Simone Martini. Le Portement de Croix (v. 1335)

Les historiens de l'art ont parfois appelé primitifs italiens les peintres des 13e et 14e siècles qui cherchaient à dépasser le caractère purement illustratif de la peinture religieuse du Moyen Âge. Simone Martini (1284-1344) appartient à cette pré-Renaissance italienne qui humanise les figures de la Bible et n'hésite pas à représenter des architectures complexes. Originaire de Sienne et élève de Duccio di Buoninsegna (v. 1255-1319), Simone Martini a travaillé à Sienne, à Assise et à la cour pontificale d'Avignon avec son beau-frère Lippo Memmi. Il a réalisé des fresques et des compositions sur panneaux de bois.

 

Simone Martini. Le Portement de Croix (v. 1335)

Simone Martini. Le Portement de Croix (v. 1335)

Tempera sur bois, 30 × 20 cm, musée du Louvre, Paris.

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Le Polyptyque Orsini

Un polyptyque est un ensemble de panneaux en bois peint ou sculpté représentant, dans la peinture occidentale, des scènes religieuses chrétiennes. Les panneaux peuvent être articulés, ce qui permet de fermer le polyptyque qui n'est ouvert que pour les fêtes religieuses. Les polyptyques servaient souvent de tableaux décorant les autels des églises, c'est-à-dire de retables. Les dimensions des panneaux et leur nombre varient de deux (diptyque) à une vingtaine. Certains polyptyques sont de dimensions impressionnantes ; par exemple Le Retable de l'Agneau mystique de Jan Van Eyck (cathédrale Saint-Bavon de Gand) mesure en position ouverte 5,20 × 3,75 mètres. Les retables portatifs, de petites dimensions, se sont développés pour les actes de dévotion privée.
Le Portement de Croix est l'un des panneaux latéraux d'un polyptyque portatif double face qui représente les scènes de la Passion du Christ. Les panneaux de ce polyptyque, aujourd'hui démantelé (voir les images ci-après), sont conservés dans trois musées : le Louvre à Paris, le musée Royal des Beaux-arts d'Anvers et les musées Nationaux de Berlin (Gemäldegalerie). Le polyptyque porte le nom du commanditaire qui était un cardinal de la famille Orsini, dont les armoiries figurent au dos du panneau du Louvre. Il est aussi appelé Polyptyque de la Passion du Christ.

 

Analyse du Portement de Croix de Simone Martini

Le Christ a été condamné à mort par Ponce Pilate et flagellé par ses soldats. Il doit mourir sur la croix au sommet du mont Golgotha, proche de Jérusalem. Simone Martini représente le Christ sur le chemin du Golgotha, entouré d'une foule, avec en arrière-plan, les remparts de Jérusalem. Les peintres de cette époque étaient des artisans n'ayant pas la moindre idée de ce que pouvait être une bourgade du Moyen Orient sous l'Empire romain. Jérusalem est donc représentée comme une ville fortifiée européenne, bien connue du peintre.

 

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

 

Le Christ portant sa croix apparaît au premier plan comme point central de la composition. Son visage n'est pas serein et distant comme il pouvait l'être dans la peinture byzantine. Bien au contraire, il éprouve, tout en restant digne, les mêmes sentiments que n'importe quel homme sur le chemin du calvaire : tristesse et angoisse. Cette humanisation de la figure de Jésus-Christ est une caractéristique majeure de la pré-Renaissance italienne.

 

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

 

Le Christ cherche à se tourner à vers sa mère, la Vierge Marie, qui apparaît vêtue de bleu avec un visage exprimant un désespoir contenu. La lourde croix de bois n'est pas portée uniquement par le Christ, mais soutenue également par la foule. Ce détail allégorique suggère que l'humanité entière supporte symboliquement le poids de la croix.

 

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

 

Autour du Christ apparaissent ses bourreaux, avec un visage agressif. L'un d'eux tient une corde attachée au cou du supplicié. Des soldats équipés de lances encadrent le cortège. Ils ne ressemblent nullement à des légionnaires romains, le peintre s'inspirant de ses contemporains.

 

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

 

Marie-Madeleine est représentée au second plan avec une taille démesurée par rapport à celle des autres personnages. Cet effet de perspective symbolique permet au peintre de mettre en évidence la douleur exprimée par le personnage. Simone Martini établit un dialogue pictural entre le Christ et Marie-Madeleine en choisissant le rouge vif de leurs vêtements qui se détache nettement de l'ensemble de la composition.

 

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

Simone Martini. Le Portement de Croix, détail

 

La construction spatiale du tableau privilégie l'effet narratif avec la mise en évidence de personnages surdimensionnés par rapport à l'architecture de l'arrière-plan. La perspective linéaire, conquête de la peinture de la Renaissance, n'est pas du tout maîtrisée. L'artiste s'attache surtout à traiter minutieusement les détails vestimentaires et la physionomie des personnages en choisissant un riche chromatisme faisant contraster bleu, rouge, jaune et doré. « La puissance dramatique du tableau, son atmosphère oppressante n'excluent pas une vraie poésie et un raffinement qui se traduit par l'élégance extraordinaire des lignes, la richesse des ornements dorés, comme les auréoles ou la cuirasse du soldat qui menace la Vierge, et surtout la préciosité et la subtilité de la palette : comme par exemple le rouge de la robe de Marie Madeleine qui fait écho à celle du Christ, ou l'orange délicat du vêtement du bourreau que laisse entrevoir son manteau bleu. » (Notice musée du Louvre)

 

Autres compositions du polyptyque Orsini

 

  PANNEAU 1  PANNEAU 2 PANNEAU 3 PANNEAU 4
AVERS  Le Portement de Croix  La crucifixion  La Déposition de Croix  La Mise au tombeau du Christ
REVERS  L'Archange Gabriel      La Vierge de l'Annonciation

 

Le polyptyque comportait quatre panneaux de bois. En position ouverte, on pouvait voir les six compositions (quatre d'un côté, deux de l'autre). La fermeture devait se faire en accordéon. En position fermée, restaient visibles les deux compositions latérales : Portement de Croix et Mise au tombeau.

Simone Martini. La crucifixion (v. 1335)

Simone Martini. La crucifixion (v. 1335)

Tempera sur bois, 24,5 × 14,5 cm. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers.

Simone Martini. La Déposition de Croix (v. 1335)

Simone Martini. La Déposition de Croix (v. 1335)

Tempera sur bois, 24,5 × 15,5 cm, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers.

Simone Martini. L'Archange Gabriel (v. 1335)

Simone Martini. L'Archange Gabriel (v. 1335)

Tempera sur bois, (23,5 x 14,5 cm), Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers.

Simone Martini. La Vierge de l'Annonciation (v. 1335)

Simone Martini. La Vierge de l'Annonciation (v. 1335)

Tempera sur bois, (23,5 x 14,5 cm), Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers.

Simone Martini. La Mise au tombeau du Christ (v. 1335)

Simone Martini. La Mise au tombeau du Christ (v. 1335)

Tempera sur bois, (23,7 x 16,7 cm), Gemäldegalerie, Berlin.

 

 

 

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