L'Enseigne de Gersaint (Watteau)

Par Tina Malet

 

Watteau. L'Enseigne de Gersaint, 1720

Jean-Antoine Watteau. L'Enseigne de Gersaint, 1720

Huile sur toile, 163 × 306 cm, Château de Charlottenburg, Berlin.

 

   Ce tableau célèbre (première de couverture du manuel de Lagarde et Michard sur le XVIIIe siècle) date de 1720. Antoine Watteau, né en 1684, mourra l'année suivante.

   C'est « pour se dégourdir les doigts » que Watteau proposa à son ami, le marchand-mercier Gersaint, établi sur le pont Notre-Dame depuis 1718, de peindre l'enseigne de son magasin qui s'appelait alors  « Au Grand Monarque » avant de devenir un peu plus tard  « A la Pagode » (les turqueries et autres chinoiseries étant alors à la mode).  

   Elle représente de riches amateurs venus choisir chez Gersaint des tableaux, des estampes, des miroirs, une pendule ou les objets d'une toilette (on ne disait pas encore coiffeuse).

   Ce tableau est actuellement au musée de Charlottenburg à Berlin.

 

 

Additif 1

   Ce tableau symbolise le passage d'un règne à l'autre : nous sommes sous la Régence et Louis XIV est enfin mort. Notons à gauche les deux commis qui enferment le portrait du feu roi dans une caisse et décrochent un miroir démodé. La jeune femme qui vient d'entrer et que l'on voit de dos observe la scène avec, peut-être, une certaine curiosité plus ou moins indifférente. A droite, hommes et femmes conversent, estiment ou achètent tableaux et objets d'art : ce sont les nouveaux riches. La bourgeoisie est en effet en plein essor, les constructions d'hôtels particuliers à Paris se multiplient (Versailles n'est plus le centre du pouvoir, le Régent résidant à Paris, au Palais-Royal) et il faut les meubler et les décorer. Grâce à Law, on assiste à un grand élan économique (dont on déchantera très vite). Voltaire écrit  dans Le Siècle de Louis XIV: « Tout se tournait en gaieté et en plaisanteries dans la régence du duc d'Orléans ; ce caractère de la nation, le Régent l'avait fait renaître après la sévère tristesse des dernières années de Louis XIV. »    

 

Additif 2 -Le dessin français

Watteau dessinateur

   On dit que Watteau couvrait d'esquisses des albums entiers. Le comte de Caylus rapporte : « Quand il lui prenait gré de faire un tableau, il y choisissait les figures qui lui convenaient le mieux pour le moment. Il en formait ses groupes, le plus souvent en conséquence d'un fond de paysage qu'il avait conçu et préparé. »

 

Additif 3 - Les merciers au XVIIIe siècle

   Membres des Six Corps des marchands de la Ville de Paris, les merciers  vendent des objets précieux qu’ils ne fabriquent pas. L’Encyclopédie les définit comme « vendeurs de tout et faiseurs de rien. »

   Mais ce sont de véritables cavernes d’Ali Baba qui attirent les femmes.

   On y trouve effectivement de tout : paravents en laque de Chine, commodes, secrétaires, bureaux, miroirs, brosse en sanglier, fouets pour cocher, cannes, pendules, reliquaires, éventails, colliers d’ambre (contre les douleurs dentaires des bébés), chapelets, moulins à café, étuis à aiguille, couteaux, peigne d’écaille, bocaux emplis de paillettes, de poudre d’or et de perles de jais, chinoiseries, tabatières en écaille, poupées peintes par Boucher... Comme chez les gantiers-parfumeurs, on peut y acheter de simples étuis à rouge, à fard, des pots à pommade et des boîtes à mouches en porcelaine, des poudriers en or émaillé, divisés en trois compartiment, contenant des mouches, du rouge en poudre et un pinceau à manche d‘ivoire, avec un miroir sur l’envers du couvercle : le grand luxe !

   Gersaint est plus qu'un simple mercier évidemment, mais il représente assez bien ces magasins « de tout » et « de rien ».  

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