. Mention manuscrite « A mon élève et ami Jean Scherbeck. Cordialement. Friant. 1928 ».

Émile Friant. Jeune fille.

Émile Friant. Jeune fille. Crayon sur papier, collection particulière.

 

Google Art Project

Pour visionner d'autres œuvres sur GOOGLE ARTS & CULTURE, cliquer sur le nom du peintre : 

ÉMILE FRIANT

Ajouter un commentaire